Quand le bâtiment va….

atrium02L’excellente conférence sur les campus du XXIème siècle, qui s’est tenue au siège de L’Etudiant jeudi dernier, m’a amené à revenir sur les réflexions, devrais-je dire les émotions, que j’avais exprimées après ma visite  au MIT à Boston. Je concluais qu’encourager le numérique commençait par l’aménagement de nos campus. Cette conférence est l’occasion de revenir à cette question lancinante : qu’est-ce que l’université numérique ?

La première satisfaction que je retire de cette conférence est qu’après la grande vague de l’arrivée des MOOC qui a inondé tous nos rivages, personne ne remet plus en cause l’existence des campus. L’être humain est un animal social, il a besoin de lieux pour socialiser, retrouver ses pairs et échanger. Plus encore, dans nos sociétés modernes, j’ai la conviction que l’université garde le souvenir des rites ancestraux, apparemment disparus, qui marquaient le passage de l’enfance à l’état adulte. Elle est pour de nombreux adolescents et leur famille le symbole  de l’entrée dans la société des grands. Quand j’emploie le mot université, je pense évidemment, à toutes formes que prennent les lieux de l’enseignement post-bac.

Nos campus existent et continueront à exister longtemps encore. Ils doivent permettre aux jeunes qui l’habitent de se retrouver, que ce soit dans leurs études ou dans leurs loisirs. Si le campus n’est pas adapté à leurs besoins il ne sera qu’un passage entre leurs diverses activités. C’est trop souvent le cas en France. Construire et aménager un campus coute cher. Les contraintes financières, hélas de plus en plus fortes, que nous vivons nous obligent d’autant plus à bien réfléchir, dans une prospective à long terme, avant tout aménagement.

La première difficulté est celle du cycle de vie des équipements. Une technologie âgée de cinq ans est déjà en grande partie obsolète mais on construit un bâtiment pour trente ou cinquante ans, voire plus. L’évolution de la pédagogie ne se mesure pas aussi facilement mais elle change avec les années car elle doit être le reflet de l’évolution de notre société. Sans technologie pas d’évolution de la pédagogie avec le numérique et sans bâtiment … il ne reste plus qu’à retourner chez Platon sous un beau ciel bleu ! Comment marier des problématiques qui ont des temps absolument asynchrones ?

Le bâtiment doit être adapté à l’usage des étudiants et des enseignants. Il faut distinguer les lieux de vie, y compris les bibliothèques, des lieux d’enseignement. Ces espaces doivent pouvoir évoluer dans le temps en fonction des usages. Il est donc important de prévoir, dès leur construction des bâtiments qui soient autant reconfigurables que possibles. J’en donnerai quelques exemples tirés de la conférence de jeudi et d’universités que j’ai pu visiter.

Prenons l’exemple d’un amphithéâtre. On en construit encore, quoique plus petits que par le passé, parce qu’il est toujours nécessaire de pouvoir enseigner à de grands groupes d’étudiants. L’université d’Exeter, en Grande Bretagne, en a installé un de 400 places. Chaque gradin peut accommoder deux rangées de sièges et la première est constitué de fauteuils qui peuvent tourner de 180° de façon à pouvoir faire face au rang derrière et permettre ainsi, pendant le cours, d’introduire des séquences où les étudiants peuvent discuter ensemble. Et voici, simplement, une façon élégante pour rénover la pédagogie la plus ancienne. On peut basculer à tout instant d’une pédagogie transmissive à une pédagogie inversée où les étudiants doivent devenir actifs. Il a suffi pour cela de penser l’architecture de la salle en installant des gradins larges. Même si le budget avait été trop serré pour acheter le mobilier transformable il aurait été possible d’installer des sièges fixes conventionnels et, plus tard, d’en changer la moitié parce que les gradins de l’amphithéâtre ont été pensé pour un usage évolutif. Si l’université d’Exeter avait construit un amphithéâtre conventionnel avec des gradins étroits aucune évolution de l’enseignement n’aurait été possible ultérieurement. J’aimerais que les architectes en charge de la rénovation de nos campus y songent chaque fois qu’ils reconstruisent un amphithéâtre. Pour mon université c’est hélas trop tard et je pense à l’un d’eux en particulier qui est si pentu qu’on a presque l’impression de grimper le long d’une échelle lorsqu’on le remonte.

Autre exemple, le collège Ohalo, en Israël, a imaginé des espaces d’enseignement multifonctions où, selon les usages les étudiants et les enseignants se déplacent ou se tournent dans différentes directions en fonction des temps d’enseignement : sessions transmissives de cours, séquences collaboratives ou de travail personnel. Chaque mur possède ses propres fonctionnalités : tableau blanc ou interactif, zone de projection, d’écriture… et le mobilier se reconfigure au gré des usages.

Il n’est pas toujours nécessaire de concevoir une architecture sophistiquée : des tableaux blancs, numériques ou autres sur plusieurs murs, un mobilier mobile (sic) et facilement reconfigurable : par exemple quelques panneaux verticaux, des chaises et des tables sur roulettes que l’on va rapidement mettre en place et l’on peut créer immédiatement des zones de travail par groupes dans une salle employée auparavant en enseignement classique. Combien de fois me suis-je retrouvé dans une salle bourrée de tables et de chaises  qui interdisaient d’imaginer un dialogue et des échanges entre étudiants : déplacer tout le mobilier était quasiment impossible et aurait pris, pour le moins, un temps certain, à deux reprises  car il aurait fallu reconfigurer la salle à la fin du cours.

Et le numérique dans tout cela ? Des floppées de prises de courant pour permettre aux étudiants de brancher leurs appareils, des chemins de câbles pour pouvoir faire circuler l’information de demain, des bâtiments évolutifs où, demain, il sera possible, à peu de frais, de transformer les espaces. Le numérique, ce n’est pas simplement l’installation d’ordinateurs et autres dispositifs et de demander aux étudiants d’amener les leurs, c’est tout un environnement qui suscite le désir de les employer et cela commence par prévoir la possibilité de changer demain, en fonction des évolutions de la société qui induisent elles-mêmes les évolutions de la pédagogie. C’est là que le numérique trouvera toute son efficacité.

 

 

 

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