La remuneration des activites d E-learning

Les enseignants de l’enseignement supérieur sont de plus en plus enclins et même encouragés à enrichir leur cours en classe ou en amphithéâtre en publiant sur les sites Internet pédagogiques des établissements des ressources complémentaires : plans de cours, ressources documentaires,… En outre le Web collaboratif, ou encore appelé le Web 2.0, permet aux enseignants et à leurs étudiants de créer de véritables œuvres pédagogiques collectives sur les sites des établissements. Néanmoins ces activités complémentaires nécessitent un investissement humain conséquent de la part des enseignants et les possibilités de valorisation financière de cet investissement étaient jusqu’à maintenant très limitées (primes pédagogiques, dispense d’heures d’enseignement et convention de droits d’auteur).
A l’heure du E-Learning il devient incontournable dans une perspective de concurrence internationale entre universités d’inciter les enseignants à produire des œuvres pédagogiques accessibles sur Internet.
La loi du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités offre la possibilité aux Universités qui le désirent de bénéficier de compétences accrues en matière de répartition des obligations de service des personnels enseignants et de recherche. Schématiquement il serait envisageable qu’un enseignant ne produisant pas suffisamment de travaux de recherche (la moitié de son service) puisse recourir au E-learning pour remplir ses obligations de service.
Parallèlement le 24 août est paru au JO l’arrêté du 31 juillet 2009 fixant le référentiel national d’équivalences horaires pour les enseignants-chercheurs :

  • Elaboration et mise en ligne d’un module d’enseignement ou de formation, sans tâches directes liées à l’assistance et l’évaluation des étudiants :
    Forfait d’heures identique à l’équivalent en nombre d’heures d’enseignement présentiel.
  • Responsabilité d’un module de formation ouverte à distance ou autre forme d’enseignement non présentiel impliquant assistance directe et évaluation des étudiants :
    Forfait modulable en fonction de la nature de la formation, du temps passé dans l’activité présentielle correspondante et du nombre d’étudiants concernés.
  • Conception et développement d’enseignements nouveaux ou de pratiques pédagogiques innovantes :
  • Forfait modulable en fonction de la nature de l’activité innovante concernée.

Par ailleurs, toutes les activités d’encadrement (tutorat par Internet,…) sont rémunérées selon le même texte en application d’un forfait fixé par une charte propre à l’établissement.
Pour l’essentiel cet arrêté fait référence à une charte d’établissement fixant la rémunération (équivalence horaire des activités ou forfait) ou à une politique de rémunération des activités d’E-learning.
Néanmoins, ce texte n’aborde pas la question de la nature des activités d’E-learning : un support de cours sous forme de diaporama ne demande pas le même temps d’élaboration qu’un parcours pédagogique dématérialisé rythmé par des questionnements, des sessions d’auto-formation,… Un travail de quantification des activités d’E-learning devra donc être mené par les établissements.
Avec ce dispositif qui, à l’heure de l’autonomie des Université, donne compétence aux chefs d’établissement pour fixer concrètement la rémunération des enseignants-chercheurs nous risquons de voir naître des dispositifs disparates entre établissements. Une même activité d’E-learning ne serait pas rémunérée de la manière identique entre deux établissements. Par conséquent une harmonisation des règles de quantification et de rémunération au niveau des Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur voire national nous semble nécessaire.

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This entry was posted on samedi, octobre 24th, 2009 at 15:59 and is filed under Non classé. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

9 Responses to “La remuneration des activites d E-learning”

  1. LecteurNantes Says:

    … et surtout, cette direction risque d’être poussée par un objectif de réduction des coûts. Bien entendu, elle sera vendue en clamant que les « nouveaux publics » sont réceptifs aux nouveaux outils plein de modernité
    (et je suis PR en informatique) et de toute façon, les établissements qui le pratiquement largement seront « en avance ». Bref, celui qui donne un chapitre de livre, même un excellent chapitre d’un excellent livre, dont la lecture est très profitable, n’aura pas son paragraphe dans le journal. Une école proche de la mienne a produit des contenus sur i-pod. Tous les journaux en parlaient. Je crois les élèves n’en ont rien tiré d’utile, mais l’école s’est fait mousser avec succès. Le critère de « visibilité » (car on ne jure plus que par cela) sera un pousse-au-cul vers le e-learning.

    Je ne suis pas le dernier à apprécier « videolectures.net », mais pour mieux transmettre aux étudiants, le e-learning me paraît d’utilité marginale, car ne traitant pas les problèmes des étudiants (savoir prendre des notes, savoir interagir avec les enseignants, chercher à reformuler les idées…).

    Si votre article se termine en évoquant les PRES, est-ce parce que la mutualisation des contenus pédago à l’échelle des PRES est le plan dans le tiroir ?

    L’autre jour chez Leclerc (un très grand, de l’agglomération nantaise), c’était en travaux, on supprimait la moitié des caisses « manuelles » pour les remplacer par des caisses automatiques. Il y a 4 ans, les premiers essais étaient lancés, dans le seul but d’offrir « une offre supplémentaire » au client…

  2. pdubois Says:

    Cher collègue blogueur. Chronique tout à fait pertinente car elle démontre qu’avec les forfaits du référentiel national des activités, la pagaille est en vue dans les universités (http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2009/10/12/primes-pagaille-en-vue/). Vous avez raison, les formes d’implication concrète des enseignants dans le e-learning sont très diverses. La maîtrise des forfaits par les établissements va effectivement introduire des disparités de forfaits pour une même activité. Mais votre solution (faire décider les PRES voire le niveau national) laisse totalement rêveur. Dans la bureaucratie, la centralisation continue de l’élaboration des règles ne supprime pas les zones d’incertitudes ; la burea

  3. pdubois Says:

    (suite) la bureaucratie centrale s’épuise à faire des règles précises alors qu’elle ne connaît pas les situations de terrain. Et trop de règles tuent la règle. Il faut donc laisser les universités autonomes faire le boulot et ensuite lutter contre les inégalités inadmissibles. Le vrai et seul problème : ces forfaits, ces décharges de services, ces primes de toutes sortes masque un seul problème, celui de la détérioration continue des salaires des enseignants du supérieur depuis les années 80. Cordialement. Pierre Dubois

  4. Olivier R Says:

    L’escroquerie est prévisible. En effet, notre service de base s’organise autour de deux moitiés, enseignement et recherche, la première moitié s’organisant en un quart d’enseignement proprement dit et trois quarts de préparation, évaluation, administration, etc. Je lis cela comme la reconnaissance qu’en moyenne un enseignement donné coûte trois fois son poids horaire en préparation, évaluation, administration, etc.

    Aux sceptiques qui trouveraient ce rapport trois surévalué, je demande de faire l’application numérique suivante : un cours dure 20 heures, l’examen terminal dure 2 heures, chaque copie demande au moins 10mn de correction, il y a 100 étudiants, combien dure la correction ? Il y a des travaux pratiques à préparer, à corriger, des contrôles continus, etc, et évidemment la préparation du cours en question.

    Il est clair que les forfaits annoncés ne respectent pas ce cadrage, sans parler du fait que l’enseignement à distance augmente le poids du nombre d’étudiants.

    * Elaboration et mise en ligne d’un module d’enseignement ou de formation, sans tâches directes liées à l’assistance et l’évaluation des étudiants : Forfait d’heures identique à l’équivalent en nombre d’heures d’enseignement présentiel.

    Ça devrait être dans le volet préparation (facteur multiplicatif 3) d’autant plus que l’élaboration d’un module afin de mise en ligne exige un niveau de qualité de présentation dont on a pas besoin quand on prépare un cours sur un cahier juste pour soi et quelques collègues.

    * Responsabilité d’un module de formation ouverte à distance ou autre forme d’enseignement non présentiel impliquant assistance directe et évaluation des étudiants : Forfait modulable en fonction de la nature de la formation, du temps passé dans l’activité présentielle correspondante et du nombre d’étudiants concernés.

    Pourquoi pas ? Tout réside dans «en fonction de».

    * Conception et développement d’enseignements nouveaux ou de pratiques pédagogiques innovantes : Forfait modulable en fonction de la nature de l’activité innovante concernée.

    La conception et le développement d’enseignement nouveau est notre pain quotidien. Tous les ans, j’ai un ou deux cours à renouveler pour cause de changement de maquette, évolution du sujet, évolution des technologies, ma mobilité au sein de l’établissement, le départ de collègues, etc. Il n’y a rien de spécifique à l’enseignement à distance là-dedans. Cela prépare un chantage : concevez et développez, mais cela ne sera valorisé dans votre service que si vous «innovez». Qui mesurera l’innovation ?

  5. ybergheaud Says:

    @ LecteurNantes
    La mutualisation des ressources pédagogiques en E-learning est à mon sens inévitable voire même souhaitable. Un objectif de réduction des coûts me semble recherché, mais c’est aussi également l’occasion pour enseigner différemment vous ne croyez pas ?

  6. ybergheaud Says:

    @ pdubois
    Je ne pensais pas forcément à une centralisation poussée pour un calcul de la rémunération des activités d’E-learning, j’avance en revanche l’idée d’une mutualisation des pratiques en la matière. Ce serait une opportunité pour le corps enseignants de prendre l’initiative sur ce sujet et d’initier une réflexion commune. Je suis peut-être un doux rêveur 😉

  7. ybergheaud Says:

    @ Olivier R
    Le coefficient de 3 ou 4 pour la préparation d’une heure de cours par Internet est une règle qui a été retenu dans quelques établissements que je connais.

  8. LecteurNantes Says:

    @5 Merci de votre réponse.
    C’est l’occasion d’enseigner différemment sûrement, mais ce qui m’importe, c’est que ça soit un moyen d’enseigner mieux. Je suis très intéressé par ce qui permettrait de rendre les étudiants plus compétents, plus intelligents, plus autonomes, plus équilibrés, plus cultivés etc…
    Pour être franc, j’ai le sentiment sûrement très naïf et que vous devez souvent avoir vu :
    1) qu’il s’agit de nous demander de concevoir les machines qui doivent nous remplacer, pour réduire les coûts.
    2) que cet outil s’intègre parfaitement et sciemment dans une perspective de marchandisation accrue et de modularisation des parcours.
    3) qu’il ne s’agit pas d’améliorer les compétences des étudiants (alors que le e-learning le pourrait sûrement, mais il sera employé comme cheval de Troie de la marchandisation)

    cette vision un peu « surmoi-marxiste » me vient aussi de la lecture très régulière de l’actualité de l’enseignement supérieur dans nombre de pays étrangers, en particulier anglophones.

  9. ybergheaud Says:

    @ LecteurNantes
    Vous avez raison il y a un risque de dérives. J’essaye de forcer mon surmoi-optimiste 😉

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