Au risque d’être incorrect !

incorrectCette semaine je vais m’attirer un certain nombre de réflexions passionnées, moi qui fût un défenseur de solutions libres dans les universités ! La question qui fâche : peut-on utiliser, à l’université, Google, Microsoft, Dropbox et autres services dans le nuage ?

Il y a encore peu de temps, j’aurais essayé de vous convaincre du danger que représente la fuite de données personnelles vers des entreprises extérieures, de plus américaines, qui doivent rendre des comptes à la justice américaine. J’étais un partisan acharné de la mise en place, dans les campus, de solutions libres alternatives et lorsque je n’en disposais pas, je m’en passais !

Qu’est-ce qui m’a fait changer d’avis ? Un lent processus de maturation, répondrais-je.

Skype est interdit dans nos établissements mais comment échanger avec des collègues étrangers lorsque c’est leur outil naturel pour collaborer à distance en face à face ?

Comment partager des fichiers, des images avec des partenaires extérieurs à l’université de façon aussi simple et aisée que Dropbox ou Google+ ?

Comment convaincre les étudiants de ne pas utiliser une page Facebook pour collaborer et échanger entre eux, et, plus encore, quelle réelle alternative puis-je leur offrir en interne ?

Je me donnais un mal de chien pour persuader mes collègues d’employer les adresses courriel internes à l’université pour communiquer avec leurs étudiants plutôt que leur adresse Hotmail, Google ou toute autre alors qu’ils me répondaient que ceux-ci ne consultent pas cette boite aux lettres.

C’est pour les éduquer, répondais-je. Employer le numérique et ses outils à l’université n’a pas pour but unique une amélioration de l’apprentissage mais également vise à leur apprendre les usages dont ils auront besoin tout au long de leur vie dans leur profession et vie personnelle. C’est ce qu’affirmait Gilbert Béréziat, dès le début des années 2000, et ceci est plus vrai que jamais.

Eh bien, j’ai viré ma cuti ! Je pense qu’il faut trouver une solution mixte et réfléchir aux usages avant de rejeter l’appui que peuvent nous apporter ces solutions extérieures, gratuites de surcroît. D’accord, on me répondra que cela peut changer, selon leur volonté, mais en attendant ?

Pas de doute, il faut garder en interne ou dans un réseau enseignement recherche sécurisé plus large, les données de recherche, personnelles, les bases de données administratives… Mais pourquoi ne pas offrir ces services externes pour tout ce qui n’est pas critique, pour l’enseignement par exemple. Quel danger courront nous à sortir de nos campus les échanges des enseignants avec les étudiants et   tout ce qui améliore l’environnement des études : les documents de toutes sorte, leur partage, laisser à chacun la possibilité de se construire ses communautés en interne comme en externe…?

Nous ne pourrons jamais offrir des solutions aussi sophistiquées et aussi conviviales que les grands du secteur car nous n’avons pas leurs capacités de développement ni leur couverture universelle au-delà de nos campus.

Donc oui à un courrier électronique outsourcé chez un grand du secteur qui nous l’offrira gratuitement.. Oui à Google qui offrira très bientôt un stockage illimité, oui à Dropbox et d’autres pour partager, échanger. … Ceci nous permettra de consacrer nos forces et nos moyens à des développements spécifiques, et ils sont nombreux !

Et parallèlement mettons nos efforts sur la construction d’un cloud interne pour ce que nous ne devons pas faire sortir de nos établissements. Ceci s’appelle le cloud hybride et toutes les universités du monde y viennent progressivement.

Oui également, chaque fois que faire se peut, à des applications en mode SaaS plutôt qu’à l’installation de logiciels que nous devons installer sur des machines qu’il nous faut des mois pour acheter. Ceci est si vrai que le nombre d’entreprises qui se développent autour du service du libre explose. Mieux vaut payer un prix raisonnable pour faire fonctionner de tels produits dans le cloud que d’y consacrer nos ingénieurs qui sont déjà si peu nombreux et qui ont beaucoup mieux à faire que d’assurer une maintenance quotidienne.

Partout ailleurs en Europe, on l’a bien compris. Les métiers de maintenance et du fonctionnement sont de plus en plus sortis des universités et ceci ne se fait pas au détriment du libre, au contraire ! Leurs ingénieurs se transforment en chefs de projets, en développeurs, libérés des soucis les plus quotidiens, finalement peu valorisants et qui freinent l’innovation indispensable dans nos communautés.

On m’objectera que se mettre entre les mains des fournisseurs, c’est oblitéré le futur en nous soumettant à leurs évolutions tant tarifaires que techniques. C’est effectivement exact et il faut peser les aspects critiques de telles solutions versus les avantages, cas par cas. La solution n’est certainement ni à une extrémité ni à l’autre mais mesurée. A chaque université d’en juger. Je suis persuadé qu’à coût égal ou faiblement augmenté, la qualité des services offerts à la communauté serait bien meilleure.

Nos étudiants, notre personnel ne doivent pas trouver, sur les campus, des solutions de moins bonne qualité que dans leur vie privée, comme c’est le cas aujourd’hui.

Comme en toute chose, il faut savoir mesure trouver !

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19 Comments

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19 Responses to Au risque d’être incorrect !

  1. Girolamo

    Merci pour ce billet !! Tout à fait d’accord. Et je trouve positif de changer d’avis 🙂
    Difficile de se passer de tels instruments, personnellement je pense à Google Drive.
    Bien à vous

  2. thierse

    Moi aussi, j’ai viré ma cuti. Je n’ai jamais été extrémiste, mais ai toujours cherché à privilégier les solutions « libres ». Linuxien de la seconde heure, j’étais au CNIT à la première « Linux expo ». J’ai approfondi aussi le MBR (Boot master record) pour que nos PC soient mixtes (linux / Windows) car nos chers petits auront besoin des deux mondes.
    Ce qui reste important, est de savoir à quel degré de liberté nous sommes. Quand je vois tous les déblocages je dois réaliser pour avoir une page web « lisible », je me rends (un peu) mieux compte de ce que je perds comme liberté.
    Si l’Université peut offrir des services internes « free like », comme zimbra, « google like » comme ownCloud, « skype like » (et merci à Renater pour la visio) , autant « y aller ». Rien n’est libre, rien n’est gratuit, tout est peu « free », et tout (et toutes et tous) se transforme(nt).
    Récemment passé à « Livre de visage » 😉 pour apprendre à être au niveau, et ayant investi dans une tablette (pour mon épouse), en voulant éviter M$, j’ai vite compris ce qu’était « Humanoid », quand on m’a demandé pour installer un compte gmail toujours évité jusqu’à présent …
    Restons vigilent, et défendons cette superbe cause d’une éducation pour tous avec MOOC et mettons en valeur nos compétences pour « vendre » une formation continue de qualité, à la pointe des connaissances (celles toutes fraîches de la Recherche)
    Formation par la Recherche !

    • Yves Epelboin

      L’université ne peut pas tout faire. Elle n’en a pas les moyens et pour des informations non critiques (enseignement, documents de recherche non confidentiels) elles ne pourront jamais offrir la puissance des compagnies autour de nous. De plus si on est amené à dialoguer et collaborer avec des personnes extérieures, les universités int encore moins les moyens de les gérer.

      Bien sûr je sors du champ les informations confidentielles (données personnelles par exemple) et une part de la recherche.

  3. JYJ

    Bonjour,
    Je voudrais pointer la grave erreur qui consiste à défendre en même temps l’externalisation et les services en lignes déloyaux.
    Un découplage s’impose à mon avis.
    Congeler les ovocytes, empêcher de comprendre qu’il y a plusieurs choix à un besoin, considérer comme normal d’être aliéné à une seule solution, demander un effort financier plutôt qu’intellectuel, réfléchir à la place de l’utilisateur, perdre totalement conscience de la localisation de ses données, voila le « meilleur des mondes » où nous entrainent les services en lignes déloyaux (dans les les GAFA).
    Alors oui, il y a deux solutions, se mettre « au niveau » des autres ou remonter leur niveau, afin qu’ils acceptent de ne pas avoir « ce qu’il y a de mieux » ou « ce qu’il y a de plus facile », mais plutôt ce qui est socialement responsable.
    Quel dommage de perdre pied à ce point pour ne pas voir les immenses dégâts que vont faire ces outils propriétaires et déloyaux sur des générations de « harry potter de l’informatique »…ceux que l’on appelle les « digital natives » mais qui sont en fait des « digital naïves » ! Les nouveaux « Happy taxpayers du numérique »…
    Cela me rappelle que l’on a du faire récemment une campagne pour les « légumes moches » tellement les consommateurs sont conditionnés par les « beaux légumes » ! C’est triste non ?
    Et encore, je n’ose parler des formats ouverts, qui sont eux aussi important, avec la perte du contrôle sur nos propres pensées traduites dans un codage privé tenu secret…
    C’est vrai que de rentrer dans le moule apporte un certain confort, auquel on peut aspirer après des années, mais quand même, alors que les procédures judiciaires arrivent jour après jours contre les services en ligne déloyaux, comme google, aller dans le sens du « facile à utiliser » ou du « mieux » (sic !!!), me parait très triste.
    Je pense qu’il ne faut vraiment pas confondre externalisation (et là, avec un contrat bien ficelé, et sur le territoire national, je ne suis pas contre), avec l’usage des services déloyaux qui nous considèrent comme de la marchandise.
    C’est le principal reproche que je fait à cet article, car on ne peut *vraiment* pas mélanger les deux.
    Il faut des gardiens et des moutons, c’est vrai que le rôle de mouton est plus tranquille…
    Bien cordialement,
    JYJ

    • Yves Epelboin

      Longue réponse ! Au rythme où les technologies se développent, les universités n’ont, nulle part, les moyens de fournir tous les services que demandent leurs usagers. En ce qui concerne l’enseignement le mieux est d’employer des services dont nous savons que la confidentialité est douteuse mais qui sont les plus populaires parce que les plus sophistiqués et les plus faciles à employer. J’ai suivi des discussions entre informaticiens sur les alternatives à Dropbox, celles qu’il fallait choisir. Ridicule : personne ne les utilisera parce que leurs capacités sont limitées et leurs interfaces d’une complexité qui fera fuir tous ceux qui ne sont pas des gourous.

      Il vaut mieux que nos usagers emploient ces solutions très populaires avec notre accompagnement et nos avertissements sur leurs limites que sans nous, voire contre nous !

      Quand à les qualifier d’outils déloyaux c’est votre opinion. Je vous la laisse. Pour moi ce sont des outils commerciaux et leurs propriétaires s’intéressent aux données que nous leur confions. Eh bien, payons les avec celles qui ne sont pas critiques. De toute façon rien n’est gratuit, et surtout pas l’open source. Lui aussi a un coût.

  4. Hanzen Christian

    Bonjour
    Bravo vous avez (enfin ?) virer « votre cuti ». Bienvenue au club de ceux qui sont prêt à partager (enseigner c’est partager, créer une ambiance d’apprentissage). J’ai créer (il y a 15 mois) pour ce faire une page Facebook (www.facebook.com/theriognologie ). Socrative est également un de mes outils préférés. Cela ne m’empêche pas de recourir à notre plateforme institutionnelle Blackboard, à une plateforme Exams pou les nombreux tests formatifs ou encore à notre plateforme ORBI des publications et cours des collègues de l’université de Liège.
    Cordialement

    • Yves Epelboin

      Le fait d’avoir changé d’avis n’a rien à voir avec le fait d’appartenir au « lub de ceux qui sont prêt à partager (enseigner c’est partager, créer une ambiance d’apprentissage) ». J’y étais même avant 2000 !

  5. JFruitet

    C’est un très vieux débat.
    Dans les années 90, quand les établissement universitaires commençaient de s’équiper de serveur de mail, certains collègues préféraient déjà hotmail aux services (souvent très lourds et malcommode car sans webmail la plupart du temps) fournis par leur institution.

    Aujourd’hui il paraît normal que toute institution offre un service de courriel et des forums / listes de diffusions internes et sécurisés.
    Cela n’empêche pas pas mal de collègues de continuer d’utiliser leur courriel privé, ni aux autres de devoir batailler avec leurs étudiants (c’est mon cas) pour qu’ils aient une démarche professionnelle et évitent de mélanger vie professionnelle et vie privée… Mais ce n’est plus, concernant le mail , un débat argumenté sur des lacunes techniques ou financières.

    Peut-on considérer que c’est une caractéristique des usages du Net que les institutions universitaires seront toujours en retard d’un équipement et qu’il y aura forcément un hiatus entre ce que le Net ouvert (et commercial le plus souvent) offre et ce que nos moyens peuvent proposer ?

    Si on le croit, comme moi, il faut en effet accepter d’en payer la rançon.
    Il me semble que nous devrons constamment négocier pour obtenir ce qui nous semble indispensable pour garantir la confidentialité et la sécurité des données sensibles, tout en acceptant des concessions pour ce qui n’est pas décisif ou présente une avancée substantielle en termes de collaboration.

    Je n’hésite pas à utiliser Skype si j’en ai besoin, j’utilise aussi DropBox qui est verrouillé / inaccessible depuis mon bureau… et Google Doc si mes interlocuteurs l’utilisent.
    Mais ce n’est pas au bureau, c’est à domicile, où je passe de plus en plus de temps quand je n’ai pas à enseigner en face à face.
    Probablement les étudiants (et certains collègues) y perdent la possibilité de pousser ma porte pour m’entretenir de tout et de rien, mais quand ils doivent vraiment me rencontrer en personne, nous trouvons un arrangement.

    Et mes étudiants font pareil que moi, sauf quand je le contraints de façon directe… avec des arguments qu’il faut soigneusement peser.

    Ceux qui rechignent à investir des moyens – certes conséquents – dans des équipement modernes ne s’aperçoivent même pas que l’une des conséquences pernicieuses de se retard sur « la vie au dehors » c’est que des pans entiers de l’activité réelle de leurs enseignants et étudiants (y compris des activités d’apprentissage et de collaboration) leur échappent et sortent de leur périmètre de visibilité.

    C’est comme l’histoire des Pages Web personnelles à un autre époque. Mon institut ne voulait pas les mettre en place, du coup tout ce qui était novateur se faisait en dehors non pas de son contrôle, ce dont tout le monde se fiche, mais surtout et c’est plus ennuyeux, en dehors de sa propre connaissance.
    La direction ne pouvait même pas tirer parti de la richesse foisonnante de ses propres chercheurs dans les domaines à la marge de sa vison étroite du monde !

    Mais comme dit l’adage, « pour vivre heureux vivons caché »… des cuistres.

  6. momb

    Bonjour,

    Effectivement à l’université il est trop tard. Les habitudes sont prises par les étudiants qui n’ont plus « aucune réflexion sur ».

    Il faudrait commencer à proposer des services différents bien en amont (dernières années d’école élémentaire et collège). La concurrence bling-bling est trop forte. elle a gagné.

    • Yves Epelboin

      C’est plus compliqué : cela dépasse l’école. Le problème est le choix des outils que l’on emploie partout et que les autres, avec lesquels nous communiquons et partageons (car là est bien le but, emploient.

  7. baron von kleinbruscht

    OUI… vous avez mille fois raison!
    Nous autres enseignants-chercheurs devrions nous jeter corps et âme dans les services gratuits généreusement offerts par les GAFAM.

    C’est al même logique qui pousse à publier dans les revues détenues par Elsevier et se lever un beau matin en disant : « mais…. ils nous volent! ».

    Les étudiants utilisent Google et Facebook et ce serait la seule raison de les utiliser. Mais c’est faire preuve d’une sacre méconnaissance des usages !

    Les étudiants sont beaucoup plus sensibles que vous ne le croyez à la sécurité des données. ils utiliseront Google et Facebook si vous les y obligez, aucun problème. Mais pour en avoir fait l’expérience avec beaucoup d’étudiants, il n’y a aucun problème pour eux à utiliser le système (libre) de GED que j’ai moi-même mis en place sur le serveur de mon labo

    Je précise que je n’ai rien d’un informaticien, mais j’ai juste assez d’intelligence pour m’auto-former un minimum et utiliser Internet comme il devrait l’être. Car en réalité, ce que vous êtes en train de nous dire, c’est que les enseignants sont tellement peu formés à l’informatique (et aux réseaux) et que l’Université à définitivement raté le passage à Internet (cela j’en suis convaincu) que l’utilisation de Facebook et Google par les étudiants devient la belle excuse pour ne pas se fouler un minimum.

    C’est sans doute la position ultime du très hautain: « j’y connais rien en informatique, l’informaticien de service arrangera cela pour moi » que j’entends en longueur de temps de la part d’enseignants sans doute trop occupés pour prêter attention à ces choses insignifiantes…

    Par ailleurs, le jour où Google et Facebook arrêteront leurs services ou les modifieront en plein milieu d’une année universitaire, comment réagirez-vous?

    Et puisque nous n’aurons alors plus besoin de développeurs pour nos « besoins spécifiques » parce que tout sera fourni par les GAFAM, nous n’aurons plus que nos yeux pour pleurer car les abonnements seront alors si chers (qui a dit que cela resterait gratuit pour toujours?) que l’Université n’en n’aura plus les moyens…

    Jamais rien lu de plus stupide depuis des mois, tiens….

    • Yves Epelboin

      C’est bien ce que je disais dans mon titre : y’a encore du travail pour voir les choses évoluer !

      • Yves Epelboin

        J’ai oublié une chose : ne pas être d’accord ne nécessite pas d’être injurieux. je laisserai les lecteurs juger lequel de nous deux est le plus stupide.

        • baron von kleinbruscht

          « lire quelque chose de stupide » n’est pas une injure : je ne vous connais pas, je ne peux donc conclure quoi que ce soit sur votre personne.
          Par contre je sais reconnaître un jugement stupide d’un autre : votre raisonnement est le suivant :
          1. Des gens utilisent Facebook pour communiquer
          2. Il faut communiquer avec eux
          3. donc il faut utiliser Facebook

          Or :
          – Internet et la multiplicité des protocoles utilisables est démonstration évidente que pour communiquer il n’y a pas qu’un seul canal mais plusieurs, tous plus ou moins adaptés au contenu de ce que vous souhaitez communiquer.
          Facebook est loin d’être l’outil le plus adapté, ainsi que G+ ou les résaux sociaux « grand public » en général.

          Enfin, vous présupposez de l’ignorance des enseignants qui, eux, savent se servir d’Internet et collaborent déjà depuis longtemps avec leurs étudiants sans ressentir le besoin de se rendre sur un réseau social gratuit, dont les serveurs se trouvent ailleurs, avec des CGU discutables.

          Les « choses évoluent » comme vous dites . Par exemple vous posez la question : « Comment partager des fichiers, des images avec des partenaires extérieurs à l’université de façon aussi simple et aisée que Dropbox ou Google+ ? »

          La réponse est simple : vous placez, par exemple, Owncloud sur le serveur de votre labo.
          Avantage : vous n’avez rien à développer.
          Contrainte : oui, il faut se former un minimum (en 2h de temps pour le néophyte qui n’a jamais touché à un serveur).

          Facebook et G+ ne sont pas là pour partager des fichiers.

          Vous dites : « Skype est interdit dans nos établissements mais comment échanger avec des collègues étrangers lorsque c’est leur outil naturel pour collaborer à distance en face à face ? »

          Réponse en deux points :
          1. les 3/4 du temps avoir al tête de son interlocuteur lorsqu’on parle n’apporte aucun avantage.
          2. le protocole WebRTC, que vous pouvez aussi sécuriser bien mieux que Skype.
          (ne pas oublier que dans le montage de consortium de chercheurs pour soumettre des projets, des accords de confidentialités sont souvent mis en place, ce n’est pas pour finalement utiliser des protocole foireux).

          vous dites :
          « Comment convaincre les étudiants de ne pas utiliser une page Facebook pour collaborer et échanger entre eux, et, plus encore, quelle réelle alternative puis-je leur offrir en interne ? »

          1. Pourquoi les convaincre de ne pas utiliser Facebook, s’il le veulent? C’est leur problème, et d’autre part vous seriez surpris de l’usage qu’ils en font réellement car comme je l’ai dit, les étdiants sont bcp plus sensibles qu’on le pense à la question de al confidentialité des données.
          2. Quoi leur offrir en interne? il existe pléthore de de systèmes permettant de développer des réseaux sociaux soit à usage exclusivement interne soit mixte: Elgg, diaspora, etc. Des forum très dynamiques comme Discourse.
          Leur mise en place peut être rapide et facile pour obtenir de VOS étudiants qu’ils viennent sur le serveur de VOTRE faculté/labo.
          Ainsi vous décentralisez : Internet, c’est le choix.

          Quand aux coûts, les outils que je viens de citer ne nécessitent que du temps de travail en interne. Si vous voulez réduire les coûts en pensant payer des mutlinationales pour obtenir de tels services, vous allez vite déchanter…

  8. sadirux

    C’est bien connu ! il est tellement plus facile d’utiliser un Minitel qu’un Micro-ordinateur. Ce n’est pas un problème de moyen, mais un problème de volonté pour imposer nos outils libre de communication, car les gens avec qui vous souhaitez tant « partager », eux, ne se gênent pas à vous imposer leurs outils de communication privateur.

  9. InstructionalDesigner

    – Les outils performants, libres et qui respectent l’individu existent et continuent à se développer.
    Certains sont même bien plus performants que tous leurs concurrents propriétaires !
    – Ah bon ?
    – Oui, et certains sont même issus d’établissements publics d’enseignement !
    – Ah bon ? Je demande des preuves…
    – Attendez, ce n’est pas fini. Je parle même d’établissements d’enseignement publics français !
    – Tu bluffes, Martoni.
    – Non, prenez VLC par exemple, utilisé gratuitement partout dans le monde. Que ce soit en tant que particulier ou en tant que professionnel, qu’on m’envoie presque n’importe quel type de format vidéo, je peux le lire avec VLC. C’est magique ! Et VLC est issu de l’école Centrale de Paris.
    Comme quoi la taille des établissements n’est même pas un problème. Tout comme les frères Wright ont résolu le mystère du plus lourd que l’air dans leur petit atelier, et ont damé le pion à de gros industriels qui avaient infiniment plus de moyens.
    Si on croit au génie français… alors on pourrait considérer à nouveau que l’enseignement supérieur public peut, non seulement développer des services en interne, idéalement coordonnés à l’échelle nationale pour éviter les pertes d’énergie… mais encore inventer les nouveaux services de demain avec l’aide des nombreuses communautés bénévoles du libre.
    A n’utiliser que ce qui leur tombe sous la main… nos brillants chercheurs ne vont-ils pas émousser leur imagination ? Nous, les Français, avons besoin de problèmes très difficiles à résoudre, et sommes peu efficaces pour les problèmes que nous trouvons trop faciles. C’est dans notre culture. Il suffit sûrement que quelqu’un pose le problème correctement pour que l’Université le résolve en un claquement de doigts.
    Ci-dessous, un petit lien vers la nouvelle campagne de Framasoft. Si l’avenir est à l’auto-hébergement de services sur mesure et libres, ont peut s’attendre à ce que les services ultra-centralisés et mondiaux tels Google et Dropbox, qui pour l’instant ont l’air éternels, n’aient finalement qu’une durée de vie très limitée et que leurs heures soient comptées. Dès que l’alphabétisme informatique aura atteint une masse critique et que les gens réaliseront qu’il va devenir de plus en plus simple de s’auto-héberger et de se fournir ses propres services, l’équilibre du pouvoir va s’inverser.
    L’idéal serait que l’Université joue un rôle dans cette prise de conscience, chez les chercheurs, chez les étudiants… mais dans le cas contraire, le monde n’attendra pas l’Université.
    degooglisons-internet.org/

  10. pyg

    (disclaimer : je suis membre de Framasoft, donc on va dire que je prêche pour ma paroisse)

    Paradoxalement, je comprends le point de vue de M Epelboin.
    J’ai travaillé près de 10 ans pour des universités et centres de formation, puis au CNRS. J’ai tenté, pendant ces années, de convaincre les enseignants (notamment, mais aussi les services informatique) d’utiliser du libre.
    Cependant, ce qui étaient convaincus par les arguments éthiques devaient il est vrai se heurter à une sacrée montagne à gravir : le changement, doublé d’interface souvent perfectibles.

    Pour la faire courte, si on peut convaincre quelqu’un d’utiliser LibreOffice plutôt que Word/Excel, il faut accompagner ce changement (ce qui est rarement le cas).
    Et si on veut convaincre quelqu’un de passer de Dropbox ou Skype à un équivalent libre, c’est encore plus compliqué, car les logiciels sont – en plus – difficile à prendre en main (et BAM, un effet ciseau, un).

    une chose m’a cependant surpris (choqué) pendant ces années. L’attitude profondément consumériste de ce public.
    « Il est nul ton logiciel. »
    « Je reconnais qu’il est moins joli, oui »
    « Non, je veux dire à chaque fois que je clique là, il plante »
    « Ha, pas chez moi. As-tu tenté de le signaler ? »
    « Hein ? ben non, j’ai pas que ça à faire ! »
    BING (bruit de glace qui se brise, rien à voir avec un moteur de recherche bien connu 😉 )

    Et là, j’ai compris : on leur a dit « le libre c’est bien », mais on ne leur a pas dit le plus important : « Le libre, c’est à chacun d’en prendre soin ».
    Ca ne marche pas tout seul. Comment un développeur sous linux (ou windows) va-t-il savoir que quand vous cliquez ici sous Mac, ça fait planter son logiciel ? Il n’a pas de boule de cristal. Et surement pas les moyen de s’acheter – en plus – un Mac pour vérifier.

    Pourquoi je vous raconte tout ça ?

    Parce que dans l’argumentaire d’Yves Epelboin, je vois bien la critique du libre (que je comprends et que j’accepte pour ma part sans broncher tant il vise juste), mais je vois surtout l’abandon de vouloir faire progresser les choses.

    Si l’informatique est importante pour vous, alors contribuez !
    Pas forcément en codant, mais en remontant des bugs, en traduisant, en proposant une nouvelle icône, en rédigeant de la documentation.

    Evidemment, vous avez d’autres choses à faire (moi aussi, d’ailleurs). Mais si vous ne contribuez pas, ne venez pas blâmer la qualité « moindre » des logiciels libres. Car c’est de vous qu’ils dépendent.

    Par exemple, pour Dropbox ou Skype, des alternatives existent (et fonctionnent), mais il est vrai qu’elles sont difficiles à mettre en place pour le novice.

    C’est pour cela que nous (association Framasoft) avons lancé la campagne http://degooglisons-internet.org

    L’idée, en dehors de rappeler pourquoi GAFAM pose problème, c’est de mettre en avant des alternatives libres que chacun puisse utiliser.
    Par exemple, notre service de rédaction collaborative https://framapad.org est utilisé par des centaines (sûr) ou des milliers (peut être, on ne vérifie pas) d’enseignants.
    Par ailleurs nous nous engageons sur une charte, loin des CLUF traditionnels :http://degooglisons-internet.org/nav/html/charte.html

    « Et Skype ? et Dropbox ? »
    Nous allons proposer des solutions en 2015 (nous sommes une toute petite asso avec très peu de moyens, surtout vu l’ambition de la campagne, mais on y croit ! 😉 ).

    Cependant, j’insiste : cela n’a du sens QUE si les communautés (ici éducatives) prennent conscience qu’il faudra « prendre soin » de ces initiatives libres (en installant le logiciel dans une académie, un proposant des améliorations, en traduisant, en prenant le temps d’accompagner son voisin de bureau, etc. Ou même en faisant un don à Framasoft, tiens 😛 )

    Je sais qu’une partie des enseignants ne sera jamais sensible à cet argument. J’espère juste qu’ils ne seront jamais majoritaires. Je peux très bien comprendre qu’on « pousse » des élèves à utiliser Google ou Skype par ignorance. Je peux même admettre qu’on le fasse par confort (c’est humain). Mais j’aurai vraiment du mal à comprendre qu’on le fasse sciemment, sans se soucier des conséquences à long terme.

    • Yves Epelboin

      Je suis d’accord avec vous. C’est pourquoi je fais la part des choses. Pour ce qui doit être confidentiel et moins vulnérable, la recherche,essayons de mettre en place des solutions libres, encore que les chercheurs subissent les pressions des personnes avec qui ils collaborent : que devrais-je répondre à un hollandais qui me propose une visio avec Skype ? J’ai essayé d’autres alternatives : résultat la visio n’a pas eu lieu. Quand à un équivalent de dropbox (ou de toute autre chose) c’est une chose de le mettre en place pour une petite communauté avertie et pour des dizaines de milliers de personnes. En plus, au niveau gestion, cela sera vite infernal lorsqu’il faudra gérer des correspondants extérieurs. nos ingénieurs qui sont effectivement surchargés ont mieux à faire dans le développement d’applications innovantes qui nous sont spécifiques.

      Précisons également que sous-traiter ne veut pas dire abolir son identité : les étudiants conserveraient un mail au nom de leur université.

  11. pyg

    « que devrais-je répondre à un hollandais qui me propose une visio avec Skype ? J’ai essayé d’autres alternatives : résultat la visio n’a pas eu lieu. »
    Nous sommes d’accord sur le fond.
    Il y a des solutions. Par exemple, WebRTC permet de mettre en place des solutions libres sur le modèle de http://appear.in/ par exemple (qui, lui, n’est pas libre). Ca va réclamer encore un peu de temps, mais cela viendra.

    Pour Dropbox, nous proposerons Framadrive en 2015 (basé sur OwnCloud ou Pyd.io), mais évidemment, l’instance Framasoft ne servira que 5 à 10 000 comptes maximum (après, les coûts d’infra/maintenance serait trop importants pour une petite asso comme la notre).
    Par contre, on pourrait envisager que Renater (par exemple) propose un service global identique à Framadrive pour toutes les universités (je vous assure que la charge est raisonnable et qu’ils en ont les moyens).
    Idem pour Etherpad (largement utilisé par les étudiants) : je ne comprends pas pourquoi un service commun n’est pas mis en place.

    Bref, je suis d’accord avec votre constat, mais évidemment pas avec votre solution (qui pour moi reviens à baisser les bras) :
    * il faut abandonner le discours du « Le logiciel libre c’est bien parce que c’est gratuit », et passer à « Le logiciel libre nous permettrai d’être indépendants/autonomes/éthiques, mais quelles contributions apportons nous en contrepartie ? »
    * il y a un vrai risque (réel, pas issue d’une paranoïa quelconque), à laisser le web se « concentrer », se « durcir », en n’utilisant les services que de quelques sociétés. Les universités (ou les académies, les rectorats, canopée, les conseils régionaux et j’en passe) peuvent, à moindre cout (2 ou 3 postes pour plusieurs dizaines de milliers d’utilisateurs) éviter ce risque.

    Après, quand on est pour la liberté, il va de soi qu’on laisse chacun faire ses choix 🙂 Mais j’avoue ressentir une certaines déception à lire des professionnels de l’innovation et de l’éducation dire « Bon, le bio c’est trop compliqué pour les cantines scolaires, donc sauf exception on va passer un partenariat avec McDonald’s, parce qu’ils fournissent en quantité, temps et heure, pour pas cher et que les étudiants aiment ça ».
    Je caricature, bien sûr, mais c’est l’effet que m’a fait la lecture de votre billet.

    Il me semble que nous pouvons, nous devons, être plus exigeants.

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