Les étudiants américains découvrent l’effet ciseau

En avril dernier, dans un post intitulé Les mille milliards de dette des enfants américains, j’abordais la question de la dette abyssale contractée par les étudiants américains pour financer leurs études. A l’appui d’un récent article de l’hebdomadaire The Economist (repris dans Challenges n°325 du 13 décembre 2012), nous pouvons mieux mettre en évidence les conséquences de l’explosion de cette dette, qui a désormais atteint un niveau comparable à celle d’un pays comme l’Espagne!

D’un côté les droits de scolarité ont augmenté de manière considérable, bien au delà du rythme de l’inflation. Entre 1978 et 2012, les droits de scolarité ont été multipliés par 13 (pour une base 100 en 1978, ils atteignent 1300 en 2012) quand, dans le même temps, les prix à la consommation étaient multipliés par un peu plus de 3 (pour une base 100 en 1978, ils atteignent 320 en 2012).

De l’autre, les salaires ont connu une relative stagnation: selon The Economist, « en 2007, les étudiants récemment embauchés ne gagnaient pas plus (en tenant compte de l’inflation) qu’en 1979! ». Cette mesure ayant été réalisée avant la crise financière, on peut penser que cet indicateur s’est encore dégradé depuis cinq ans, tandis que durant la même période, les universités, et en particulier les universités publiques, continuaient d’augmenter leurs droits de scolarité pour éviter la mise en faillite.

Cette stagnation, voire de cette perte de revenus, s’expliquent par la contraction de l’économie, qui incite les entreprises à une plus grande maîtrise de leur masse salariale. Mais elle a également pour origine l’obligation d’un nombre croissant de diplômés d’accepter rapidement des emplois déqualifiés, mal rémunérés, pour pouvoir rembourser les emprunts contactés pour financer leurs études. Ce cercle vicieux est aussi à l’origine d’une augmentation des défaillances sur les remboursements de prêts étudiants : en 2011, celles-ci ont touché 9% des prêts contractés.

Baisse des revenus et hausse des charges… c’est ce que les étudiants des Business schools apprennent en comptabilité sous le nom d’ « effet ciseau ». Espérons juste que les pouvoirs publics prennent rapidement la mesure de ce phénomène avant qu’il ne conduise les enfants de la société américaine là où il mène malheureusement trop souvent les entreprises: à la faillite.

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Article du on mardi, décembre 18th, 2012 at 13:41 dans la rubrique Business Schools, Enseignement Supérieur, International, Société. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

Un commentaire “Les étudiants américains découvrent l’effet ciseau”

  1. Jean-Louis Piraux dit:

    J’ajouterais qu’en plus, en cas de faillite personnelle, les dettes contractées pour poursuivre des études ne sont pas effacées, contrairement à toutes les autres dettes. (Lu dans « Le Prix de l’Inegalité » de Joe Stieglitz).

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