6. Discuter le chapitre « Vivre l’école en réseau »

 

L’éducation a toujours bénéficié d’apports qui ne venaient pas de l’école. Les deux termes d’ «  instruction » et d’ « éducation » désignaient ces deux aspects différents, l’instruction revenant à l’école avec un accent mis sur les savoirs, l’éducation touchant les savoir-être, et confiée à la transmission familiale. La distinction n’est pas ferme, la vie associative et l’éducation populaire, les médias, les expériences de vie concernant tant l’instruction que l’éducation. Elle ne reproduit qu’imparfaitement la façon dont se mêlent savoirs sociaux, savoirs de méthode, modes de raisonnement, désir d’apprendre et contenus à proprement parler. La coupure entre éducation formelle (apprentissages explicites scolaires) et éducation informelle (apprentissages implicites scolaires et non scolaires) est de plus en plus vaine. Toute la journée les élèves reçoivent en abondance via leur smartphone des informations extérieures à la classe ou à leurs manuels, même dans le temps scolaire. Professeurs et parents y voient des dérivatifs à l’attention et des contournements de la loi scolaire. Ce sont aussi des ressources pour apprendre volontairement, avec curiosité et responsabilité. Il est fréquent pour le professeur de faire cours devant des élèves qui vérifient, complètent ou contredisent ses dires en consultant leur smartphone, comme une condition de l’écoute. 
De fait l’école est ouverte aux grands vents du web qui distribuent inégalitairement leurs bienfaits, les avantages sociaux jouant à plein dans le tri des sources et la lucidité des usages. Si ces influences diverses sont un facteur positif d’ouverture et de variété, elles signalent de nouveaux risques d’inégalités. Elles signalent aussi que le temps de la légitimité souveraine de l’école est passé. La robustesse de notre système éducatif va dépendre de la capacité des professeurs et des éducateurs à être les chefs d’orchestre d’apprentissages qui débordent les programmes, qui débordent les disciplines scolaires, qui débordent les examens.
Ces apprentissages qui ne passent pas complètement par l’école sont fondamentaux pour le futur des élèves. Ils stimulent des compétences de coopération, de partage, de créativité. Ils concernent une aptitude à la vie sociale future telle qu’elle se dessine, complexe, exigeante et sans sécurité. Les élèves apprennent seuls sur le web, par exemple, par des tutoriaux, des séries en V.O, par Wikipedia, par des jeux pédagogiques comme Code War[1] ou encore de grandes expériences de sciences citoyennes comme GalaxyZoo[2] ou Fold It[3]. L’école doit stimuler plus encore un « apprendre à apprendre » et un « apprendre à créer », vitaux dans le futur. La littératie numérique oriente la pratique pédagogique vers plus de partage et plus de coopération entre les élèves. Cette évolution ne suffit pas : la société scolaire, l’institution scolaire, doivent également entrer dans la société numérique, une société que les technologies de réseau font évoluer vers les connexions, les convergences et les concertations. 
La classe est ouverte sur l’extérieur et les élèves sont habitués à ce que l’école sollicite leur expérience issue d’observations de la vie courante. L’école est en prise sur le hors école. Les classes passerelles, les expériences de socialisation intergénérationnelle, les réseaux sociaux de professeurs, le travail pédagogique coopératif et les échanges de séquences pédagogiques, autant de signes d’une école ouverte. Face aux enjeux d’une transition numérique doublée d’une crise scolaire, les équipes pédagogiques vont avoir besoin de s’appuyer encore davantage sur leur environnement (numérique et sur le territoire) d’associations, d’entreprises et d’autres établissements et acteurs éducatifs. Une des raisons essentielles est que l’éducation numérique s’organise autour des élèves, autour de leurs usages réels qui sont profondément transformateurs : leur activité d’apprentissage est multipolaire. Ce continuum numérique demande de nouveaux rendez-vous éducatifs.
Notre crise scolaire appelle en effet un tissu éducatif large et bienveillant. L’école cherche une nouvelle alliance, pour mettre en place les régulations, les contributions et facilitations qui vont l’aider à retrouver son souffle et à apporter à la société un soutien pour préparer le futur. Trois défis essentiels sont posés : le défi de la coopération, c’est-à-dire les appuis nouveaux dont les élèves et les professeurs ont besoin ; le défi de la gouvernance, c’est-à-dire les liens plus forts avec les collectivités territoriales, les communautés de parents, les associations et les collectifs d’élèves ; le défi des techniques, c’est-à-dire la proposition d’un écosystème de services et de fonctionnalités qui soit inspirant pour les usages et maintienne le rayonnement culturel français dans un univers de ressources numériques en passe de se mondialiser.
Le défi de la coopération: la classe ouverte 
 
Un foisonnement de modalités éducatives tisse un continuum entre l’école et la ville. Ces modalités ont montré leur efficacité à propos d’un sujet majeur, le décrochage et la démotivation. Des coopérations avec les associations peuvent relancer la lutte contre les inégalités scolaires parfois même au sein même de l’école. Les équipes éducatives peuvent envisager un enseignement qui ne reposerait plus uniquement sur la forme canonique de la classe. 
La démotivation scolaire

La démotivation scolaire est une alerte, elle donne l’impulsion pour un renouveau, nouvelles formes d’école, formations associatives, fab labs (laboratoires de fabrications) en réseau, qui peuvent nourrir l’école et montrer aux équipes éducatives l’énergie des élèves quand on les laisse exprimer leurs projets. En janvier 2014, le Ministère a publié un plan de lutte contre l’absentéisme et le décrochage, qui appelle à «  l’innovation et l’expérimentation » pour diminuer le sentiment « d’enfermement » qu’expriment les élèves décrocheurs. Le décrochage et la démotivation passive et silencieuse pèsent sur la vie psychique, l’estime de soi et sur la confiance dans le futur. Les élèves dans leur grande majorité s’ennuient dans le secondaire. L’école française réagit mal à l’échec de 20% de ses élèves. Elle n’a pas de politique de prévention. Des associations ont expérimenté des remédiations par le numérique : apprendre à créer son site web, à éditer ses textes, à développer son activité ; mais aussi enseigner à d’autres ce que l’on sait faire en informatique, découvrir des métiers créatifs, se retrouver en situation de réussite et découvrir ses propres moyens. La lutte contre le décrochage en s’appuyant sur le numérique a apporté des exemples extraordinaires de remotivation. Le décrochage est un symptôme des décalages entre les élèves et l’école. Il est aussi un laboratoire pour sa transformation. Et de multiples actions dont certaines sont décrites dans le chapitre précédent apportent une conviction : en invitant les élèves à se fixer des buts élevés qui leur sont propres, et en leur donnant la liberté et les moyens de tenter de les atteindre la motivation peut être très forte.

 

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