5 étapes pour redonner toute sa place au corps enseignant

Quand un élève est en échec, c’est la faute de l’enseignant. Quand un enfant se conduit mal, c’est la faute de l’enseignant. Et quand l’économie est en crise, on considère là encore que c’est la faute de l’enseignant.

Vous trouvez que ce dernier constat est exagéré ? Peut-être.

Mais il reflète la situation désespérée dans laquelle se trouvent les enseignants. Dans le monde entier, les enseignants sont sous le feu des critiques, et bien qu’une majorité d’entre eux déclarent aimer leur métier, beaucoup trouvent qu’ils sont sous-estimés et mal considérés par la société.

La qualité de l’enseignement est un élément fondamental de la construction de systèmes éducatifs forts. Pour le professeur John Hattie, « l’excellence de l’enseignement est le seul élément ayant une réelle influence sur les résultats [en éducation] ».

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Mais les salaires peu attractifs, un moral en berne, une pression forte et l’absence d’évolution poussent les enseignants à quitter le navire. Parallèlement, ce sombre tableau n’encourage pas les jeunes diplômés à rejoindre la profession. Et ceux qui le font l’abandonnent rapidement.

Tous les pays, qu’ils soient riches ou pauvres, font face à un manque cruel d’enseignants. Et la situation n’est pas près de s’arranger. D’après les Nations Unies, 25,8 millions d’enseignants devront être recrutés dans le monde d’ici 2030 afin de garantir que chaque enfant reçoive un enseignement primaire. 2030 n’est pas une année prise au hasard : c’est la date à laquelle l’objectif numéro 4 des Objectifs du développement durable, ratifié récemment, de donner à tous les enfants les moyens de terminer un cycle complet d’études primaires, devra être atteint. Mais si la tendance actuelle se poursuit, en 2030, 34 % des pays du monde entier n’auront pas suffisamment d’enseignants pour assurer à tous les élèves un enseignement primaire. wise-survey-2015-04

Alors comment peut-on faire en sorte que le corps enseignant soit efficace, motivé et fasse preuve de créativité ?

En tant qu’observateur de l’innovation en éducation et en tant qu’enseignant, voici cinq leçons que j’ai apprises :

 

Laissons la place pour la créativité et… l’échec : J’ai tout d’abord pensé appeler cette étape « Laissons plus de place à la créativité ». Mais je me suis rendu compte que ce dont nous avons besoin avant tout, c’est de place tout court pour la créativité et l’échec, car aujourd’hui, il n’y en a pas. Les enseignants sont désireux d’enseigner au-delà des manuels scolaires mais la peur de l’échec les freine. Si les enseignants veulent repenser leur façon d’enseigner dans leur classe, laissons-les faire ! De nombreux outils, tels que TEDEd, LEGO’s MoreToMaths, Edmodo et ThinkCERCA, offrent des idées inspirantes pour rendre l’apprentissage plus interactif et plus stimulant. Prenons l’exemple de « Genius Hour ». Ce concept initialement pensé pour permettre aux élèves d’avoir du temps pour explorer leur passion et poursuivre leur activité préférée, pourrait être utilisé par les enseignants. De même que les fameux 20 % de temps dégagé par Google : les enseignants pourraient l’utiliser pour repenser leurs plans de cours, chercher plus de contenus ou diversifier les activités proposées en classe.

Laissons les enseignants être des élèves : Équiper les enseignants avec les outils numériques dernier cri n’est pas suffisant. Les enseignants apprennent tout au long de leur carrière, et leur boîte à outils doit être régulièrement complétée avec de nouvelles compétences. Ils n’attendent qu’une chose, pouvoir se débarrasser de l’ensemble de compétences désuet conçu pour des classes répondant au modèle du siècle dernier. Des initiatives voient le jour pour répondre à cette attente : TESSA (Teacher Education in Sub-Saharin Africa – Éducation et formation des enseignants en Afrique sub-saharienne) développe et distribue des ressources éducatives libres pour les enseignants afin qu’ils puissent renforcer leurs capacités et être soutenus tout au long de leur carrière. Dans la même veine, le programme Mobile Taleem de Development in Learning, au Pakistan, donne aux enseignants des zones rurales un accès à des centaines de ressources pédagogiques via leur téléphone portable, afin qu’ils puissent clarifier des concepts qui se révèlent essentiels pour dispenser un enseignement de qualité.

Plus de retours, moins de notation : Évaluer et récompenser les enseignants sur la base des performances de leurs élèves les fait travailler plus mais pas nécessairement mieux. Les observations en classe, les retours des élèves, les conseils des pairs et l’auto-évaluation aident les enseignants à mieux voir ce qui est efficace et ce qui doit être changé. Le jugyokenkyu, ou Processus d’étude des leçons, mis en place au Japon est un bon exemple : les enseignants font fréquemment des incursions dans les classes de leurs confrères pour en tirer des leçons et des orientations générales pour leurs leçons suivantes.

Collaborons et partageons ! La technologie fait des enseignants des super-enseignants ! Un enseignant de maternelle de New Delhi peut co-créer un plan de cours avec son homologue de Detroit en quelques minutes. TeachPitch, par exemple, est une plateforme qui rapproche les enseignants du monde entier et leur permet de résoudre ensemble les problèmes qu’ils rencontrent, et de partager les meilleures ressources disponibles sur le web. Twitter est également de plus en plus prisé par les enseignants du monde entier pour échanger leurs opinions, leurs idées et leurs ressources. #Edchat est une conversation hebdomadaire que tout enseignant peut rejoindre pour discuter des tendances en cours et entrer en contact avec des enseignants inspirants du monde entier.

Sachons attirer les enseignants et les garder : Dans des pays comme la Finlande, Singapour ou la Corée du Sud, enseignant est un métier prestigieux. Une sélection rigoureuse et une formation solide garantissent que seuls les meilleurs profils sont choisis. Par exemple, le programme Elige Educar, au Chili, utilise différents moyens pour améliorer l’image du métier d’enseignant dans le pays, avec un résultat probant : le programme commence à attirer des étudiants talentueux à qui l’on offre des bourses pour continuer la formation d’enseignant. Une autre initiative, Teach for India (une filiale de Teach for All), encourage de plus en plus de jeunes professionnels issus de cursus universitaires variés à passer quelques années à enseigner dans les zones les plus en demande.

Les cinq étapes que je viens de mentionner ne sont pas simples à mettre en place, mais il est grand temps que l’on repense le métier d’enseignant. Le mouvement mondial pour réinventer l’éducation permet de rendre l’apprentissage plus stimulant et plus pertinent pour les élèves. Il faut maintenant se concentrer sur nos enseignants. Il y a quelques semaines, l’article de David Denby « Arrêtons d’humilier les enseignants », paru dans The New Yorker, a fait grand bruit. Et pour cause. Il est en effet grand temps d’arrêter de considérer les enseignants comme responsables de toutes les crises économiques et sociales qui touchent nos sociétés.

Si l’on attend des enseignants qu’ils façonnent les esprits des jeunes enfants, qu’ils développent leur créativité et affinent leurs compétences pour qu’ils réussissent dans ce xxie siècle, nous devons cesser de les accuser et les estimer à leur juste valeur.

Pour échanger avec Sébastien: @sturbot.

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Chers étudiants, bienvenue dans la réalité

Article après article, recherche après recherche, conférence après conférence, les experts sont unanimes : « L’enseignement que nous dispensons aujourd’hui ne correspond plus à l’enseignement dont nous avons besoin ».

Exprimé plus simplement, l’idée est que la plus grande partie de ce que nous enseignons en classe ne correspond pas aux compétences fondamentales pour bien vivre dans nos sociétés contemporaines, que ce soit dans le monde du travail ou dans sa vie privée. Il est temps de proposer aux apprenants une éducation qui soit plus en lien avec la réalité du monde extérieur. Par exemple, il faudrait que les « vieux sages » descendent de leur estrade, qu’ils rendent leur classe plus interactive, qu’ils révolutionnent la façon dont ils enseignent en classe afin de former une génération d’individus innovants et ingénieux.

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