Comment démocratiser l’entrepreneuriat étudiant ?

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Dans son célèbre article, l’éditorialiste du New York Times Thomas Friedman appelait le monde éducatif à repenser son modèle et à se demander non plus comment transmettre aux jeunes des connaissances, mais comment les aider à faire quelque chose de ces connaissances. Alors que la génération qui arrive actuellement sur le marché du travail est confrontée à des difficultés importantes, cette question est plus cruciale que jamais.

jeuneentrepreneur

L’annonce par le gouvernement du lancement d’un statut d’étudiant entrepreneur a suscité un enthousiasme réel, correspondant à une tendance de fond de la société. Depuis quelques années, l’entrepreneuriat séduit de plus en plus de jeunes. Valorisé socialement, perçu comme un projet professionnel crédible, l’entrepreneuriat devient progressivement une option sérieuse. Les exemples de « success stories » servent également de moteurs et tracent la voie. Ainsi, au cours d’une conférence organisée à l’école 42 à laquelle j’assistais, près d’un quart des étudiants de première année se disaient intéressés par la création d’entreprise. Dans les écoles de commerce, ce sont déjà entre 10% et 20% des étudiants qui créent une entreprise à la sortie.

L’une des principales clefs pour comprendre ce phénomène est l’irruption du numérique : le web a permis de diminuer drastiquement les barrières à l’entrée. L’accès à une masse de ressources, sous forme de Moocs, de conférences, de tutos, d’articles de blogs, de fiches Wikipédia, permet à chacun de s’auto-former en-dehors du cadre scolaire. Les barrières financières et intellectuelles ont diminué.

Mais les étudiants entrepreneurs sont encore confrontés à de nombreuses barrières car cette situation transforme la relation étudiant-université. La possibilité d’intégrer un projet entrepreneuriat dans la scolarité est une avancée importante. Mais parfois perçue comme « concurrente » de la scolarité, la création d’entreprise n’est pas toujours encouragée. Les aménagements de scolarité peuvent être une solution mais ils peuvent créer un sentiment de  » favoritisme  » illégitime.

Au-delà des considérations administratives, le vrai enjeu réside dans la capacité à diffuser l’esprit d’initiative. Les meilleures politiques publiques du monde ne remplaceront pas une absence de culture entrepreneuriale, aussi bien du côté étudiant que encadrement. Un entrepreneur, surtout jeune, doit pouvoir être accompagné et formé. Certes, son enthousiasme compense son inexpérience. Mais il n’en reste pas moins que les instituts de l’enseignement supérieur doivent intégrer les entrepreneurs étudiants dans une stratégie globale : valorisation des initiatives, soutien en ressources (bureaux, conseils, aide dans les démarches, mutualisation de compétences, mise à disposition d’interfaces web proposant des vidéos, guides ou témoignages), communication externe, formations etc

A cet égard, le fossé qui se creuse entre les grandes écoles et les universités ne fait malheureusement que s’agrandir : la majorité des grandes écoles de commerce ou d’ingénieurs a lancé des incubateurs, ces structures d’accompagnement aux jeunes créateurs. Un budget parfois important est alloué à ces incubateurs ; les entreprises qui en sortent contribuent ensuite au rayonnement de l’école. Cette capacité à soutenir des « jeunes pousses », à leur offrir un tremplin, entraine un cycle vertueux : les anciens reviennent dans sur les bancs de l’école et déclenchent des vocations. Ce réseau d’anciens est aussi un vivier de conseils, de financement, d’opportunités. Il suffit de consulter la liste des incubateurs français pour s’apercevoir que ceux-ci sont soit privés, soit liés à des pôles de compétitivité, soit à des grandes écoles. On y trouve peu d’universités, qui concentrent pourtant les contingents les plus importants d’étudiants.

Pour compenser les inégalités d’accès à l’information et à la formation, structurer et solliciter un réseau d’anciens est important.  Il faut également travailler sur la perception sociale de l’entrepreneur : un  mythe de l’entrepreneur, génie hors du commun, porté par un vision futuriste, est encore très présent. De ce fait, nombre  d’étudiants n’envisagent pas la création d’entreprise, qui leur paraît complexe, incertaine et inaccessible.

Organiser des sessions de sensibilisation dans les universités, comme le fait déjà l’association 100 000 entrepreneurs, mettre à disposition des pôles carrières des universités des ressources de formation peur les aider à appréhender cette nouvelle donne, inviter les anciens élèves à partager leur expérience ou encore former les étudiants dans des incubateurs sont autant de nécessités dont l’absence mettra en danger le développement de l’entrepreneuriat chez les jeunes.

Et dans le cadre d’un Mooc sur l’entrepreneuriat, nous avons besoin de vous ! Répondez au questionnaire pour cerner les attentes des jeunes en matière de création d’entreprise : http://bit.ly/OgKGx8

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