Global Entrepreneurship Summit en Malaisie : les universités peuvent-elles former des entrepreneurs ?

Les universités sont réputées pour être des lieux d’innovation où les chercheurs peuvent développer concepts et produits, les breveter et également former des entreprises. Le cas de Google, co-fondé par Sergey Brin et Larry Page alors qu’ils finissaient leur doctorat à l’Université de Stanford, en est un exemple brillant.

Une autre vision de l’université la perçoit comme un obstacle pour les profils créatifs et les entrepreneurs, telles des tours d’ivoires coupées de la réalité de l’entreprise. Plusieurs coups ont été porté à leur légitimité…

Le premier vient du développement des MOOCs, ces plateformes  où il est possible de suivre des cours gratuitement, à distance, avec des enseignants réputés (et désireux de monter en grade par des voies autres que purement académiques). Le second vient des discours de certains entrepreneurs à succès, comme Peter Thiel. L’ancien co-fondateur de Paypal en a même fait son cheval de bataille et a monté un fond pour financer les projets de (très) jeunes talents à condition qu’ils abandonnent leurs études.

Dans tous les cas, l’Université semble avoir un rôle clé à jouer dans le passage d’une économie de service à une économie désormais menée par des startups (i.e. des entreprises à forte croissance). Les participants d’un panel dédié à cette question au Global Entrepreneurship Summit  (11-12 octobre) en Malaisie ont pu apporter des éclairages de leurs expériences des quatre coins du monde.

gew

Un premier indice sur la manière d’adapter les universités à l’entrepreneuriat est sa capacité à s’insérer dans son écosystème local d’entreprises créatives ou technologiques. Joana Mills, directrice adjointe du Center for Entrepreneurial Learning de l’Université de Cambridge (UK), a démontré comment hybrider l’enseignement avec un tissu de 1 500 entreprises high-tech et leurs 54 000 employés.

Le corps enseignant doit lui aussi faire sa mue et devenir entrepreneur de sa propre activité, a souligné Peter Ng, directeur d’UCSI en Malaisie, un centre qui enseigne les stratégies d’innovation dites « Blue Ocean » (en référence aux espaces moins concurrentiels qu’ils visent à conquérir). De nouveaux formats sont ainsi pensés pour connecter étudiants et enseignants, pour permettre des cours à distance de qualité, mais également pour que les enseignants connaissent et puissent apprendre les « soft skills », ce savoir-être propre à tout entrepreneur, du réseautage à l’art de la négociation.

L’ouverture de l’université aux entreprises ne fait pas débat, c’est plutôt l’optimisation de cette relation qui est le sujet de la discussion menée par Datuk Zabid, président de l’Universiti Tun Abdul Razak en Malaisie également. Il a co-créé un master de comptabilité en partenariat avec l’association professionnelle des comptables australiens, la seconde association de ce secteur la plus importante dans le monde à délivrer des certificats d’experts-comptables. Selon lui, les universités devraient également investir plus dans les projets de leurs étudiants pour être elles-mêmes financièrement autonomes. Le cas de Stanford, qui a récolté 336 millions de dollars sous forme de licences à Google, ou de l’université de Floride, qui touche encore à ce jour des royalties de Gatorade (150 millions au total de 1973 à 2009) en sont des exemples.

Enfin, il faut que les universités conceptualisent des « sphères d’interaction » autour d’elles, dans leur environnement, pour inciter les étudiants à mener des projets avec un ancrage local. C’est l’un des enseignements de ce sommet, avec de nombreuses conférences qui ont préféré des modèles d’innovations locaux aux tentatives toujours vaines de duplication de la Silicon Valley à domicile. Rafik Gundi, a qui il a semblé « avoir toujours enseigné, depuis la primaire à ses camarades jusqu’à l’administration égyptienne aujourd’hui« , offre un point de vue particulièrement intéressant et actuel. Il assiste le nouveau régime égyptien dans la transformation des universités pour catalyser une jeunesse nombreuse et partiellement désoeuvrée. Selon lui, une manière de faire est de considérer différentes échelles d’interaction entre l’université et ces étudiants, du niveau individuel (leadership, innovation, goût pour le risque) à un niveau global avec un engagement de l’université et de ses étudiants à résoudre les sujets de notre planète.

En conclusion, il n’est pas inutile de rappeler la vision de Sugata Mitra, cet entrepreneur indien qui révolutionne l’éducation en Inde et dans le monde. Selon lui, les universités — plus largement l’enseignement — ont été conçus dans le cadre d’Empires qui avaient besoin d’une administration nombreuse, qualifiée, interchangeable. Il est temps aujourd’hui de s’adapter à une jeunesse – notamment dans les pays dits émergents – qui doit résoudre d’autres types de problèmes, et à une économie dont les locomotives sont les entrepreneurs…. Autant de sujets également abordés au WISE fin octobre.

>> Image : photo de Martin Pasquier (©)

Be Sociable, Share!

Leave a Comment

Filed under Articles

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.