MOOC, SPOC et au-delà

imagesDans mon dernier billet j’imaginais comment les universités, et l’enseignement supérieur plus généralement, pouvaient bénéficier d’un enseignement mixte, partiellement sous forme de SPOC, c’est à dire de petits cours en ligne, et partiellement en face à face.

En dehors du bouleversement des méthodes d’apprentissage et d’enseignement que cela représente, j’expliquais que leur coût de construction obligerait nos institutions à coopérer pour construire et employer dans leurs cursus des cours communs. Ceci serait un changement important du paradigme actuel de l’enseignant, seul, face à ses étudiants dans l’amphithéâtre et des étudiants qui ne consultent que les notes de leurs professeurs.

Tout ceci représente déjà une transformation intéressante du mode de fonctionnement de nos vénérables institutions mais cela va beaucoup plus loin. La révolution des MOOC aura des effets secondaires non négligeables.

Un MOOC, un SPOC s’étale sur une durée limitée de six à huit semaines maximum. Un module d’enseignement classique s’étend sur un semestre, ce qui dans le système de mesure de l’université représente 16 vraies semaines. Il existe donc un hiatus entre les durées de ces deux types d’événements. Le MIT y a déjà réfléchi : il revoie l’organisation en modules de tous ses enseignements et les transforment en unités plus courtes, de durée moitié environ de façon à pouvoir les basculer éventuellement en ligne. Mes interlocuteurs du MIT insistent sur le fait que cela ne signifie pas que tous les modules d’enseignement vont basculer en SPOC mais ils souhaitent que le temps ne soit pas un obstacle à l’introduction éventuelle d’un enseignement mixte.

J’ai donc le sentiment que l’introduction massive de SPOC conduira rapidement nos universités et grandes écoles à la même conclusion et que nous verrons un nouveau découpage de l’offre de formation plus adapté, en modules de 8 semaines maximum. Réfléchissons ensemble à ce que cela signifie. Ceci est loin d’être neutre et représente beaucoup plus qu’une simple réorganisation administrative !

Avant toute chose cela permettrait une plus grande diversité des parcours : certaines universités ont déjà introduit un découpage en majeures et en mineures qui permet aux étudiants de choisir des parcours bi-disciplinaires. Un découpage en modules plus courts multipliera ces possibilités. La possibilité d’en suivre certains à distance renforcera ces possibilités.

Les universités sont le garant de la cohérence des formations car leur rôle est de former des diplômés et non des collecteurs de connaissances éparpillées. Elles se doivent d’imaginer des parcours qui mêlent à la fois les connaissances fondamentales qui permettent à chacun de progresser tout au long de la vie tant sur le plan personnel que professionnel et d’autres, exploitables dès la fin des études car elles conduisent à des métiers. Elles veilleront donc, par nature, à proposer aux étudiants des parcours cohérents leur assurant un grade qui a un sens. Les meilleures formations seront celles qui permettent simultanément un enrichissement personnel et une bonne préparation aux métiers d’aujourd’hui et de demain. Un étudiant en physique pourra s’intéresser à la philosophie et au management tout comme un autre, étudiant en droit, pourra aborder la sociologie et les mathématiques ! Les grandes universités seront celles qui pourront offrir les palettes d’apprentissage cohérentes les plus riches et les plus variées.

Les matières minoritaires, très spécialisées ou rares, seront mieux préservées qu’aujourd’hui puisqu’il sera possible de les enseigner à distance en regroupant le nombre nécessaire d’étudiants dans des SPOC. On m’objectera que ces enseignements seront de moindre qualité puisque les étudiants ne pourront pas tous rencontrer leurs professeurs car ils seront loin. Au moyen de la visioconférence, professeurs et étudiants pourront se parler les yeux dans les yeux. Nous l’avons employé à l’UPMC dans des formations à distance et cela a été très apprécié.

Puisque l’enseignement intégrera des cours en ligne, le souhait des concepteurs du processus de Bologne (qui a conduit au découpage du LMD que nous connaissons depuis 2002) de permettre aux étudiants de construire leurs diplômes en étudiant dans différentes universités en Europe, en sera facilité. Il sera plus facile de construire des formations européennes : les étudiants pourront se déplacer tout comme étudier de chez eux. L’université deviendra ainsi un lieu de formation mais aussi de rencontre et un hub pour poursuivre des études qui pourront s’internationaliser.

Dans ce rôle de hub les bibliothèques ont un rôle particulier à jouer. Toutes les expériences montrent qu’en enseignement mixte comme purement à distance, les participants éprouvent le besoin de se rencontrer. Coursera et EdX l’ont déjà compris et mettent en place de tels lieux. Quel meilleur endroit que les bibliothèques sur le campus ? A l’EPFL, qui a basculé en enseignement mixte pour sa première année, les étudiants viennent, même lorsqu’ils n’ont pas de cours, pour regarder les vidéos de leurs cours et travailler ensemble.

Les amphithéâtres se vident, les bibliothèques se remplissent. Il faut donc revoir rapidement l’architecture et la distribution des bâtiments de nos chères institutions.

Allons encore plus loin dans cette restructuration. Si la poursuite des études se fait au travers d’un ensemble cohérent de modules courts de six à huit semaines, que devient la signification du semestre ? De plus, le plus souvent aujourd’hui, un étudiant qui a raté un module doit attendre l’année suivante pour le repasser. Un cours, distribué sous la forme d’un SPOC, peut être rejoué à bon compte, sous la forme d’un MOOC, au semestre suivant. Cela n’est pas aussi satisfaisant qu’un cours avec TD ou un SPOC mais c’est beaucoup mieux que perdre le reste de l’année. Tout cela fera que les cours en ligne commenceront à diverses périodes de l’année universitaire. Les SPOC rejoués en MOOC à l’attention des trop nombreux étudiants qui auraient raté leur examen (je pense surtout au L1) fleuriraient à partir de janvier jusqu’à l’été.

Quand aux examens dont le passage doit continuer à se faire sous surveillance, on peut encore faire appel aux bibliothèques pour les organiser, comme à Telford College à Edinbourg en Grande Bretagne ; les examens se passent en ligne pendant une période donnée. Les étudiants viennent dans une salle spécialisée sous surveillance, à l’heure de leur choix, déposent tous leurs moyens de communication à l’entrée dans un casier et composent à l’abri des regards des uns et des autres.

Résumons nous. Que resterait-il du fameux tempo universitaire ? Il perdrait pratiquement toute sa signification.

Les MOOC vont révolutionner l’université bien au-delà de la facilitation de nouvelles formes de pédagogie. Nos campus deviendront des lieux de rencontre et d’échange tout autant que des lieux d’apprentissage. Ceci bouleversera leur architecture et nos planificateurs feraient bien d’y penser dès à présent. Les temps universitaires seront transformés. Je n’imagine pas une université douze mois sur douze mais presque et ceci sans augmenter les charges des enseignants qui sont, je le rappelle, également des chercheurs mais au contraire en leur permettant une plus grande souplesse dans leurs deux activités.

Un bémol ? Oui. J’ai très peur que l’organisation des sacro-saintes inscriptions et l’administration n’introduisent un énorme frein dans ce beau rêve. Il est urgent de remplacer nos systèmes d’inscription et de gestion des examens obsolètes par de vrais systèmes d’information étudiants à leur service et non à celui d’une réglementation, elle aussi dépassée. Mais là, je suis plus pessimiste.

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