Professeurs Principal et Référent, cherchez la différence

Un décret récemment publié institue et définit les deux fonctions de professeur principal et de professeur référent[1]. Quelles nouveautés, et quels débats se préparent avant même la mise en œuvre à la rentrée 2021 ?

L’article principal

« Art. D. 421-49-1. – En application de l’article R. 421-10, le chef d’établissement désigne les professeurs principaux des classes et, le cas échéant, en classe de première ou de terminale de la voie générale et technologique, les professeurs référents de groupes d’élèves, avec l’accord des intéressés.

« Le professeur principal d’une classe ou le professeur référent de groupe d’élèves assure une tâche de coordination tant du suivi des élèves que de la préparation de leur orientation, en liaison avec les psychologues de l’éducation nationale, et en concertation avec les parents d’élèves.

« Le professeur référent de groupe d’élèves assure un suivi individualisé renforcé des élèves dont il a la charge.

« Les personnels enseignants désignés perçoivent une indemnité pour ces tâches, dont les modalités sont fixées par l’arrêté prévu par l’article 4 du décret no 93-55 du 15 janvier 1993 instituant une indemnité de suivi et d’orientation des élèves.

« En l’absence de professeur principal dans les classes de première ou de terminale de la voie générale et technologique, un professeur référent de groupe d’élèves assure les missions de professeur principal. »

Remarques sémantiques

La dénomination de professeur principal avait été très mal ressentie lors de sa création en 1959. Cette dénomination le définissait d’abord par rapport à ses collègues. Et cette différenciation et ce terme de « principal » étaient très mal acceptées. Selon le principe de l’égalité, désigner l’un d’entre eux comme étant « principal » interrogeait sur l’état des autres !

La dénomination de la nouvelle fonction se construit différemment, cette fois-ci par rapport aux élèves et non pas par rapport aux autres enseignants : il est professeur référent de groupe d’élèves. Qu’est-ce qu’un référent ? La définition d’une personne référente : « Elle est l’intermédiaire entre l’entourage du patient et l’équipe soignante. Elle retransmet les informations vous concernant à vos proches. »

Les premières fonctions du professeur principal étaient administratives, les fonctions d’aide à l’orientation auprès des élèves et des familles sont tardives. Par contre le professeur référent serait un intermédiaire, un traducteur entre des mondes qui ont peut-être des difficultés de compréhension. Mais est-ce bien le sens que lui donne ce décret ? Allons le voir de plus près.

Que dit le Décret ?

L’article cité plus haut précise : « Le professeur principal d’une classe ou le professeur référent de groupe d’élèves assure une tâche de coordination tant du suivi des élèves que de la préparation de leur orientation, en liaison avec les psychologues de l’éducation nationale, et en concertation avec les parents d’élèves. »

« Le professeur référent de groupe d’élèves assure un suivi individualisé renforcé des élèves dont il a la charge. »

Il semblerait donc qu’il n’y ait pas de différences entre les fonctions de ces deux acteurs. Ce décret vient simplement résoudre le problème créé par la dernière réforme du lycée qui a provoqué l’éclatement de la classe en première et en terminale. Et le reste du décret permet sa mise en œuvre administrative.

S’il y a de l’administratif, il y a également du « pédagogique », on y indique « de coordination tant du suivi des élèves que de la préparation de leur orientation » et « suivi individualisé renforcé des élèves », mais est-ce que cela désigne « l’accompagnement des élèves aux choix de leur parcours » comme le réclame par exemple le SGEN-CFDT ? On peut accompagner en étant simplement côte à côte ou en se donnant la main… et il y a encore bien des interprétations différentes possibles de ces deux versons de l’accompagnement.

Du pédagogique ou de l’administratif ?

Ainsi, toute une série de nouveaux articles sont créés dans le Code de l’Education. Pour l’essentiel il s’agit d’assurer le fonctionnement des conseils de classe. Quel est le rôle du professeur référent dans le conseil de classe ? On prévoit l’absence du professeur principal qui peut être remplacé par un professeur référent, etc…

Trois points sont déjà en discussion :

Peut-on imposer cette fonction ? La réponse est non . L’ Art. D. 422-41-1.  Précise : « En application de l’article R. 421-10, le chef d’établissement désigne les professeurs principaux des classes et, le cas échéant, en classe de première ou de terminale de la voie générale et technologique, les professeurs référents de groupes d’élèves, avec l’accord des intéressés. » Mais on sait que la fonction de PP n’est pas « couru ». Qu’en sera-t-il de celle de référent ? Et s’il n’y a pas de volontaires suffisamment, que pourra faire le chef d’établissement ?

Cette fonction sera rémunérée, mais il n’y a pas vraiment de précision sur l’importance de cette rémunération, il faudra sans doute attendre quelques circulaires d’application. C’est toujours cet article D. 422-41-1.  qui l’indique.

Mais une autre question commence à se poser. Aussi bien concernant le fonctionnement du rôle, que pour les absences et donc remplacement entre le PP et le PR, il faut bien considérer que cela prendra pas mal de temps d’échanges non seulement avec les élèves et les familles que entre les enseignants.

Le site Vousnousils[2] s’est fait l’écho des premiers débats après une présentation du décret. Il rapporte les remarques du SGEN-CFDT, ainsi que des échanges sur les réseaux sociaux. Il semble pour le moment  que l’interrogation porte surtout sur la réelle « nouveauté » de cette création du professeur référent.

Surveiller la rentrée

Ce décret étant publié alors que les vacances viennent de commencer et que la pandémie ne semble pas s’éloigner, il suscite encore peu de réactions. Il faudra sans doute attendre la rentrée effective pour voir les conditions réelle de son application et s’il déclenche des suffisamment de vocations.

 

Dernière remarque. Il ne figure aucune référence au Cadre nationale de référence[3]. Les PP comme les PR auront comme seuls interlocuteurs les autres personnels de l’Éducation nationale et en particulier les PsyEN. Ils œuvreront sans coordination avec les intervenants de la Région.

 

Bernard Desclaux

[1] Décret no 2021-954 du 19 juillet 2021 modifiant les dispositions du code de l’éducation  pour définir la fonction de professeur principal et de professeur référent de groupe d’élèves

NOR : MENE2116472D

https://www.legifrance.gouv.fr/download/pdf?id=dCYl09Ff48EK9cki4VibOumnznRWseQCeDltxJUlX6o=

[2] Professeurs référents : un décret qui fait débat. Publié par Chloé Le Dantec | Juil 20, 2021 https://www.vousnousils.fr/2021/07/20/bientot-des-professeurs-referents-pour-les-lyceens-640156

[3] Voir sir ce blog « Le régalien, le cadre et la conception » http://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2019/05/28/le-regalien-le-cadre-et-la-conception/

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2 Responses to “Professeurs Principal et Référent, cherchez la différence”

  1. Annick SOUBAI Says:

    Professeur référent, un acteur de plus. Pourquoi créer un nouvel intervenant ? L’éclatement des classes en une myriade d’unités en fonction des enseignements de spécialité crée aussi le sentiment d’un éclatement de l’institution classe. Le professeur référent institue une nouvelle réalité celle du groupe d’élèves. Les professeurs référents auraient vocation en un futur prochain à remplacer les professeurs principaux issus d’une autre réalité, celle de la classe. On pourrait imaginer des myriades de petits groupes et de conseils de classe adaptés. Nous serions ainsi dans une organisation satellitaire agile. Mais combien faudrait-il de professeurs référents pour animer tous ces satellites ? Et combien cela coûtera en indemnité ? Est-ce une manière de revaloriser le salaire de professeur, sans gréver pour autant le budget des retraites ? On multiplie les intervenants: des intervenants extérieurs vont également animer des ateliers, donner des informations. Ils seront peut être de plus en plus nombreux eux-aussi. Pour ce qui est du suivi, qu’imagine-t-on ? Que chaque professeur référent suive individuellement les élèves qu’il a en charge ? Ce fameux suivi : de quelle nature le prévoit-on ? Et quelle formation pour les professeurs ? Quel modèle d’accompagnement ? Celui de l’éducation aux choix ne me semble pas prévaloir. A part quelques individus comme moi, personne à ma connaissance ne promeut plus ce modèle émancipateur, pourtant approprié à une massification de l’Education dans un monde marqué plus que jamais par l’incertitude. Au ministère de l’Education, on manque aujourd’hui d’imagination. C’est dommage au moment où Edgar Morin fête ses 100 ans. Il me répondait à l’Unesco dans les années 2000, à une question que je lui posais sur l’innovation en éducation, qu’elle ne pouvait se décréter sur un plan national. Quand on pense dans le cadre d’un même paradigme, on ne peut pas changer, il faut se déplacer un peu, aller vers les marges.Comme dirait Françoise Bernard, il faut oser.

  2. Annick SOUBAI Says:

    Professeur principal, professeur référent… Je voudrais ajouter une réflexion à mon commentaire dans le sens de la réflexion que j’avais partagée avec Edgar Morin. Je ne voudrai pas que mon commentaire paraisse pessimiste en cet été où les vacances se prêtent à la détente et pourquoi pas aux bonnes idées qui pourront germer à la rentrée.
    Si l’on suit l’évolution des politiques publiques d’éducation, on y trouve des continuités. La première est celle de l’allongement de la scolarité et celle de l’élévation des niveaux de qualification. On regardera finement du côté des budgets pour y comprendre les priorités. Il me semble que les écoles forment, cependant, aujourd’hui, un grand corps malade. L’espoir qui a animé l’âme des professeurs les a depuis un certain temps quitté. La confiance prônée par Jean-Michel BLANQUER est à ranger dans les rangs des EDL, c’est-à-dire les éléments de langage. C’est un pâle étendard. Tout le monde en convient. Alors, pour ne pas être pessimiste, je conclurai par la nécessité qu’ont les professeurs principaux ou référents de porter un espoir pour leurs élèves et pour eux-même.Je dirais même en toute laïcité, une espérance, car c’est ce qui manque le plus aujourd’hui.Cela nous ramène à tous les sens du mot orientation et ses démarches… dont on trouve toutes les définitions dans les écrits érudits de Francis Danvers, notamment. Qu’est-ce qu’on peut inventer de nouveau pour s’orienter?

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