Éducation et innovation en direct de l'Asie

La Chine un exemple d’économie circulaire pour l’occident ?

Il est réducteur de considérer l’innovation comme la simple mise sur le marché d’un nouveau produit ou service pour accroitre les profits d’une organisation. L’essence de l’innovation est de résoudre des problèmes, c’est agir pour survivre. A ce titre l’émergence de l’économie circulaire peut être considéré comme une innovation de procédé avec comme objectif clair de maintenir en vie notre écosystème.

La planète s’épuise

Depuis les débuts de la révolution industrielle, nos modes de production et de consommation s’alignent sur le schéma de l’économie linéaire, reposant sur le triptyque : produire, consommer, jeter. Même si ce modèle a permis d’améliorer de façon spectaculaire les conditions de vie de milliards d’individus, ses conséquences importantes sur l’environnement font qu’il a aujourd’hui atteint ses limites. Chaque année, il conduit à une avancée toujours plus précoce du “jour de dépassement de la Terre”, date à laquelle l’humanité commence à vivre à crédit, la planète bleue ayant épuisé les ressources naturelles qu’elle est capable de renouveler en un an. En 2017, ce stade de non-retour a été atteint le 2 août. En décembre de cette même année, la consommation de l’humanité dépassait finalement de 70% les ressources disponibles.

L’avènement de l’économie circulaire

Conscients de l’impact écologique de leur croissance, de plus en plus de pays choisissent d’agir en optant pour un modèle nouveau : l’économie circulaire. Il s’agit d’un système d’échange et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des produits, vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources, à diminuer l’impact de chacun sur l’environnement, et à développer le bien-être des individus. Ce concept économique apparu dans les années 70 repose sur plusieurs logiques de production et de consommation innovantes et vertes, telles que l’approvisionnement durable, l’écoconception, l’écologie industrielle et territoriale, l’économie de la fonctionnalité, la consommation responsable, l’allongement de la durée d’usage, ou encore le recyclage.

L’Allemagne et les Pays-Bas ont été parmi les premiers au monde à mettre en place des politiques visant à favoriser sa mise en œuvre, rapidement suivis par le Japon. C’est à partir de son 12ème plan quinquennal, de 2011 à 2015, que la Chine a quant à elle pris conscience de l’impact de son rapide développement sur l’environnement, et des coûts engendrés par ce dernier. En réponse à ce constat, le pays a su repenser sa stratégie en accordant une large place au développement d’une économie durable. Ainsi, d’importants investissements ont été consacrés à la préservation de l’environnement depuis 2011, à travers des projets visant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, à l’augmentation du couvert forestier, ou encore à la création d’éco-villes et d’éco-parcs.

L’économie circulaire n’est pas un choix, c’est une décision

Aujourd’hui, la Chine compte parmi les rares pays à avoir adopté́ une loi spécifique visant à promouvoir l’économie circulaire : la « Loi pour la promotion de l’économie circulaire », qui est appliquée à échelle significative et concerne déjà plusieurs millions d’habitants. Concrètement, cette circulaire de 2013 propose aux villes chinoises et aux localité de travailler sur la réintroduction, après usage, des ressources naturelles (solides, liquides, gazeuses, organiques) dans les cycles de production et de consommation. D’autre part, la Chine va même plus loin que les autres nations engagées en faveur de cette cause, en exigeant de ses collectivités une planification territoriale nouvelle. Ainsi, si l’Allemagne ou les Pays-Bas font de l’écologie industrielle et de la recherche d’écotechnologies une priorité, aucun pays n’avait encore sommé de ses maîtres d’ouvrage de faire de l’économie circulaire une problématique centrale dans leur travail. Enfin, le pays a également défini une ligne budgétaire spécifique à cette nouvelle forme d’économie : en 2013, sur 52 000 milliards de yuans de crédits financiers accordés par les principales banques chinoises, 360 milliards étaient dédiés à des projets d’efficacité énergétique et de protection de l’environnement, dont 63 millions spécifiquement destinés à l’économie circulaire[1].

Les directives gouvernementales en matière de planification territoriale sont loin d’être les seules spécificités du pays en ce qui concerne l’économie circulaire. La Chine est aussi le premier Etat à avoir établi des indicateurs d’économie circulaire à l’échelle macro-économique, aussi bien au niveau national que provincial. Ces indicateurs prennent la forme d’une batterie de plus de 80 indicateurs de mesure, permettant ainsi à l’Empire du Milieu de dresser un état des lieux clair de sa stratégie d’économie circulaire, et de se fixer de nouveaux objectifs en fonction. Les premiers résultats se sont avéré probants : en 2010, 78 % des déchets municipaux produits étaient mis en décharge, contre 65% en 2014.

Ce n’est qu’un début…

Avec des émissions qui atteignent 10.357 mégatonnes de CO2 par an, il est important de rappeler que la Chine reste le plus grand pollueur de la planète, devant les Etats-Unis dont les émissions atteignent 5.414 mégatonnes. C’est la nation qui a la plus grande quantité de gaz à effet de serre, d’où l’importance de ses actions en matière d’économie circulaire.

Les nombreux projets du pays pour une croissance plus durable et plus écologique sont à saluer et sont inspirants, mais aussi à nuancer, puisque de nombreux efforts sont encore à faire pour pouvoir considérer la Chine comme un pays véritablement écoresponsable. Ainsi, adopter l’économie circulaire à plus grande échelle, et sur la durée, permettra au pays de devenir un véritable acteur du changement dans les années à venir.

L’Asie est sans aucun doute l’économie du XXIe siècle avec la Chine mais aussi la Corée, l’Inde, le Japon et toutes les économies émergentes que sont la Malaisie, l’Indonésie ou encore la Thaïlande. Ce continent est dans le même temps celui qui subira en premier les conséquences du réchauffement climatique avec la montée des eaux notamment. Ces pays l’ont compris et veillent à trouver vite et bien les modèles qui leurs permettront de survivre. Les économies de l’Ouest ne peuvent pas rester à l’écart de ce mouvement nécessaire, les États-Unis en tête, l’Europe tout autant. Car si la globalisation permet d’envisager la planète comme un marché, elle doit aussi permettre de l’envisager comme un lieu dont il faut prendre soin.

[1] Aurez, Vincent, et Laurent Georgeault. « Les indicateurs de l’économie circulaire en chine », Revue de l’OFCE, vol. 145, no. 1, 2016, pp. 127-160.

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