9. Discuter le chapitre « Nouvelles industries de la formation »

L’Education nationale a pu se sentir maître du temps de sa propre transformation : les programmes orientent l’activité des professeurs, et se renouvellent au rythme voulu. La commande publique stimule la production de manuels, de matériels, de logiciels. Elle agit sur l’industrie, en injectant des fonds publics et en garantissant un marché pérenne. Les examens et concours s’imposent aux familles et assurent la toute-puissance régalienne de l’institution. Il n’en est plus, il n’en sera plus tout à fait ainsi. Le métronome s’est emballé. Une concurrence, une dérégulation sont en marche. L’Éducation nationale a fait une place à l’enseignement privé, tout en préservant des exigences et cadres partagés avec l’enseignement public. Elle a beaucoup moins traité avec le monde associatif, malgré des liens historiques avec l’éducation populaire. 
 
Aujourd’hui apparaît une offre bien différente, des entreprises d’éducation indépendantes, qui ont des services à vendre et ne cherchent aucune reconnaissance explicite de l’institution scolaire pour intervenir. Hors du sérail, elles ne se sentent pas impuissantes : fondées sur des services numériques, elles sont libres de leur offre. Leurs créateurs de ce fait se soucient apparemment peu d’être admis par les communautés éducatives. Ils se positionnent comme acteurs externes de l’école, qui ont décidé d’intervenir en s’adressant directement aux intéressés, familles et élèves, ou adultes. 
 
Leur message est clair : « l’Education nationale est trop compliquée à réformer ? Sortons de la sidération. Voici des façons simples et utiles, fondées sur les besoins des gens, d’entrer dans la formation du 21e siècle.» Le message est simplificateur, il gomme le processus de socialisation de face à face qui est le propre de l’éducation, mais il invite à répondre, et même à profiter de ce pragmatisme en l’enrichissant.
 
L’Éducation nationale doit comprendre ce nouvel environnement, qui prospère en analysant parfaitement la faille du système : l’égalité n’est plus assurée dans l’Education nationale, il faut reprendre à la racine la relation pédagogique. C’est sur le cœur de métier de l’éducation que cette nouvelle branche de l’économie numérique va prospérer : la connaissance des élèves, la compréhension de leur comportement, l’offre personnalisée, la relation. Elle le fera entre autres à partir de l’analyse des données personnelles et sous la forme de l’adaptive learning. 
 
Aux portes des écoles et lycées, des universités et grandes écoles, commencent à fructifier en France des entreprises de taille et de vocation diverses, éditeurs de logiciels, créateurs de nouveaux services éducatifs (tutorat en ligne et de face à face, kits pédagogiques). Leur multiplication ne peut pas laisser indifférente l’institution scolaire : l’éducation intéresse des acteurs industriels d’un nouveau genre, qui sans antériorité aucune dans le milieu, bousculent les professionnels de l’éducation, professeurs, éducateurs, éditeurs. 
 
Leur apparition signifie que l’éducation est identifiée comme un secteur d’activité profitable en croissance, laissé en jachère, que de nouveaux modèles d’affaires peuvent investir facilement. Ce que font ces entreprises. Qu’elles aient 10 ans ou deux mois, leurs dirigeants ont tous l’atout d’une expérience de l’économie numérique : pour créer de la valeur, la relation profilée, le réseau social, l’analyse des données, font plus que le savoir de métier de l’enseignement. Ce savoir, ces conquérants le récupèrent ou le récupéreront. Ils sont attractifs pour beaucoup de professeurs, d’élèves et de familles.

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