Les Assises de l Enseignement Superieur et le numerique, histoire d un rendez-vous manque ?

Le numérique transforme fondamentalement l’enseignement dans ses modalités et son organisation interne. La manière d’enseigner ou la pédagogie connaisse de grande mutation, l’on enseigne plus comme auparavant.

La transmission du savoir n’est plus la pierre angulaire du rôle de l’enseignant. L’accès à l’information et la connaissance est aujourd’hui banalisé et l’enjeu n’est plus d’assimiler de l’information mais bien de savoir trouver l’information pertinente. L’enseignement, même si son objet reste identique, la délivrance de diplômes, dans ses modalités tend vers la maîtrise de compétences. De la maîtrise des connaissances l’on glisse inexorablement vers la maîtrise de compétences.

Signe de cette mutation, les maquettes de diplômes nationaux se sont transformées en une liste de compétences que l’apprenant se doit de maîtriser pour réussir ses examens.
Ces modifications statutaires, si l’on ne désire pas qu’elle en reste à un simple ravalement de façade devrait s’accompagner d’un large plan de formation des enseignants aux usages du numériques.
Force est de constater que le débat se focalise sur la formation des enseignants en général et plus spécifiquement sur la place du concours dans le cadre du recrutement et non sur le contenu « numérique » de la formation. Ce constat est renforcé par l’abandon de l’obligation d’obtention du Certificat Informatique et Internet pour les Métiers de l’Enseignement. Cette certification, même si l’on peut en critiquer certains aspects, avait au moins le mérite d’ancrer la maîtrise du numérique dans la mise en œuvre de la pédagogie des futurs enseignants. Par ailleurs, dans nos Universités, nous avons déployé une grande énergie afin d’assurer une certification à nos étudiants et ainsi donner réalité à ce qui n’était qu’un référentiel sur papier. Ce n’est pas la première fois que nous nous investissons pour une réforme avortée mais c’est toutefois rageant !

En pratique, l’abandon de la certification est un très mauvais signal envoyé aux actuels et futurs enseignants et par ailleurs il est sûrement à parier que dans un avenir plus ou moins proche la réalité nous rattrapera et cette certification deviendra à nouveau obligatoire. « Un pas en avant deux pas en arrière », ceci me rappelle mes lectures d’adolescent !!!

Concernant la formation, non plus initiale, mais continue des enseignants. Ici la tache revient à envisager comment former nos collègues déjà titulaires aux usages pédagogique du numérique. Nous avons déjà commencé, au sein des établissements, à travailler concrètement à la formation des enseignants-chercheurs dans les établissements d’enseignement supérieur. Faute de moyens adéquates, nous avons parfois l’impression d’écoper la mer avec une cuillère. En outre il n’est pas certain que cette mission de « formation continue » nous soit encore dévolue à l’avenir (retour des IUFM ou succédanés, ou encore autres mégastructures,…?).

Revenons à la question fondamentale du numérique dans l’éducation : améliorer la qualité des enseignements et la réussite des étudiants avec le numérique, voilà le vrai débat sur la place du numérique dans la réforme de l’enseignement.

Et concernant cet enjeu fondamental je crains que la prochaine réforme passe à côté de cette question. En tout état de cause les débats préparatoires ne rendent pas compte de cet enjeu.

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This entry was posted on jeudi, octobre 11th, 2012 at 9:27 and is filed under Non classé. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

2 Responses to “Les Assises de l Enseignement Superieur et le numerique, histoire d un rendez-vous manque ?”

  1. Jean-Philippe Lagrange Says:

    Dans certaines disciplines on peut prédire sans trop prendre de risques que l’avance prise par les universités américaines, je pense notamment aux projets portés par (pour faire court) respectivement Stanford et le MIT, va impacter fortement les universités françaises (sauf réaction forte à court terme, mais comme vous le soulignez, on ne la voit guère venir).

  2. Luc lebleu Says:

    Il est vrai que dans ce domaine, certains présidents d’université font preuve d’incompétence, de manque de culture et de vision.
    De plus, la peur devant l’avenir n’a jamais été source de progrès.

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