Éducation et innovation en direct de l'Asie

Confronter les étudiants aux enjeux de l’éducation dans les pays asiatiques émergents

 

L’éducation en Asie du sud-est, performances et inégalités

Les changements considérables qu’a connu la région Asie-Pacifique, au cours des dernières décennies, ont apporté une croissance économique soutenue, une plus grande mobilité et une généralisation de l’utilisation des technologies de l’information et de la communication[1]. Cependant, de nombreux défis restent à relever, comme par exemple la lutte contre les catastrophes naturelles, les inégalités croissantes et les tensions sociales. En matière d’éducation, la région a remporté des succès remarquables, étendant l’accès à l’éducation à tous les niveaux. Les progrès en termes de qualité de l’éducation et de l’apprentissage ont cependant été variables selon les sous-régions. En Asie du sud-est, les performances des élèves lors des tests d’évaluation internationaux ont été exceptionnelles mais le processus éducatif très sélectif ainsi que les examens à fort enjeu ont conduit à la prolifération d’une éducation parallèle et à des expériences d’apprentissage très peu satisfaisantes pour les élèves. Afin que ces pays puissent poursuivre leur développement économique et social, les systèmes éducatifs doivent faire en sorte que les apprenants se développent de manière hollistique en leur fournissant la variété de compétences nécessaires pour mener des vies épanouissantes et productives en ce XXIe siècle.

L’éducation au Cambodge, un contexte très fragile

Depuis les accords de paix d’octobre 1991, en dépit d’aides extérieures significatives, le décollage du Cambodge s’est heurté à un certain nombre de difficultés liées à une forte poussée démographique, à un environnement économique national post-conflictuel fragile ainsi qu’aux aléas de la vie politique agitée d’une démocratie naissante.

La jeunesse cambodgienne est aujourd’hui encore victime d’un contexte qu’elle vit avec difficulté. Exclus prématurément de l’école par manque de performance du système éducatif (un enfant sur deux quitte l’école avant la fin du cycle primaire), de nombreux adolescents se retrouvent dans la rue, souvent analphabètes ou illettrés, attirés par la ville, sans avoir été préparés à la vie active et encore moins familiarisés à l’exercice des métiers urbains. Le Cambodge reste en effet un pays rural où les rizières occupent environ 20 % des terres. La population des campagnes représente plus de 80 % de la population totale et dans certaines zones éloignées ou défavorisées, le taux de scolarisation ne dépasse pas 30 %.

Le système éducatif demeure très faible au point que plus de la moitié des enfants sont exclus de l’école avant d’avoir atteint un niveau d’alphabétisation suffisant pour espérer pouvoir le conserver durablement. La proportion de redoublement en première année du primaire est de l’ordre de 42 % et le taux de redoublement dans l’ensemble de ce cycle est en moyenne de 25 %. Le nombre d’abandons est également très élevé (7,4 % en première année et plus de 19 % en cinquième). Le suivi d’une cohorte de 1 000 élèves qui entrent en première année de l’enseignement primaire indique que seulement 27 arrivent à la fin du second cycle de l’enseignement général. Cette inefficacité de l’instrument d’éducation traduit avant tout la persistance du manque de qualité de l’enseignement de base, en dépit des efforts importants déjà déployés, notamment pour relever le niveau académique et la qualification professionnelle des maîtres.

 

Éduquer à l’éducation

C’est dans ce contexte qu’une initiative pédagogique a été lancée à l’ESSEC Business School à partir de son campus de Singapour. Près d’une cinquantaine étudiants qui viennent de commencer le programme Grande Ecole (Master in Management) ont travaillé pour deux organisations non-gouvernementale basées à Phom Penhn dédiées à l’éducation : Pour un Sourire d’Enfant[2] et Passerelles Numérique[3] selon la méthode learning by doing.

Répartis en deux groupes d’une vingtaine d’étudiants chacun, organisés en 4 groupes, ils ont dû travailler sur différentes problématiques des deux associations. Après un mois d’analyses et de réflexions aboutissant à des recommandations, l’ensemble des étudiants s’est retrouvé immergé dans les réalités des ONG. Leur programme s’est réparti entre la présentation de leurs projets et leurs propositions auprès des organisations ; des temps d’échanges avec des étudiants locaux en partageant de part et d’autre leurs cultures et traditions réciproques. Enfin découvrir de nouvelles initiatives entrepreneuriales (notamment en se rendant au siège de First Cambodia et Koompi, créée par l’entrepreneur emblématique du royaume Thul Rithy, qui a développé un ordinateur portable à la fois performant et parmi les moins chers du marché). Comprendre le contexte c’est aussi se confronter aux difficiles réalités de l’histoire du pays, d’où la nécessaire visite du tristement célèbre musée S21, mais aussi aller à la rencontre des alumni de l’ESSEC présent dans la capitale cambodgienne.

Se confronter aux disparités économiques et en tirer des valeurs fortes pour les futurs managers.

Outre confronter ces étudiants aux enjeux sociaux, aux problématiques de l’extrême pauvreté, à la nécessité de faire de l’éducation une priorité, ce qui est en soi important, en amenant de manière très tôt dans leur formation ces étudiants à de telles initiatives, l’idée est de faire comprendre à ces futurs managers les valeurs des initiatives sociales qui sont celles qui devraient finalement être universelles : recherche de profit à utilité, travailler en écosystème, prendre soin des autres, donner un sens à son travail, être imaginatif, partager le savoir pour le développement de soi.

Si peu de pratiques propres aux business schools ne peuvent fondamentalement être apprises dans des livres, c’est certainement encore plus vrai pour les enjeux sociaux. Ceux-ci sont avant des expériences qui ne peuvent être que vécues. La pauvreté ne se comprend que lorsque nous la regardons avec nos propres yeux, la passion pour résoudre ces défis ne se transmet qu’en face à face. Car rencontrer des organisations non-gouvernementales c’est aller à la rencontre de personnes hors-normes, investies au service d’autrui.

Développer une initiative sociale, en l’occurrence dans l’éducation c’est avoir conscience de son écosystème et le respecter, c’est avoir l’esprit tourné vers les futures générations et les aider à obtenir un savoir identique au sien, pour ensemble l’accroitre. Si seul un petit nombre d’individus semblent avoir ce goût du partage du savoir, l’ambition de relever d’immenses défis en sortant les plus pauvres de la précarité par l’éducation, l’initiation à ces valeurs devraient être imposé pour chaque étudiant. Ce contexte n’est pas propre au Cambodge et l’enseignement de ces valeurs est accessible à n’importe quel endroit du monde avec une expérience terrain significative. Il ne s’agit pas de rendre ces apprentissages et expériences optionnels, il s’agit d’en faire un fondement pour tout un chacun peu importe que l’étudiant ambitionne ou non sa carrière dans ce type d’organisation.

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[1] Erick Garnier et Gérard Renou, « L’éducation de base au Cambodge : un système en reconstruction », Revue internationale d’éducation de Sèvres, 31 | 2002, 129-138.

[2] Pour un sourire d’enfant est créée en 1996 par Christian et Marie-France des Pallières. Elle a pour objectif d’aider les enfants défavorisés et déscolarisés au Cambodge en les menant de la misère à un métier notamment par le biais de parrainages.

[3] Passerelles numériques est créée en 2006 par Virginie Legrand, Gérard Duquesne et Alain Goyé. Reconnue d’intérêt général, Passerelles numériques propose des formations courtes techniques et professionnelles dans le secteur du numérique, ainsi qu’un accompagnement vers l’emploi, à des jeunes étudiants défavorisés. Initialement créée au Cambodge, Passerelles numériques opère également aux Philippines et au Vietnam.

 

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Commentaire (1)

  1. jeux avion de chasse

    Très sympa votre chronique. j’apprécie beaucoup votre site internet

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