Vol de rapports au-dessus d’un Parcoursup III (ou 3)

Donc troisième survol de divers rapports à propos de Parcoursup. Ici, on s’intéressera au troisième rapport du Comité éthique et scientifique de Parcoursup, mais aussi aux rapports publics des commissions d’examen des vœux Parcoursup dont la publication est imposée par une décision du conseil constitutionnel.

Un tournant ?

Un troisième rapport du Comité éthique et scientifique de Parcoursup est publié en février 2021. Ses auteurs lui donnent un titre politique : Parcoursup à la croisée des chemins, 3e rapport annuel au Parlement du Comité éthique et scientifique de Parcoursup[1]. La Synthèse qui ouvre le rapport est claire : « il apparaît au CESP que la croissance observée au cours de ces années, plutôt bien maîtrisée par le dispositif, met en lumière des situations d’arbitrages nécessaires sous peine de  voir  Parcoursup  s’écarter  de  l’optimum  recherché  au  profit  des  candidats  à  l’entrée  dans l’enseignement supérieur, et sous peine de voir minorer les exigences éthiques et scientifiques. Un certain nombre de grandes questions demeurent à résoudre à cet égard. En  conséquence,  et  dans  la  mesure  du  possible  compte-tenu  de  la  crise  sanitaire  sans précédent  que  traverse  notre  pays  et  qui  bouleverse  les  objectifs  et  les  calendriers,  le  CESP formule 12 grandes conclusions et recommandations susceptibles de préciser les objectifs et les modalités de fonctionnement de la plateforme pour les années à venir en matière. »

 

Delphine Bancaud en tire un petit article pour 20 Minutes dont le tire résume bien à son avis le contenu de ce rapport : Parcoursup : Procédure trop longue, inégalités territoriales… Les points faibles de la plateforme d’admission post-bac[2]. Si le rapport affirme que des améliorations importantes ont été apportées à Parcoursup, il reste que les critiques de bases perdurent. La procédure est trop longue, l’offre de formations ne correspond pas assez à la demande en particulier pour les formations professionnelles courtes, des inégalités territoriales persistent, des étudiants en réorientation trop peu accompagnés, et il persiste toujours un manque de transparence de la procédure. Mais sinon tout va bien.

Une curiosité, ce rapport porte sur l’année scolaire 2019-2020, première année de la crise sanitaire. Le rapport y fait à peine allusion, une phrase dans l’introduction : « Il convient en effet et en premier lieu de saluer le remarquable travail effectué par les équipes de Parcoursup, dont la mobilisation quotidienne et sans relâche constatée par le CESP, a permis au cours de ces trois années de mettre en place un dispositif qui fonctionne, qui a su s’adapter chaque année à des difficultés nouvelles et, en 2020, qui a su résister aux difficultés causées par la  crise  sanitaire  et  aux  retards  du  baccalauréat. » (p. 4) Alors que les rapports précédents portaient la critique sur le manque d’accompagnement des lycéens concernant l’orientation, et que justement la crise a empêché toutes les opérations collectives mais aussi le soutien individuel à partir du mois de mars, le distanciel n’étant que peu favorable à un tel objectif, ce rapport n’en dit pas un mot.

Relevons tout de même une pépite parmi les annexes, l’Annexe 3: Comparaison internationale à travers les plateformes numériques, copieuse, qui sur une vingtaine de pages (p.86-105) fait un état des lieux de la question. Je vous invite à la lire, c’est sans doute une première sur cette question qui apporte des connaissances intéressantes. Mais la comparaison est surprenante. Les auteurs pointent quatre caractéristiques :

« Parcoursup est la seule plateforme à ne pas assurer la transparence des critères d’accès aux formations grâce à des classements par points qui permettent aux candidats de calculer leur score.

Seule la France pratique des quotas sur critères sociaux au bénéfice des boursiers.

La France est la seule à ne pas exiger le classement des vœux.

Seule la Chine pratique comme la France une régulation territoriale. » (pp. 87-88)

Ce qui permet de magnifier l’exception française ! dans ce domaine aussi, la France est plus intelligente que les autres ….

La transparence du passé

L’UNEF réclame la publication des algorithmes locaux au titre du droit à l’accès aux documents administratifs. La question est tranchée par le Conseil constitutionnel le 3 avril 2020[3]. Les établissements ont  l’obligation  de  produire,  à  l’issue  de  la  procédure nationale, un rapport public dans un objectif de transparence vis-à-vis des  tiers (décision du Conseil constitutionnel du 3 avril 2020). Autrement dit la publication concernant la manière dont les jurys ont travaillé est publiée après qu’il l’ai fait.

Paul Cassia, Professeur des universités en droit, publie une analyse de la décision du Conseil constitutionnel[4]. Il ne manque pas de pointer ce petit problème de transparence décalée. « Les paramètres locaux de classement des candidatures sur Parcoursup devraient en effet être établis non par chaque commission d’examen des vœux mais, sur leur proposition et à l’instar des règlements de contrôle des connaissances pour les examens universitaires, par les conseils centraux compétents dans l’établissement, c’est-à-dire par des instances bénéficiant d’une légitimité démocratique procédant de leur élection et devant lesquelles un débat public peut s’engager. Grâce à cette disjonction, les critères spécifiques de sélection feraient alors l’objet d’une diffusion et d’une publication accessible à tous les candidats en temps utiles, c’est-à-dire avant et non après que les vœux d’inscription ont été entrés sur Parcoursup, ainsi qu’il serait normal et bienvenu en termes de transparence, d’égalité de traitement, de confiance légitime et de bonne administration. De telles modalités d’adoption de critères locaux par analogie avec les règlements de contrôle des connaissances (ou la sélection en master à l’université) n’effaceraient en rien les nécessaires marges d’appréciation subjectives (la « délibération humaine ») inhérentes aux rôle des commissions d’examen des vœux, à l’instar de ce qui se pratique avec les jurys d’examen ou de concours ; elles permettraient en conséquence d’assimiler pleinement ces commissions à des jurys. La loi ORE ainsi que ses décrets d’application devraient être modifiés en ce sens. »

On pourrait se dire que la publication sera utile aux candidats de l’année suivante, mais rien n’assure que ces paramètres seront les mêmes. En tout cas on voit mieux la différenciation entre les attendus, les paramètres locaux de classement des candidats, et même une troisième catégorie d’arguments : « les nécessaires marges d’appréciation subjectives (la « délibération humaine ») » propre à chaque jury.

Dès le mois de juin, les établissements ont commencé la publication sur leurs sites des rapports publics des commissions d’examen des vœux Parcoursup. Je vous propose trois exemples.

L’Université Paris II Panthéon-Assas publie tous les rapports public d’examen des vœux Parcoursup[5] classés par année universitaire (3 ans). Pour chacune des 15 formations sont présentés les objectifs et attendus de la formation ainsi que modalités d’examen des vœux par la commission d’examen des vœux (5 pages par formations) ! 

L’Université d’Angers présente plus de 40 formations avec autant de fiches pdf à télécharger[6]. On y différencie les attendus nationaux et les attendus locaux. Mais pour ce qui en est de l’algorithme local, la même formule est reproduite dans les fiches : « Avez-vous eu recours à un traitement algorithmique ? Un traitement algorithmique permettant essentiellement, à partir des données quantitatives et qualitatives figurant dans les dossiers, de calculer les moyennes des notes récupérées ou attribuées aux candidats, a été mis en œuvre par la commission d’examen des vœux afin de l’aider dans ses travaux, et non se substituer à elle. Ce traitement automatisé, dont le paramétrage a été effectué par la commission d’examen des vœux en fonction des critères que ses membres ont définis, a été utilisé pour effectuer une première analyse des candidatures et un pré-classement de ces dernières. La commission d’examen des vœux s’est en partie fondée sur ces éléments pour apprécier les mérites des candidatures. »

Le dernier exemple sera le lycée Lamartine de Mâcon[7]. Pour chacune cinq formations de BTS sont proposés outre le rapport public, deux documents : une tableau synoptique des champs d’évaluation vers le BTS de votre choix, ainsi qu’un tableau de mise en relation des parcours de formation des bacheliers professionnels vers le BTS (document d’information établi par les corps d’inspections et les enseignants).

Il en ressort que si on indique dans ces rapports la plus part du temps les éléments qui seront pris en compte, en fait les algorithmes eux-mêmes ne sont pas présentés, ni la manière dont on transforme des éléments qualitatifs (issus par exemple des CV) en quantités permettant des calculs.

Transparence ?

 

Bernard Desclaux

 

[1] https://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/Parcoursup/21/0/Psup_comite_ethique_2021_1380210.pdf   

[2] https://www.20minutes.fr/societe/2978191-20210216-parcoursup-procedure-trop-longue-inegalites-territoriales-points-faibles-plateforme-admission-post-bac  

[3] Décision n° 2020-834 QPC du 3 avril 2020. Union nationale des étudiants de France [Communicabilité et publicité des algorithmes mis en œuvre par les établissements d’enseignement supérieur pour l’examen des demandes d’inscription en premier cycle] https://www.conseil-constitutionnel.fr/decision/2020/2020834QPC.htm

[4] Transparence de Parcoursup: des progrès, mais peut mieux faire https://blogs.mediapart.fr/paul-cassia/blog/050420/transparence-de-parcoursup-des-progres-mais-peut-mieux-faire

[5] https://www.u-paris2.fr/sites/default/files/affaires-generales/fichiers/rapport_parcoursup_2020-2021.pdf  

[6] https://www.univ-angers.fr/fr/vous-etes/futur-etudiant/s-inscrire/parcoursup/rapports-publics-parcoursup-session-2020.html

[7] https://lyc71-lamartine.sd.ac-dijon.fr/2020/06/23/parcoursup-2020-rapport-public/  

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This entry was posted on lundi, avril 12th, 2021 at 10:40 and is filed under Orientation, Système scolaire. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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