Les CIO, manque de régulation ou de vision

Je termine la composition d’un livre à propos des CIO sur le thème général de la difficile intégration de ceux-ci à l’Education nationale. Et je viens de découvrir l’article de Thierry Berthet : Administré mais pas régulé. Le système d’orientation scolaire français au prisme d’une analyse politique[1]. Je vous invite à le lire. Il propose une hypothèse très intéressante que je vais commenter.

La dépendance des sentiers

Il s’appuie sur la conception théorique de Ghezzi & Mingione, 2007 de la dépendance aux sentiers[2] que je résumerais ainsi : des formes d’organisation installée aux origines conservent leurs effets de contraintes des tentatives de changements et d’évolution. « Elles créent ainsi des repères, des habitudes et des cadres organisationnels formels et/ou informels qui s’ancrent dans le temps et délimitent l’espace des possibles y compris en termes de réformes. » Et concernant les CIO, « Les structures mises en place par un train de mesures législatives et réglementaires entre 1970  et  1973  ont  posé  les  bases d’un  système  depuis  fortement  critiqué  pour  ses dysfonctionnements. »

Ce moment de mise en forme est indiqué par Thierry Berthet de la manière suivante :

« C’est sous l’administration d’Olivier Guichard (1969-1972), en même temps que se dessine l’architecture  du  système  d’orientation,  qu’il  nous  faut  rechercher les  origines  de  cette organisation (dys)fonctionnelle. Parmi les méthodes de management importées du monde de l’entreprise  de  l’époque,  l’une  sera  déterminante  ici: celle  qui  consiste  à  distinguer  des directions de moyens chargées de mettre en œuvre et gérer le budget de l’éducation et des directions d’objectifs à qui est confié le soin de conseiller et animer la réflexion stratégique. »

Ainsi, de la plus haute position au ministère jusqu’à l’établissement, aucune ligne hiérarchique ne les relie, et chacun n’exerce qu’une fonction de conseil.

A partir de ce moment, l’auteur pointe les diverses tentatives de régulation de ces personnels qui ont toutes échouées, et explique ainsi les diverses tentatives de se défausser de ces personnels jusqu’à la dernière en date au moment de la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel de 2018.

Je vous laisse le plaisir de lire les explications de ces divers moments que pointe l’auteur ainsi que les témoignages des acteurs qu’il a pu récolter au cours de nombreux entretiens.

 

Mais la question que je me pose serait : pourquoi ce choix de départ a-t-il été fait ? Thierry Berthet pense que « Pour  une  vision  complète,  un  tel  détour  supposerait  de  replonger  dans  l’immédiat  après première  guerre  mondiale  où  se  structurent  les  premiers  jalons  de  l’orientation  scolaire  et professionnelle en France[3]. Mais au fond pour décrypter les cadres structurant du système actuel il n’est pas indispensable de faire un tel saut dans le temps. » C’est pourtant ce que je tente de faire dans ce futur livre sur les CIO.

L’ambiguïté dès l’OP

De mon point de vue, l’orientation se fonde sur un terrain ambigu. Sur le plan de la conception de l’orientation il y a très vite deux points de vue qui vont se formuler : un courant scientifique, autoritaire positiviste pourrait-on dire qui se trouve particulièrement incarné en France par Henri Piéron : la science dit le bien et le bon. Un autre courant serait progressiste et libéral, humaniste. Il est moins visible car peu institutionnalisé à l’époque en France. Et du côté de l’Etat si l’orientation devient une affaire d’Etat, se pose très vite la question de l’autorité impossible en ce domaine, précisément pour des raisons républicaines. Impossible d’imposer. Le débat autour de l’apprentissage en est un exemple : l’avis d’orientation est obligatoire pour signer un contrat d’apprentissage, mais le suivre ne l’est pas. On parlera également  de « contre-indication médicale ». Autrement dit du côté de l’Etat, c’est une conception libérale qui est mise en œuvre pour ce qui concerne l’orientation professionnelle (OP).

Et du côté scolaire ? La tradition autoritaire héritée des jésuites se poursuit dans le lycée républicain. Le pouvoir est aux enseignants, sans partage. Les circulaires édictées depuis la fin du XIXe siècle sur le passage en classe supérieure ne font que formaliser ce pouvoir absolue. Lors de l’intégration de l’OP dans l’Education nationale en 1959, la question du rôle des conseillers d’orientation s’est posée, et c’est le pouvoir enseignant bien sûr qui l’a emporté. Les conseillers seront des … conseillers. L’Etat, pour les raisons évoquées ci-avant ne pouvait imposer une décision aux familles et en a laissé de fait la responsabilité aux enseignants tout en déconstruisant petit-à-petit ce pouvoir. Une part de contrôle s’est faite par les moyens de formation et par l’affectation, mais pas par les procédures d’orientation[4].

 

Dans ce contexte, je pense que l’on peut comprendre la place très marginale des CIO dans l’Éducation nationale. La « création » des CIO (la transformation des COSP en CIO) s’est faite non pour des raisons scolaires, mais pour des raisons de formation continue des adultes. Les CIO avaient l’utilité administrative pour supporter les conseillers d’orientation, trop rares pour être installés en établissement, mais n’avaient aucune utilité pour l’orientation scolaire. Par contre ils auraient pu être les têtes de pont d’une orientation tout au long de la vie, sauf qu’aucun moyens n’y fut injectés, bien sûr, puisqu’il dépendaient de l’Education nationale. Une vision sans moyens.

Bernard Desclaux

[1] Thierry Berthet, « Administré mais pas régulé. Le système d’orientation scolaire français au prisme d’une analyse politique. » In  Valérie Scali-Cohen (dir) « Psychologie de l’orientation tout au long de la vie » Editions Dunod, 2021 https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-03139982/document

[2] Ghezzi S. et E. Mingione (2007), « Embeddedness, path dependancy and social institutions. An economic sociology approach », Current Sociology55, pp.11‑23.

[3] Note de l’auteur : Sur ce point on consultera utilement les travaux historiques d’André Caroff (1987), de Jacques Sénécat (2004), d’Atoine Prost (1996), de Serge Blanchard et Jean-Claude Sontag (2004) ou de Francis Danvers (2009)

[4] A propos de l’histoire des procédures d’orientation, voir mon livre Bernard Desclaux, Orientation scolaire : les procédures d’orientation mises en examen. Quel débat dans une société démocratique ? Préface de Claude Lelièvre, Collection : Orientation à tout âge, 2020.

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This entry was posted on samedi, juin 19th, 2021 at 16:34 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

9 Responses to “Les CIO, manque de régulation ou de vision”

  1. Richard ETIENNE Says:

    Merci pour cette analyse. Il me semble que les CIO n’ont jamais vraiment été dans l’Education nationale mais « à côté ». La crainte de Guichard à qui est attribuée cette remarque de la 3ème entreprise ou organisation du monde par la taille après l’armée rouget et la General Motors (qui ont fondu comme neige au soleil) serait de ne pas ajouter de la lourdeur à la lourdeur. du coup, cette extra-territorialité confirme l’aspect « passager clandestin » de l’orientation dans les établissements.
    Les tentatives autour du projet personnel et de l’éducation à l’orientation ont échoué parce que (mais c’est une hypothèse que j’aimerais discuter avec vous) le corps des CO est divisé en deux avec la ligne de fracture que vous évoquez et qui se retrouve sur un autre terrain : le CO héritier de Piéron et celui qui envisage de s’insérer dans l’équipe éducative (i.e. participer à l’éducation à l’orientation et coopérer avec les équipes dans les établissements) ; pour ma part, j’ai réussi à mener ce genre de travail pendant une année avec les CO et les équipes du lycée de Castelnaudary ainsi qu’avec le lycée Philippe Lamour de Nîmes lors des premières années de sa création (Denis Ielli, proviseur).
    Deux détails à vous signaler :
    1/ l’orientation se fonde sur un terrain ambigu (pas de féminin ici, même si je ne comprends pas bien la notion de « terrain ambigu ».
    2/ je crois que vous citez Antoine Prost et non Alain Prost (que j’admire comme ancien pilote de formule 1)
    Avec mon plus grand intérêt pour vos travaux et votre livre à venir !
    Bien cordialement.

  2. bernard-desclaux Says:

    Bonjour Monsieur Etienne et merci pour votre commentaire. J’ai corrigé (pour Prost, c’est Berthet qui s’est trompé, et je n’ai pas fait attention).
    Concernant l’éducation à l’orientation, j’ai animé durant plusieurs années le groupe des formateurs de l’académie de Versailles, et j’en avais tiré quelques conclusions que vous pouvez trouver dans un de mes articles : Bernard Desclaux, L’éducation à l’orientation en tant qu’innovation, publié dans PERSPECTIVES DOCUMENTAIRES EN ÉDUCATION, N° 60 – L’éducation à l’orientation, 2003 (publié en fait en 2005), INRP. http://ife.ens-lyon.fr/publications/edition-electronique/perspectives-documentaires/RP060-3.pdf
    Concernant le livre à venir, il est pratiquement rédigé, mais je n’ai pas encore fait de recherche d’éditeur.
    En espérant poursuivre ces échanges.

  3. Jean Le Duff Says:

    La conception positiviste de l’Orientation relève de la transposition, pour repérer de manière anticipée, les « capacités productives probables » des jeunes à leur sortie de l’école primaire obligatoire afin de leur permettre d’être au plus vite et et efficacment capable de produire.

    C’est de cette finalité que relève initialement la méthode des tests avec un premier dilemme apparu: Le sujet est-il porteur d’une capacité potentielle générale qui se décline différemment selon les individus en fonction des divers champs où elle s’exerce, ou bien, cette capacité potentielle générale est-elle l’intégration des capacités singulières exercées dans des champs multiples? Je n’ai jamais entendu dire que le débat était tranché. On parlait « d’intelligence générale avec un grand « G » ou un petit « g ».

    C’est dans le droit fil de cet état d’esprit que fût créé « l’INOP » en 1928. Cette initiative s’inscrivait dans le cadre des préoccupations qui découlaient de la fin de la première guerre mondiale: une grande partie de la main d’œuvre décédée ou hors service, d’où l’urgence d’optimiser rapidement les capacités productives (le « Travail » selon la terminologie marxienne.

    Cependant, à cette période pointait aussi à la suite des travaux d’Henri Wallon toute une réflexion sur l’évolution des capacités de l’enfant en développement, l’optimisation de cette évolution. Citons entre autre pour mémoire:
    La conscience et la vie subconsciente, PUF, 1920.
    Le problème biologique de la conscience, Revue philosophique, 1921.
    L’Enfant turbulent, thèse de doctorat ès lettres, Alcan, Paris, 1925,
    Stades et troubles du développement psycho-moteur et mental chez l’enfant, complément de thèse de doctorat ès lettres, 1925.
    La mentalité primitive et celle de l’enfant, Revue philosophique, 1928.
    La maladresse, Journal de psychologie normale et pathologique, 1928.
    Sélection et orientation professionnelle, Journal de psychologie normale et pathologique, 1929.

    La préparation des jeunes sortant de l’école à la composante « métier » de la vie d’adulte pouvait-elle ne pas tenir compte de ces réflexions et travaux? En 1929, celui-ci demande à Wallon d’assurer des fonctions de professeur à l’Institut national d’orientation professionnelle qu’il vient de créer. Président de la Société de psychologie en 1927, membre du conseil directeur de l’Institut de psychologie créé par H. Piéron, Henri Wallon s’investit longuement dans les travaux de la Société française de pédagogie et participe, avec Langevin et Piéron, au Groupe français d’éducation nouvelle.

    Dans le contexte du Front Populaire, du droit du travail en évolution, la cration du Certificat d’orientation professionnelle mis en avant la préoccupation de la santé au travail. Il fallait citer les « contre-indication » pour tel ou tel métier. Le développement de la personne s’introduisait dans la préparation la vie d’adulte.

    Après la « Libération », le réseau des centres obligatoires d’orientation prévu par le décret-loi du 24 mai 1938, partiellement mis en place par le régime de Vichy, est achevé : entre 1945 et 1953, 60 centres obligatoires d’orientation sont ouverts. Chaque département a au moins un centre départemental obligatoire d’orientation professionnelle.

    Très vite s’impose aux conseillers d’orientation la préoccupation d’anticiper la sortie des enfants de l’école élémentaire. C’est ainsi que sans attendre des directives de l’État ils interviennent en CM2. On peut affirmer que ce sont les Conseillers d’orientation professionnelle qui ont en une dizaine d’années contraint l’État à transformer les Centres Départementaux d’Orientation Professionnelle en Centre d’Orientation Scolaire et Professionnelle lors de la Réforme Fouchet-Capelle en 1963 après avoir développé, accompagnés par les Conseils Généraux des annexes dans d’autres villes que le chef lieu des départements.

    A la fin des années 1960, ce sont eux pour une bonne part qui avancèrent en pratique l’idée de Projet de Vie en intégrant dans leurs démarches l’Activation du Développement Vocationnel et Personnel.

    la Réforme de 1971 « Formation et Orientation tout au long de la vie » semblait aller dans le sens de l’évolution de la conception de l’orientation née des pratiques de terrain, portée par les Conseillers d’Orientations scolaire et professionnelle. La réforme Haby qui suivit en 1975, malgré les déclarations d’intention qu’elle semblait porter, à l’évidence, fût probablement l’inflexion qui corseta les pratiques des Co-Psy et les soumit à un encadrement administratif qui nous amené à la déroute actuelle des services d’orientation.

    On s’aperçoit au fil du temps que la personne est de moins en moins au centre des préoccupation et que la logique du système est plus dépendant des contraintes de gestion que du développement de l’humain.

  4. bernard-desclaux Says:

    Bonjour monsieur Le Duff, et un grand merci pour votre commentaire très fouillé.
    Je suis d’accord avec vous sur la situation ambiguë des conceptions psychologiques et donc pratiques concernant l’OP. Les conceptions de Piéron et de Wallon ne pouvaient supporter les mêmes types de pratiques ni les mêmes relations professionnelles.
    Je suis beaucoup plus réservé sur la suite de l’histoire et la manière dont vous la présenter.
    Si les conseillers, avec l’intérêt des municipalités et département ont développé le réseau des centre d’OP dans les département, il ne le faisaient pas dans une optique « scolaire » mais professionnelle. Le réseau est « tombé » dans l’escarcelle de l’Education nationale parce que l’enseignement technique fut intégré à celle-ci.
    Quant à l’intégration de l’ADVP dans la pratique des conseillers, je suis vraiment très dubitatif. Cette conception a été soutenue par quelques associations, et par quelques individus, mais elle a surtout rencontré une résistance et une méfiance majoritaire, et qui s’est manifesté en particulier à l’INETOP. La revue OSP est particulièrement silencieuse pour ce courant pour pour l’EAC ou encore l’école orientante !

  5. Jean Le Duff Says:

    Si je rend compte de ma propre expérience je peux rapporter ceci. Quand il était seulement demandé aux Conseillers d’orientation de préparer les certificats d’orientation professionnelle, avant la fin des années 1950 ils avaient pu se rendre compte, que se trouvaient en classe de fin d’étude des élèves qui auraient pu entrer en 6ème. C’est à partir de ce constat, compte tenu du fait que l’enseignement technique était habilité à qualifier professionnellement les jeunes, qu’ils ont, sans attendre de directives ministérielles, commencé à intervenir en CM2. Cela signifie que très vite sur le terrain les Conseillers d’orientation professionnelle ont établi la liaison entre orientation scolaire et orientation professionnelle.

    J’ai été affecté au CIO de Rennes en janvier 1962 après avoir été libéré des obligations militaires. L’intervention en CM2 était dès lors systématique.
    « L’orientation scolaire, constate Jean-Michel Berthelot
    (J.-M. Berthelot, École, orientation, société, 2e éd., Paris,…), fait son apparition avec la loi de 1959. C’est la réforme scolaire de 1959 (appelée Réforme Berthoin) qui, en instituant un cycle d’observation et d’orientation après le CM2, fait entrer l’orientation dans le champ scolaire. Avec la poursuite des études jusqu’à 16 ans, le palier d’orientation est déplacé du CM2 à la cinquième ».

    Avant la réforme Berthoin en Ille et Vilaine avait été créés les COSP de Saint-Malo et de Redon qui étaient autonomes et avaient chacun un directeur. Le nombre des CIO à par la suite augmenté à partir de 1974. L’annexe de Fougères du CIO de Saint-Malo est devenue autonome de même que celle du CIO de Rennes-sud à Vitré alors qu’en même temps était créé le CIO de Rennes-nord.

    Les centres d’OP devenus centres d’OSP ont contribué à faire que les familles intègrent l’idée que c’est par l’entrée en premier cycle qu’on assurait aux enfants le maximum de chances de réussir leur qualification et leur intégration professionnelle. Cette influence, compte tenu du genre d’activité économique, variait d’un département à l’autre. Quand je suis arrivé à Rennes, pour me faire très vite une idée de la répartition des établissements de premier cycle je les ai repérés par des punaises sur une carte Michelin. J’ai constaté que dans les secteurs économiquement les plus pauvres du Finistère il pouvait y avoir moins de 10 km entre 2 cours complémentaires en milieu rural quand en Ille et Vilaine on comptait 20 à 40km.

    Quand nous établissions des étalonnages académique pour les épreuves psychotechniques passées en classe de fin d’étude puis en 4ème pratique ils étaient inutilisables en Ille et Vilaine car la population du Finistère a pris plus vite conscience de l’intérêt de poursuivre des études secondaires que celle d’Ille et Vilaine. Dès 1947 il y avait 3 centres d’OP en Finistère contre un seul en Ille et Vilaine. Le Finistère dans les années 1970 était l’un des départements en France qui formait le plus de bacheliers. J’ai voulu présenter cette singularité parce que, de mon point de vue, tant que les CIO ont été relativement libres de prendre des initiatives, notamment en direction des familles, ils ont constitué des relais efficaces entre les familles et les établissements d’enseignement. Quand ils ont été davantage soumis à des contraintes administratives ils ont été moins efficaces.

  6. Jean Le Duff Says:

    Complément à mon précédent commentaire. Il est évident que l’administration était plutôt fermée aux techniques psychopédagogiques pourrait-on dire, telle que l’ADVP. Il est vrai aussi que tous les conseillers ne développaient pas au même rythme leur capacité d’initiative. Ce dont je peux témoigner cependant c’est que les pratiques psychotechniques traditionnelles on souvent été abandonnées au profit de réunion d’échanges avec les élèves. Pour ce qui me concerne dès 1964 en classe de 3ème, par demi-classe, j’engageais 3 réunions-discussion avec les élèves sur les thèmes suivants:
    1)Quels sont les problème des adultes dans la société actuelle?
    2)Quels sont les problèmes des jeunes?
    3)Comment préparer son orientation pour devenir adulte.
    Les entretiens individuels complétaient évidemment ces réunions.

    Ce témoignage vise seulement à illustrer le principe d’une approche éducative de l’orientation impliquant à la fois, les jeunes, les familles et les enseignants. La rigidité administrative et le manque de postes de Psy-EN ont d’une certaine façon bloquer les capacités d’initiatives. Au travers des propos administratifs et/ou médiatiques on peut constater que pour les donneurs d’ordre, l’orientation se réduit de façon simpliste à l’information.

  7. bernard-desclaux Says:

    Encore merci pour ce témoignage en particulier sur les années 60, qui me font penser que j’aurai du introduire une troisième notion, pourtant évidente, à côté de la régulation et de la vision, celle de l’implication, l’implication des divers acteurs.

  8. Delphine Riccio Says:

    Merci pour cet article et ces commentaires intéressants qui rendent compte succinctement de l’histoire des CIOs. Conclusion qui m’apparaît pertinente une vision sans moyens.
    Cet article m’a éclairée dans la nécessité de distinguer orientation Scolaire et orientation professionnelle. Le glissement dans le temps et maintenant la confusion. L’orientation scolaire renvoyant à une visée de développement humain et de hausse de qualification de l’ensemble de la population, versus un accompagnement à l’orientation Professionnelle… sans véritable temps accordé à la découverte des métiers, de l’organisation du travail, d’un Monde Professionnel en évolution rapide dans une économie mondialisée.
    Le travail est très absent des processus éducatifs.
    « Pereira (2018) distingue trois finalités au système d’enseignement : instruire, éduquer et former. L’instruction se borne à l’acquisition d’une culture scolaire par les élèves, celle-ci renvoyant vers une culture humaniste désintéressée. L’éducation peut, elle, être comprise (…. comme) permettre l’épanouissement d’une personne et apprendre la vie sociale. La formation renvoie davantage à un objectif d’employabilité des futurs travailleurs. » (D Canzittu et M. Demeuze, 2020, Penser et Agir l’orientation au XXIème siècle).
    Il me semble que par pragmatisme, les établissements scolaires se sont préoccupés de l’orientation scolaire ; à défaut d’avoir le temps et/ou le savoir comment accompagner les élèves à appréhender la complexité du Monde Professionnel. Pour exemple, il m’étonne toujours que les visites d’entreprise ne soient pas systématisées au collège ; le stage en entreprise suffirait-il ?
    Aujourd’hui il y a une sorte de répartition qui s’est établie : orientation scolaire pour les formations générales / orientation professionnelle pour les lieux de formations (Lycée Pro et Enseignements Supérieurs).
    Les professionnels de l’orientation tentent tant bien que mal de tisser le lien orientation sco et PRO.
    Rappelons qu’ils sont « mis à disposition » des établissements. Seul, peu présent, nous ne pouvons rien faire en établissement si cela n’est pas dans une vision partagée. L’éducation à l’orientation est confondue avec des étapes d’information à l’orientation, il n’y a pas de vision psychologique, peut-être parce que, pour beaucoup, la construction personnelle du sujet n’appartient pas au lieu de l’école.
    Les acteurs de l’école se disputant le temps accordé à ces 3 aspects que sont instruire/éduquer/former => au final, ce ne sont que des volontés individuelles qui portent des projets… alors éphémères.
    Drôle de paradoxe : T. Berthet insiste sur le manque de régulation des personnels de l’orientation par le Ministère et la ligne hiérarchique, alors qu’il m’apparaît que les CIOS régulent ses activités en fonction de ses partenaires, des EPLE, pour lequel chaque personnel de l’orientation est obligé de se réguler en fonction de ses lieux d’exercices.
    Depuis la loi pour la liberté de choisir son orientation de 2018, qui a consisté à transférer ces questions et des moyens aux régions (pertes de postes CIO et DRONISEP), la dérégulation semble s’accélérer. Les directeurs n’ont plus le rôle systématique d’animateur de bassin. Les PsyEN se déchargent peu à peu de l’orientation étant bien occupés par ailleurs, d’autant plus dans ce contexte de crise sanitaire. (cf. article https://www.cahiers-pedagogiques.com/qui-dois-je-sacrifier/#.X7KrkS1dTDc.twitter) Des injonctions, telle que la semaine de l’orientation, sont contestées car arrivant tardivement, dans un contexte de temps contraints où les programmes d’activités sont élaborées en début d’année pour faire face à la charge de travail. L’enjeu est de répartir les actions au cours de l’année.
    Ainsi, la région a bien dû mal à trouver au sein des établissements l’espace et la dynamique pour mener des actions et sont confrontés tout autant à des empêchements d’actions. Parce que tout comme nous, les EPLE sont confrontés à des missions qui ne cessent de s’accumuler, en réduisant toujours plus les moyens.

  9. Jacques Vauloup Says:

    Qui oserait comprendre la France de 2021 en commençant son analyse en 1789 ou à Austerlitz (2 décembre 1804) ? Qui oserait comprendre le « système d’orientation scolaire français » en le limitant aux cinquante dernières années (1973-2021) alors que ses cinquante premières années (1922-1973) en disent autant, et peut-être plus encore, pour analyser la situation délétère et létale à laquelle nous sommes inexorablement conduits aujourd’hui par la vacuité des politiques publiques successives depuis quarante ans environ ? Faut-il rappeler que la dernière circulaire relative à l’activité des CIO date du 25 février 1980 (ministère Beullac) ?

    Malheureusement, et cela n’aide pas à la compréhension, Thierry Berthet oublie la première partie du film. La place dévolue à un commentaire d’article de blog ne me permet pas de me montrer disert. Dire seulement que la période 1922-1973 fut celle des commencements, de la consolidation et… du souffle ! J’entends : du souffle public, celui, vite éteint, des années post-première guerre mondiale et post-seconde guerre mondiale (Langevin-Wallon, Gal, Léon). Cette période prend fin à partir de la fin des années 1970. Merci à Jean Le Duff de l’avoir éclairée avec le point de vue du terrain, et non celui de l’administration centrale, qui est celui de Thierry Berthet dans son article bien incomplet, partial, et surtout technocentré. La technostructure a gravement failli dans sa double mission d’administration et de régulation. A-t-elle dû rendre des comptes de cette faillite auprès des citoyens ? des contribuables ? La belle affaire… Mais les acteurs et actrices de terrain, les directeurs et directrices de CIO, les conseillères et conseillers en orientation (appellation québécoise) aujourd’hui « Psyen », les inspectrices et inspecteurs : qui s’en est soucié vraiment ? qui s’en est occupé sérieusement ?

    Pendant 30 ans (1987-2017), après 9 ans de conseiller d’orientation et 8 ans d’instituteur et de prof, j’ai exercé le passionnant métier d’inspecteur en orientation. De 1987 à 1991, j’ai inspecté les jeunes conseillers ; mais qui peut affirmer aujourd’hui sans rire, hors certains inspecteurs généraux nostalgiques, que cette inspection de forme traditionnelle, aujourd’hui abandonnée dans tout le système éducatif, ait été – et eût été si elle avait été étendue – le facteur principal de dynamisation et de régulation du système d’orientation ? Et quand après le statut de « COP » de 1991 je dus ne plus inspecter les néo-cop, je me suis concentré sur celle des contractuels (aujourd’hui : 30% des personnels des CIO, mais pas toujours les moins innovants, comme le dit justement Annick Soubaï)…

    Dis papy, à quoi ça sert un inspecteur ?

    Un inspecteur en orientation bien sûr, car les autres ont déserté le terrain de l’orientation depuis si longtemps, ce qui ne les empêche pas de parler savamment et abondamment des failles, faillites et apories d’une orientation qu’ils ne connaissent pas ou plus depuis longtemps… L’internaute intéressé.e peut retrouver mon analyse détaillée dans 13 articles de mon blog, notamment celui du 3 août 2013. Les textes des années 1971-1973 décrivant les missions et activités des inspecteurs en orientation définissaient quatre axes d’activité : l’observation des élèves (traduire : Repères pour l’orientation, études statistiques, enquêtes), l’information (traduire : psychopédagogie de l’orientation), l’orientation et l’affectation des élèves, l’analyse de la situation scolaire (enquêtes, rapports, audits, notes aux IA-DSDEN-DASEN et aux recteurs), auxquels allait s’ajouter au milieu des années 1980 l’insertion scolaire et professionnelle dénommée aujourd’hui lutte contre le décrochage scolaire.

    Tout était en place et possible. Il suffisait de travailler et de ne pas se tromper d’activité, de posture et de positionnement. Trop près des DSDEN-DASEN (cas le plus fréquent, aujourd’hui encore pour les IEN-IO), c’était oublier l’orientation des CIO et des EPLE, mais ne pas oublier sa carrière… Trop peu d’écriture, de productions personnelles, d’organisation de colloques, d’initiatives psychopédagogiques, d’animation des CIO, de formation des profs, c’était ne plus rien produire et ne rien connaître des gestes de métier. Et pour moi, proprement impensable. J’ai donc choisi le métier et non la carrière.

    Tout est possible quand les cadres intermédiaires d’un système savent se positionner et ne se trompent pas de métier, même en l’absence d’indications claires de leur hiérarchie. Question de vision, de volonté, de travail. D’éthique professionnelle aussi. Au fond, la plupart des initiatives professionnelles intéressantes que j’aurai prises ne doivent rien ni à un CSAIO ni à un inspecteur général ni à un IA-DSDEN-DASEN, et c’est très bien ainsi : 10 éditions du Guide néo-psy, nombreux colloques d’une journée, protocole académique de suivi des néo-cop, 1001 pratiques réflexives en orientation, publications FormaSarthe, journées nationales d’études, formation des profs, etc.

    Régulé, mais pas administré.

    Animé, mais pas muselé.

    Vitalisé, mais pas abandonné.

    Aujourd’hui, tout est mûr pour l’abandon complet du service public d’orientation français aux mains du Marché et des officines du business défiscalisé.

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