10 ans d’École, 10 ans déjà! – L’entrepreneuriat étudiant

entrepreneuriat_etudiantEn 2006, la crise des subprimes ne s’était pas encore produite. Gavée par la bulle immobilière, l’économie américaine connaissait une forte croissance, entrainant derrière elle l’économie européenne. Le chômage connaissait une décrue. Pour les jeunes diplômés de Grandes Ecoles de management, la recherche d’emploi était assez facile.

En effet les grands groupes industriels, financiers ou de services, devaient recruter massivement pour accompagner la croissance et remplacer les départs en retraite des baby-boomers. Une décennie plus tard, le tableau est malheureusement plus sombre. Malgré ses promesses de campagne, le Président Hollande n’a pas su inverser la courbe du chômage et celui-ci touche désormais plus fortement les cadres et les jeunes diplômés.

Ces derniers se tournent désormais plus facilement vers l’entrepreneuriat et en plus grand nombre. Mais plus que la recherche d’une solution face au chômage, le développement de l’entrepreneuriat dans les Grandes Ecoles de management est la conséquence de profondes mutations de la société et du mode de pensée de nos élèves.

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L’entrepreneuriat étudiant n’est pas nouveau dans les Grandes Ecoles de management, mais il a changé profondément de nature et de motivations.

Il y a quinze ans, l’étudiant en Grande Ecole de management s’imaginait débuter dans une grande entreprise dans laquelle il pourrait forger son expérience, se faire un carnet d’adresses et accumuler les fonds nécessaires au lancement de son entreprise… plus tard, une fois la quarantaine atteinte.

La crise de 2008 a remis en cause ce modèle établi. L’écrasement des pyramides hiérarchiques, les stratégies de plus en plus court-termistes des entreprises et la montée du chômage des cadres ont en partie réduit les perspectives de carrière à moyen et long terme des jeunes diplômés issus des Grandes Ecoles.

De ce fait, nous assistons depuis 6 à 7 ans à l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs dans nos Ecoles. Pour ces jeunes, la perspective de création d’entreprise n’est pas à long terme, mais dès la fin de leurs études. Pour l’étudiant, la période d’études doit permettre, d’une part d’acquérir toutes les compétences nécessaires et d’autre part de donner le temps au projet entrepreneurial de murir.

La formation est donc perçue comme un centre de compétences et de ressources (incubateur, accompagnement, réseau) utile au déploiement du projet. Ainsi les attentes de ces étudiants sont différentes de celles de leurs camarades et la pédagogie comme l’accompagnement de l’Ecole doivent s’adapter.

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Ce profil d’étudiants est très présent dans nos institutions. Il doit néanmoins coexister avec un profil émergent, celui des étudiants-entrepreneurs de la génération Y ou de manière plus imagée les étudiants-entrepreneurs que je qualifie « d’instantanés ». Cette nouvelle génération présente les caractéristiques suivantes :

  • Ces jeunes appartiennent à une génération ‘pas de patron’ : « Puisque le patron ne me propose pas de perspectives de carrière ni de stabilité à moyen terme, autant assumer ces contraintes dans le cadre d’un projet de création d’entreprises… et au moins je n’aurais pas de hiérarchie au dessus de moi. »
  • Nés avec internet, élevés avec smartphones et tablettes, ils sont profondément imprégnés de la culture digitale. De ce fait, ils ont une capacité à identifier de nouveaux usages et à imaginer des solutions (souvent par le biais d’applications) pour les satisfaire.
  • Enfin, résultante des deux dimensions précédentes et de leur éducation, ces étudiants sont marqués par la culture de l’instantanéité. Cela rejaillit sur leurs projets entrepreneuriaux qui doivent être engagés rapidement et non pas muris, comme c’était le cas pour leurs prédécesseurs. Dès qu’un nouvel usage est détecté, il faut lancer très vite le produit correspondant. Car un nouvel usage imaginé n’est pas né seulement de leur esprit fertile. L’idée est souvent déclenchée par des signaux faibles. Si ces élèves ont capté ces signaux, d’autres entrepreneurs les ont très probablement captés aussi. La capacité à être le premier en phase avec les besoins du marché (le Time to Market) est donc essentielle. Il résulte de cette situation des étudiants (et parfois même des candidats) porteurs de nouvelles attentes. Il ne s’agit plus seulement d’accompagner les créateurs en mettant à leur disposition des ressources et compétences, mais d’adapter la structure pédagogique à leurs contraintes pour qu’ils puissent créer leur entreprise tout en menant leurs études en parallèle.

Charge à nos Ecoles de savoir accompagner au mieux cette nouvelle génération d’étudiants-entrepreneurs.

Mon prochain post de cette série de chroniques « 10 ans d’École, 10 ans déjà! » s’intitulera «Une décennie de Directeur général».

 

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Article du on Mardi, octobre 18th, 2016 at 9:29 dans la rubrique Business Schools, Enseignement Supérieur, Entrepreneuriat, Etudiants. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

2 commentaires “10 ans d’École, 10 ans déjà! – L’entrepreneuriat étudiant”

  1. Arnaud dit:

    J’ajouterai la structuration des reseaux de business angels, la professionnalisation des reseaux d’accompagnement, la naissance des accélérateurs, et l’explosion de la bulle du web.

  2. BOURCIEU dit:

    D’accord avec vous Arnaud. Mais cela ne concerne pas spécifiquement les étudiants-entrepreneurs traités dans ce post, mais tout l’éco-système entrepreneurial en France. C’est clair que le paysage a été profondément transformé en 10 ans, même si il reste encore des choses à faire.
    Au passage rendons hommage à Claude Allègre qui, avec les incubateurs, a véritablement contribué à dépoussiérer la notion d’Entrepreneuriat en France.

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