Diffusons notre capital intellectuel

Chicago Booth, la Business School de l’Université de Chicago, a récemment créé un poste de directeur du capital intellectuel, confié à un ancien journaliste du Financial Times, Hal Weitzman. Sa mission sera de promouvoir les recherches académiques auprès de la communauté des affaires et de publics variés (anciens, étudiants, etc.).

Comme je l’avais exprimé il y a un an sur ces mêmes pages, je suis convaincu que les enseignants-chercheurs en management doivent jouer un rôle plus important auprès de la Société en matière de compréhension des pratiques de gestion des entreprises. Au cours des trente dernières années, les entreprises ont en effet pris une place prépondérante dans notre environnement*, sans pour autant que tous les citoyens soient à même d’en comprendre les objectifs et les comportements**.

Pour autant, la diffusion par les enseignants-chercheurs de leurs travaux sur les pratiques se borne encore trop souvent aux seules publications scientifiques (pour des raisons évidentes d’évaluation, des chercheurs comme des institutions). Cette dimension est certes importante, mais beaucoup trop réductrice, en particulier dans un champ tel que le management des entreprises qui intéresse de nombreuses communautés :

• La publication scientifique est essentielle pour s’assurer du sérieux d’une recherche en la confrontant à l’évaluation des pairs. Elle permet également de diffuser les résultats et de faire progresser les connaissances de la communauté scientifique.

• La publication dans des revues « intermédiaires » (Harvard Business Review, L’Expansion Management Review) permet de toucher la communauté économique (dirigeants, managers, consultants) mais également d’apporter un support intéressant pour la communauté pédagogique : d’une lecture plus accessible que les publications scientifiques à proprement parler, ces revues font d’excellents supports pédagogiques à destination des étudiants.

• Enfin, la publication de tribunes dans la presse (largement amplifiée par les supports numériques tels que Le Huffington Post, Le Cercle Les Echos ou Lemonde.fr) sert les besoins croissants de la Société dans son ensemble de mieux comprendre le rôle et le fonctionnement des entreprises.

Dans cet esprit, mon institution encourage depuis deux ans avec succès la publication de tribunes dans la presse par les enseignants-chercheurs, mais également par les étudiants.

L’initiative de Chicago Booth ne peut que nous conforter dans cette voie d’une diffusion large des travaux scientifiques en management à destination de l’ensemble des acteurs de la Société. Peut-être cette décision d’une des meilleures Business Schools au monde contribuera-t-elle également à faire évoluer les critères d’évaluation des institutions comme des enseignants-chercheurs, pour mieux prendre en compte leur « contributions à la communauté » comme disent les anglo-saxons.

* Sur les 21 journaux télévisés du 20h de France 2 diffusés au cours des trois premières semaines de septembre, près de 14 minutes ont en moyenne traités de sujets directement relatifs aux entreprises.
** Jean Peyrelevade publiera à l’automne dans la revue Commentaire un article consacré aux raisons historiques du peu d’intérêt pour les questions économiques. Parmi les principales thèses exposées, le banquier considère le rôle de la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui met plus l’accent sur l’égalité que sur la liberté (source : L’Express n°3194 du 19 septembre 2012).

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Article du on mercredi, septembre 26th, 2012 at 9:43 dans la rubrique Communication, Enseignement Supérieur, Presse, Professeurs, Recherche, Société. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

2 commentaires “Diffusons notre capital intellectuel”

  1. Emmanuelle Mebratu dit:

    L’idée de la mise en valeur du capital intellectuel est intéressante. Je me pose la question néanmoins de sa réciprocité, et de la confrontation avec les pratiques du monde des affaires, de la capacité des chercheurs à être mis en perspective des autres formes de savoir: celles des apprenants, des entrepreneurs, des managers. Même si il n’est pas toujours formalisé, ce savoir, exercé au quotidien, a une valeur également, d’autant plus intéressante qu’en s’exerçant, il en génère d’autres formes, annexes, dans un système complexe: l’entreprise.
    En bref, la mise en valeur du capital intellectuel me semble intéressante si elle n’est pas juste une déclinaison plus ‘vivante’ des publications. Est-il question de changer juste le support ?

  2. E Zenou dit:

    Tout à fait d’accord sur l’intéret de diffuser ce capital intellectuel, et de mieux l’inscrire dans la société.
    La ‘thèse’ de J Peyrelevade mérite (si j’ose) un commentaire : j’ai plutot le sentiment, pour le coup, que pour expliquer le « manque d’intéret » des citoyens c’est un peu partial que de proposer une explication ‘par la demande’ … cad (je caricature surement une partie du propos) les citoyens ne s’y intéressent pas par la faute à la déclaration des droits de l’homme, et en poussant plus loin: va t on dire que les citoyens réclament trop d’égalité ? pas assez de liberté ? ça ‘expliquerait’ un moindre intéret pour l’économie ?
    Je vais devoir lire son propos, pour éviter le risque de caricature, mais je mettrai davantage en relief une explication ‘par l’offre’: une partie certaine des citoyens ne demandent qu’à s’y intéresser … encore faut il qu’on leur présente l’économie et le management autrement qu’en ressassant, justement, les memes façons de faire, les memes raisonnements, les memes rationalisations que depuis 30 ans. Et si on avait surtout envie d’éteindre le poste, quand on entend toujours les memes personnes, les memes explications ex-post, les memes caricatures ? justement : encore plus de rôle à jouer pour les professeurs/chercheurs, pour savoir présenter AUTREMENT les bonnes questions à poser … savoir questionnier et changer de modèle, surtout. et là, oui, on intéressera les gens.

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