L’université pour réinventer un « modèle rhénan » et forger des « Mittelstand » créatifs

Le modèle rhénan mythifié

Le modèle rhénan est souvent évoqué pour une plus grande prise en compte de l’ancrage de l’économie dans son environnement régional et ses communautés, par le choix de spécialisations industrielles à forte valeur ajoutée, portées par des investissements à long terme et une position de leadership mondial dans ces spécialités.

Il en ressort un tissu dynamique d’entreprises industrielles de taille moyenne ou intermédiaire, ETI, ou encore, selon l’expression consacrée, des entreprises « Mittelstand », à l’allemande. Ce tissu est également réputé plus solidaire de son territoire. Dans ce modèle idéalisé, entreprises et territoire soutiennent leurs emplois.

Le lien entre universités, entreprises moyennes et territoire, notamment sous l’angle d’une recherche technologique appliquée est très intense et bien articulé.

Le modèle « Mittelstand » apparaît de plus en plus comme la « quête du Graal » des régions économiques.

 

Essaimage et clustering comme leviers du « Mittelstand » ? Nécessaires mais pas suffisants … 

Deux leviers sont régulièrement mis en avant pour favoriser ce déploiement : l’essaimage technologique, le « clustering », et la mise en place de pôles de compétitivité.  Tous deux poursuivent l’objectif d’emmener les entreprises vers le statut d’entreprises « Mittelstand » et apparaissent nécessaires mais la plupart des évaluations soulignent leurs limites ; nécessaires donc mais manifestement insuffisants.

Les entreprises créées à partir de l’université, les « spin-offs » technologiques, ont souvent tendance à émerger sans trouver leur vitesse de croisière en croissance (chiffre d’affaires, emplois, part de marché à l’international, …) à l’instar des jeunes sportifs de talent qui ne confirment pas au niveau international. Dans beaucoup de régions, on se réjouit plus du nombre des créations que de la consécration de véritables entreprises ayant atteint un statut d’ETI internationales à la sortie d’un laboratoire universitaire. Plus de « boutiques » que de « success stories » …

Dans les pôles de compétitivité, le maillage des compétences entre universités, écoles, centres de recherche et entreprises se réalise certes. Là encore, les analyses soulignent régulièrement la faible présence des PME-PMI dans les projets présentés et soutenus. Trop souvent le pôle représente plus un effet d’aubaine pour les chercheurs universitaires et les grandes entreprises qui s’y positionnent plus facilement dès lors qu’ils entretiennent traditionnellement plus de relations.

 

Des industries créatives à « l’économie créative »

A contrario, dans un modèle plus anglo-saxon, a émergé  un nouveau secteur d’activités, regroupant les « industries créatives ».

Ces industries créatives agrègent de petites agences, fondées par des personnalités de talent, évoluant dans les grandes métropoles internationales, dans des domaines variés basés sur la connaissance et l’intensité créative, allant du design au web, en passant par l’architecture, la communication ou les jeux vidéos. Le Royaume-Uni, à l’instar de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande ou des Etats-Unis, a été pionnier dans une politique active de soutien aux industries créatives qui ont, de fait, présentées un profil très dynamique en terme de création de richesse.

Néanmoins, à partir de 2005 et du Rapport Cox commandité par Gordon Brown, le soutien public aux industries créatives est critiqué car celles-ci apparaissent coupées des industries traditionnelles et des PME qui ne peuvent s’offrir leurs compétences. Apparaît alors un programme d’action au Royaume-Uni pour créer des plateformes universitaires reliant le secteur créatif et les PME, à travers elle le monde industriel.

 

Ecosystèmes et « hubs » créatifs, autour et avec l’université

Le Royaume-Uni découvre en même temps d’autres initiatives en Europe du Nord, aux Etats-Unis et au Canada qui dépassent le secteur des industries créatives. Celles-ci cherchent bien plus à densifier des écosystèmes de créativité, d’innovation et de croissance pour fonder une véritable économie créative. Elles s’emploient alors à rechercher des effets de capillarité entre les capacités créatives et l’industrie, pour faire émerger des industries de nouvelle génération, intégrant des services à forte valeur ajoutée, à base immatérielle et résolument tournées vers le monde. Une des sources de créativité majeure est la circulation des idées, échangées aux quatre coins de la planète dans des « hubs créatifs » ou alors à l’intersection des industries et des pratiques interdisciplinaires. Actifs technologiques et non-technologiques se mêlent pour inventer de nouveaux usages, souvent en fertilisation croisée entre pôles de compétitivité, de nouveaux business-models et de nouvelles organisations.

La Finlande a pris l’initiative de se doter d’une université de l’innovation, Aalto University à Helsinki, mixant technologie, design et management. Aalto se caractérise par ses caractéristiques écosystémiques comme sa Design Factory (ADF), entrepreneuriales (Startup Sauna) et ses connexions industrielles et internationales. Dans d’autres régions, des programmes-cadre apparaissent pour soutenir cette industrie créative et situer leurs entreprises dans cette économie d’archipel créatif pour reprendre la formule de Pierre Veltz. En Finlande, à Montréal, à Rio, à Hong Kong, à Melbourne, en Flandre belge, les projets se multiplient. L’Union Européenne a sélectionné la Wallonie (Creative Wallonia) et la Lombardie comme « high-scale demonstrator » d’une politique régionale d’économie créative.

 

La gouvernance des écosystèmes créatifs

La gouvernance de l’écosystème créatif régional doit intégrer et mailler les compétences créatives, technologiques, entrepreneuriales pour accélérer le déploiement d’une nouvelle génération d’entreprises moyennes, ancrées dans leur région mais à rayonnement mondial. L’université aura vocation à être l’acteur-réseau essentiel aux côtés des élus régionaux. L’Université de Technologie de Compiègne en est une parfaite illustration en Picardie.

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