Éducation et innovation en direct de l'Asie

Les enjeux de l’eau à Singapour, innover pour survivre

Chacun sait que l’eau est l’élément vital à l’origine de la vie sur terre, indispensable à notre corps humain et à tout ce qui nous entoure. Il suffit d’une coupure d’eau pendant quelques heures pour se rendre compte de son caractère essentiel. L’île de Singapour ne possède aucune source naturelle et l’accès à l’eau fut toujours au centre d’âpres discussions son voisin la Malaisie. En 1962 un accord fut trouvé pour donner le droit à Singapour de puiser de l’eau dans le fleuve malais de Johor, en retour, l’état de Johor avait droit à une provision journalière d’eau traitée de Singapour. L’accord est valide pour 99 ans mais la cité-état n’a jamais été très à l’aise avec cette situation de dépendance, en conséquence les innovations déployées pour être auto-suffisant n’ont jamais cessé. Plus exactement Singapour a développé trois « robinets nationaux » inédits : l’eau de pluie, l’eau provenant du recyclage des eaux usées et l’eau provenant de la désalinisation de l’eau de mer.

Depuis 1960 Singapour a construit plusieurs réservoirs artificiels à travers l’île (Mc Ritichie, Bedok, etc.) et ceux-ci peuvent désormais satisfaire jusqu’à près de 20% des besoins en eau du pays.

A partir de 1972, des recherches ont débuté dans le traitement des eaux usées et rapidement la régie des services publics, Public Utilities Board s’est mise à distribuer de l’eau ultra-pure avec pour slogan : The 3rd national tap. Use each drop of water more than one et sous la marque NEWater. Cette production  doit permettre d’atteindre autour de 50% des besoins en eau de l’île.

La troisième source d’approvisionnement de l’eau est la plus innovante, la plus spectaculaire également car elle consiste en la désalinisation de l’eau de mer. Deux usines dédiées ont commencé à produire en 2005 et tout récemment, en juillet 2018 la troisième usine de désalinisation a été inaugurée. Celle-ci utilise un procédé de désalinisation de l’eau par osmose inverse, un procédé qui propulse l’eau à travers des membranes qui filtrent les sels et minéraux. A terme, c’est à dire autour de 2060, ces usines permettront de couvrir le reste des besoins en eaux soit environ 30%.

Singapour a très vite compris la nécessité de son autosuffisance que cela concerne son armée, son système éducatif ou encore son organisation de santé. Dépourvue de toute ressource que ce soit, y compris la plus fondamentale comme l’eau, seule l’innovation apportait la réponse appropriée. De contraintes fortes Singapour a tiré des opportunités et la cité-état est désormais reconnue dans le monde comme l’expert mondial en matière de traitement de l’eau et se trouve régulièrement sollicitée pour faire du conseil auprès de pays ayant la même préoccupation. L’Université nationale de Singapour (NUS) a créé un Institut des politiques de l’eau (Institute of Water Policy) et la Singapore International Water Week accueille chaque année en juillet les spécialistes du monde entier sur cette thématique. Autrement dit, pour l’ensemble de l’économie du pays l’eau est désormais un atout et on comprend pourquoi des dizaines d’entreprises internationales travaillant dans ce domaine ont localisé leurs centres de recherches ici. D’un point de vue local des dizaines de start-ups ont également vu le jour sous l’appellation originale « d’hydropreneurs », des jeunes singapouriens qui ont grandi avec les récits de leurs grands-parents affrontant la pénurie et le rationnement au début des années 60, et ceux de leurs parents subissant des conditions sanitaires déplorables et l’extrême pollution des deux rivières de l’île jusqu’à la fin des années 80.

Face aux crises de l’eau que sont en train de vivre l’Afrique du Sud ou le Brésil, la politique d’investissement et de vision à long terme a été la clef de la survie de Singapour. Et en plus de cinquante ans le pays n’a jamais eu besoin de rationner l’eau – à la différence de la Malaisie par exemple, y compris pendant les sécheresses du printemps 2014. Très vite et très tôt le gouvernement a compris que l’autosuffisance était nécessaire, que l’innovation était la réponse. La philosophie adoptée est finalement la même que dans les autres secteurs transformer une menace en force, passer de vulnérable à durable. Comme elle a pu le faire également avec l’éducation, l’orchestration est systématique : avoir une vision à long terme, regarder ce qui se fait ailleurs, développer ses propres compétences, développer une stratégie d’investissement de longue durée.

Be Sociable, Share!

Commentaire (1)

  1. Serge Giraud

    Une gestion de l’eau efficace certes, mais un gaspillage énergétique à très grand échelle. Le problème sera à mon avis à l’avenir plus celui de la goutte de pétrole que celui de la goutte d’eau.
    serge.giraud@gmx.com

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *