Le projet professionnel de Terra Nova

Daniel Bloch[1] vient de publier pour Terra Nova une note[2] à propos de l’enseignement professionnel titré Un nouveau souffle pour l’enseignement professionnel. Il pourrait constituer une brique du projet marconien concernant l’éducation nationale. Cette note est organisée autour de trois points, des constats, une nouvelle structuration de la formation, et des conditions de mise en œuvre. Je vous recommande la lecture de ces 11 pages concises. Je vous en propose une lecture rapide et quelques critiques ou interrogations.

Les constats

Les constats portent pour l’essentiel sur l’entrée et la sortie des formations professionnelle. Du côté de l’entrée c’est le rajeunissement par la réduction du taux de redoublement ne primaire et au collège, mais c’est aussi le niveau scolaire des entrants qui se dégrade. « Les enquêtes PISA attestent que la baisse moyenne du niveau des collégiens provient de la dégradation particulièrement importante du niveau des moins bons d’entre eux, ceux-là même qui, en nombre, rejoignent l’enseignement professionnel. On note que ces élèves sont par ailleurs de plus en plus jeunes, les redoublements étant devenus rares. » (pp. 3-4) Et la réduction à trois ans du bac pro a réduit sa « valeur marchande ».

A remarquer dans ces constats l’absence totale de données sur la structuration et l’évolution des emplois. La réflexion s’appuie seulement, ou se restreint seulement à la logique de production de la formation.

Nouvelle organisation des diplômes

Trois principes semblent appliqués, celui de prendre les élèves tels qu’ils arrivent (jeunes et mauvais niveau scolaire), celui d’allonger le temps de formation, celui de doubler le temps en entreprise (qui serait rémunéré). Ce dernier point permettrait de réduire les effets de l’allongement du temps scolaire sur l’effectifs nécessaire des enseignants.

Trois diplômes pivots sont ici redéfinis ou introduits : le certificat d’aptitude professionnelle (CAP), le baccalauréat professionnel et le bachelor professionnel.

Il semble que pour ce qui concerne le CAP il devrait y avoir un traitement différent concernant sa préparation selon qu’il s’agit du CAP en formation initiale, et celui que des déjà diplômés préparent, souvent en un an, pour se reconvertir.

« Dans certaines spécialités, le nombre de candidats déjà diplômés est supérieur au nombre de candidats visant le CAP comme premier diplôme. » (p. 7) et il donne quelques exemples à partir des chiffres de l’académie de Grenoble en nombre d’inscrits : le CAP d’accompagnement et d’éducation de la petite enfance (AEPE) 71 %, les CAP de peintre en carrosserie (88 %), de tapissier d’ameublement (85 %), de tailleur de pierre (82 %), de boulanger (67 %) ou de menuisier (55 %).

Il semblerait donc que dans certains métiers, les entrants sont des « sur-qualifiés ». Ceci ne peut avoir que des conséquences sur l’orientation initiale vers ces mêmes métiers où la concurrence risque d’être très forte.

Enfin l’auteur évoque la nécessité d’une expérimentation pour organiser le nouveau diplôme du bachelor professionnel, car non seulement il faut fédérer les personnels et moyens de formations, mais il faut définir les secteurs professionnels pour lesquels ces diplômes seraient nécessaires ou utiles. Sans doute que de nouveaux métiers pourraient ainsi s’organiser.

Conditions de réalisation

Pour Daniel Bloch, « L’importance du chantier proposé me conduit à proposer qu’il soit piloté de façon adaptée, selon un mode projet, et avec des personnels de profils spécifiques, par un ministère délégué ou un secrétariat d’État à l’enseignement professionnel et à la planification éducative. Il serait utile que la mise en œuvre de ce projet soit portée par une loi de programmation pluriannuelle… » (p. 10)

Mais aussi, « … d’autres questions importantes doivent d’être résolues. Elles portent notamment sur le recrutement et la formation initiale et continue des professeurs des lycées professionnels, sur le recrutement et le statut de ceux d’entre eux qui interviendront dans les formations post-baccalauréat, sur les corps d’inspection, sur le mode de recrutement des proviseurs des lycées professionnels, ou encore sur les connexions à mettre au point entre les parcours conduisant au CAP et ceux conduisant au baccalauréat professionnel. » (p. 11)

D’où son insistance sur la nature interministérielle de ce projet alors que son élaboration semble bien mener qu’à partir de données et du point de vue de la formation professionnelle au sein de l’éducation nationale.

Interrogations à propos de ce rapport

Au fond, ce qui me frappe, c’est le maintien de la structuration actuel de l’éducation nationale.

La réorganisation de la formation professionnelle suppose le maintien du palier troisième comme bifurcation et séparation de la population scolaire en deux composantes selon un critère de réussite scolaire. A moins que la formule citée plus haut et apparaissant en fin de la note (« encore sur les connexions à mettre au point entre les parcours conduisant au CAP et ceux conduisant au baccalauréat professionnel ») ne désigne un questionnement des procédures d’orientation actuelles.

Le secteur professionnel reste conçu comme un extérieur au secondaire et le trio des voies de formations (professionnel, technique, général) est maintenu et semble toujours conçus comme des entités étanches, voire concurrentielles.

Enfin, le professionnel poursuit son expansion par la création d’un diplôme supérieur, ce qui aboutirait à trois types de formation à insertion professionnelle, le BTS, le BUT et le Bachelor professionnel (BP, qu’il ne faudra pas confondre avec le brevet professionnel).

Bernard Desclaux

[1] Présenté ainsi dans le rapport : Daniel Bloch, ancien président de l’Institut polytechnique et de l’Université Joseph Fourier de Grenoble, recteur d’académie et directeur des enseignements supérieurs. De Jean-Pierre Chevènement à Najat Vallaud-Belkacem, il a accompagné de nombreux ministres de l’Éducation nationale dans le développement des enseignements professionnels.

[2] Publiée le 13 juin 2022 https://tnova.fr/societe/enseignement-superieur-recherche/un-nouveau-souffle-pour-lenseignement-professionnel/

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This entry was posted on mardi, juin 14th, 2022 at 16:32 and is filed under Non classé. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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