Sterio.me, l’application mobile basse technologie qui prolonge le temps de l’éducation au Nigeria

Les innovations technologiques dans le secteur de l’éducation ne se limitent plus aux désormais célèbres MOOCs, à l’arrivée des tablettes dans les écoles ou à l’apprentissage du code dès la primaire. Dans les pays en voie de développement, ces avancées ne sont pas adaptées, trop coûteuses, pas assez en phase avec les problèmes rencontrés sur le terrain comme la simple distance géographique entre une école et ses élèves ou le niveau d’alphabétisation encore trop faible pour consommer des contenus écrits, fussent-ils en ligne.

C’est précisément à ces besoins que répond Sterio.me, une application dite de basse technologie (low-tech, en VO), classée par le magazine Forbes comme l’une des 10 idées les plus innovantes en Afrique l’année passée. Le principe est aussi simple qu’ingénieux : les élèves peuvent, en envoyant un SMS au service Sterio.me, être appelé en retour pour écouter une leçon pré-enregistrée par leur instituteur. Des quizz vocaux permettent à l’élève de dicter ses réponses, qui sont alors analysées, à distance, par l’enseignant. L’utilisation de la voix, plutôt que du texte, et de la fonction de rappel permettent tout à la fois d’éviter aux élèves de payer la communication, et aux illettrés (38% des adultes en Afrique) de disposer d’une éducation.

La naissance de ce projet est l’histoire d’une éducation à l’entrepreneuriat social. Passé par Oxford, où il a été le plus jeune président du Club Oxford Entrepreneurs à 17 ans, Christopher Pruijsen a lancé StartupBus Africa, un projet d’apprentissage à l’entrepreneuriat social en Afrique. Il a ainsi organisé plusieurs voyages de 5 jours en bus, pour réunir à chaque fois une trentaine de développeurs et d’entrepreneurs, avec un minimum de 30% de femmes pour favoriser la diversité dans un milieu traditionnellement masculin.

Founder Bus

C’est au cours de l’un de ses propres voyages en bus à travers l’Afrique du Sud que Christopher a commencé à travailler avec Dean et Danielle, deux autres participants formés aux technologies audiovisuelles. Chacun avait son idée pour associer technologies mobiles et éducation et c’est finalement l’idée de pouvoir apprendre et faire ses devoirs par la voix qui les a séduit.

Le principe : les élèves reçoivent des leçons pré-enregistrées par leurs instituteurs. Pour développer ces contenus, l’équipe de Sterio.me a noué des partenariats avec les ministères de l’éducation de différents pays, ainsi qu’avec les syndicats d’enseignants. La plupart répondent positivement au projet, notamment dans les zones urbaines et semi-urbaines. Comme les cours passent par le réseau de téléphonie mobile – et non pas internet – ce modèle comble une vraie lacune de l’enseignement local. Les enseignants sont formés par l’équipe de Sterio.me et les contenus sont définis conjointement avec les programmes des différents pays. À terme, les enseignants pourraient enregistrer des contenus propres à leurs cours et Sterio.me devenir ce que l’on appelle une marketplace, c’est à dire un site où l’offre et la demande de contenus seraient gérés directement par les parties prenantes, un peu à la manière d’un MOOC audio.

Dans le cas du déploiement de l’application au Lesotho, les leçons font à peu près 10 minutes, avec une moyenne de 100 mots par minute, soit l’équivalent de trois pages de texte. Les élèves peuvent répondre aux devoirs par des QCM ou des questions ouvertes en parlant au serveur vocal. Les instituteurs peuvent alors corriger aussi bien le fond (les réponses) que la forme (prononciation, vocabulaire). Les différents partenaires incluent le ministère de l’éducation du Lesotho, le principal syndicat d’enseignants, et la Fondation Vodacom Lesotho pour fournir le temps de télécommunication. Au Nigeria, le modèle sera réadapté car les partenaires sont organisés différemment : il n’y a par exemple qu’une seule fondation télécoms et une licence doit être attribuée pour ce type de service.

Si les leçons s’appliquent mieux à des contenus riches en langage et en texte (histoire, langue locale) plutôt que des contenus visuels (mathématiques), on peut imaginer que ce modèle s’applique largement en Afrique, et en dehors. L’illettrisme aux Etats-Unis touche 14% des adultes, et, dans bien d’autres pays, l’usage de la voix peut aussi permettre de ne pas utiliser la connexion Internet, dont l’accessibilité n’est pas garantie, techniquement et financièrement.

>> Images : photo AMPION (©)

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