10. Discuter la conclusion et donner la vôtre

Notre proposition repose sur deux axes :
 
·         des enseignements numériques : l’informatique en 3e, l’option ISN pour toutes les filières, les humanités numériques à travers un bac général, la littératie numérique perfusant les enseignements disciplinaires
·          
·         un tissu éducatif élargi aux associations éducatives, aux collectivités locales, aux entrepreneurs du numérique, aux familles, et au monde numérique de l’open knowledge et de l’édition coopérative, des industries éducatives et des entrepreneurs de la filière numérique
 
Une recommandation générale conditionne la réussite de cette feuille de route : que l’initiative prenne source dans les établissements. Le projet numérique de chaque établissement, (ou plus exactement le projet d’établissement dans une école de l’âge numérique) est local, et humain. Il est riche des hasards et des rencontres : un collègue dont l’expérience phare donne envie aux autres de se lancer, un autre qui a vu la réussite et le plaisir des élèves augmenter, l’arrivée d’un nouveau chef d’établissement, un IPR (Inspecteur Pédagogique Régional) ou un IEN (Inspecteur de l’Education Nationale) pour qui le numérique va de soi…
 
Le web est lui-même une source de rencontres. Un professeur qui tombe sur une conférence TED du professeur Sugata Mitra[1] et qui se dit : « Pourquoi pas moi ? », et voici une classe de fin de primaire dans un bidonville de Mexico qui rafle le prix national de mathématiques[2]. 
 
Tout professeur est en puissance un expérimenteur, un chercheur, un créateur. Et tout élève aussi. Les groupes d’élèves discutent en permanence, élucident des problèmes, comparent, s’intéressent, affirment. Leurs professeurs guident, ajustent, stabilisent des raisonnements. La force de notre école est là.
Nous avons la conviction que la transition numérique est une transformation sociale, rendue possible par les technologies de réseau.
 
Ces technologies ont deux aspects : l’asservissement des individus qui pourraient bien être les robots actionnés par une gigantesque machine ; l’émancipation des individus qui trouvent dans la gigantesque machine les informations fraîches, accessibles, pertinentes pour l’intelligence, la relation, l’action. L’école est là pour développer le second aspect et faire que la gigantesque machine redevienne un projet maîtrisé. Instruire et éduquer signifie désormais instruire et éduquer dans un océan d’informations qui existe dans l’école même si aucun ordinateur ou tablette ne sont dans la classe.
 
C’est pourquoi nous pensons que le projet numérique ne peut émaner que de la pratique des enseignants, une pratique complexe et, typiquement, une pratique impossible à informatiser. Etre professeur suppose un discours contextualisé, une gestuelle pleine de sens, une animation multi-plans, une gestion d’interactions multiples, énormément de savoirs d’arrière-plan, et une culture savante capable de se décliner en de multiples reformulations… La valeur de cette compétence incorporée s’exprime dans le principe de liberté pédagogique des enseignants, un attribut qui jamais n’est remis en cause et trouve son exercice quels que soient les cadrages. Cela, c’est pour le cœur du métier. Mais bien des choses devraient être informatisées dans les établissements et cela soulagerait considérablement les professeurs, qui attendent de véritables interfaces de gestion du travail scolaire et de communication avec les multiples partenaires d’une classe et d’un établissement, par excellence espaces de projets. Le tabou de la correction automatisée de copies, la gestion des notes et des présences, la délégation d’exercices de mémoire à des répétiteurs informatiques, et même le suivi des courbes d’apprentissages des élèves, tout cela, les professeurs devraient regarder de plus près ce dont ils sont prêts à se séparer ou pas. Il en va de la protection de leur cœur de métier. Car il ne faut pas se voiler la face, le métier de professeur a commencé une guerre de qualité avec les écoles sans maître du web.
 
L’idée d’une telle guerre doit sembler absurde et fantaisiste à la majorité des citoyens qui pensent que l’institution scolaire est éternelle, en particulier dans le secondaire et le primaire. Bien des signes montrent la fragilité de l’école, l’échec de 20% environ des élèves,  la désaffection actuelle des familles, la désorientation face à 800 000 jeunes chaque année sortis sans formation de l’école, et sans sécurité sociale, sans emploi, sans même une inscription à Pôle emploi, et le manque de moyens de l’Etat et des collectivités locales qui s’adaptent à la pénurie et résistent à la déconsidération du corps enseignant dans les medias. Si on rapporte cela à l’ambition d’une économie numérique qui se fait fort de démontrer sa capacité à capter l’économie de l’éducation, il faut se préparer à de profondes mutations.
 
L’école en France en sortira plus forte et plus efficace, car elle va devoir affirmer son savoir-faire.
Cela implique que le métier de professeur accepte de se redessiner lui-même, en douceur, autour d’un élève qui, en quelque sorte, a la main, puisqu’il s’agit de son désir d’apprendre. Pour cela les professeurs et éducateurs doivent s’entourer. Des designers, des animateurs de projets, qui peuvent venir du riche tissu de l’éducation populaire, pourraient faciliter ce travail nécessairement créatif et créer, avec professeurs et élèves, des écosystèmes d’apprentissage numériques et physiques à partir des expériences que les établissements mettront en avant. Toutes les autres parties prenantes de l’éducation sont concernées : les familles au premier chef, les collectivités territoriales, et les industries culturelles et créatives de la filière éducative. Educateurs associatifs et entrepreneurs sociaux, éditeurs scolaires, pure players éducatifs (jeux vidéo, jeux sérieux, scénarios numériques etc), constructeurs de matériels et d’infrastructure, éditeurs logiciels…
 
La diversité des matériels répond à la diversité des pratiques. De la même façon que le BYOD (Bring Your Own Device) investit l’entreprise, il investira l’éducation. C’est aussi à cela que l’école doit s’adapter : permettre à chacun d’apprendre dans son environnement numérique personnel, en veillant – cela va sans dire – à ce que chacun dispose d’un équipement adapté. Cette question de l’équipement est cruciale bien sûr : l’équipement est prédictif de l’écosystème de formation qui sera installé par l’établissement, la collectivité. Et c’est précisément pour cette raison qu’elle doit se régler non pas de manière centralisée, mais à travers des négociations et des arbitrages entre les acteurs locaux (élèves, parents, collectivités, établissements), dans le contexte d’un projet précis, défini collectivement. 
 
La stratégie d’équipement doit soutenir la stratégie éducative dont la remotivation des élèves, leur réussite, sont les premiers objectifs, et accompagner la liberté pédagogique des professeurs, si ce n’est la décupler. Cela n’empêche pas de mesurer les résultats, d’accompagner scientifiquement des expérimentations par une politique publique de recherche. Il faut enfin redonner de la qualité, des systèmes de gestion et de communication à l’état de l’art, activant l’école et ne la plombant pas!       
 
C’est un très vaste chantier que la transition numérique scolaire : technique, créatif, imaginatif. Il pourrait devenir un fleuron, car contrairement à beaucoup de légendes, non, les autres pays ne font guère mieux en la matière. Aucun pays n’a coché à toutes les cases, la formation en informatique, l’équipement de qualité, la révolution éducative, l’émancipation des élèves, la liberté pédagogique accrue, l’anticipation de la gestion des big data de l’éducation…. 
Il est arrivé souvent au cours de notre longue immersion dans le champ de « L’Ed tech » que l’on nous dise : « Mais attention ! Cela n’a rien à voir avec la pédagogie ! Cela, c’est un sujet industriel ! ». Sous-entendu, les profs ne veulent pas de main-mise de l’industrie. Ailleurs nous avons entendu : « Mais vous êtes complètement idéologiques ! Vous ne serez pas crédibles si vous ne prenez pas le bout par l’industrie !  ». De fait notre industrie numérique éducative ne peut pas prendre son envol sans l’assise des usages, sans l’assise, disons-le, d’un marché national. Symétriquement l’école française, ses idéaux, sa qualité critique s’étioleront si son fond numérique, ses ressources, ses réseaux sociaux apprenants, ses plateformes d’enseignement n’entrent pas dans l’économie éducative mondiale.
 
La réforme du système scolaire n’est plus seulement le problème, déjà bien complexe, d’une administration. C’est le problème de la société entière, et ce n’est pas seulement un problème national. Toute l’éducation se réinvente en ce moment dans le monde, stimulée et reconfigurée par les industries et cultures numériques. Le défi pour la France tient dans cette alliance entre une certaine idée de l’éducation et son industrie, dans la convergence des intérêts économiques et la volonté de préserver le modèle social français. Cela suppose des collaborations étroites, in situ, le recours à des méthodes en vigueur dans les domaines les plus compétitifs de nos industries numériques. Le numérique c’est aussi cela : des environnements créatifs et participatifs d’innovations responsables. Et de l’éducation, chacun se sent responsable, d’autant que c’est notre souveraineté culturelle européenne qui se joue.

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