Un référentiel pour l’orientation

Des événements récents ont été peu relevés par la presse éducative et pourtant ils méritent toute notre attention. Il s’agit tout d’abord dans ce post de signaler une publication de l’ONISEP. La présentation, le 17 juin 2022, du référentiel de compétences à s’orienter au lycée qui s’inscrit dans le cadre du programme AVENIR(S). Il a pour ambition d’aider les jeunes à construire leur parcours de formation et leurs projets professionnels tout au long de la vie[1]. Je me propose ; dans la suite de ce post, de commenter d’autres événements restés silencieux et sans écho dans la presse éducative.

La présentation du référentiel

Le lieu de présentation est à relever, le Learning Planet Institute[2] et François Taddei a ouvert la séance.

La représentante de la DEGESCO, qui déclare attendre le même travail pour le collège, Insiste sur les points suivants :

  • C’est un travail scientifique et surtout évolutif (à la fois sur le contenu élaboré, et sur les champs d’applications ( références à de futures approches pour le collège, la voie professionnelle, et les adultes).
  • C’est un travail collaboratif. Il est dirigé par deux chercheurs (versant scientifique), Laurent Sovet et Kimberley-Brioux. Le travail d’élaboration de l’identification et de la formulation des compétences s’est fait au cours d’échanges organisés avec différents acteurs (le nombre de personnes et d’organisations impliquées et très important) ; des IA-IPR de disciplines, des académies, des CIO, des établissements, des enseignants, des élèves (le réseau des CAVL), des parents. Donc des croisements de positions, de points de vue, pour aboutir à un consensus. Le travail décrit me fait penser au principe de la conférence de consensus.
  • Cela s’inscrit dans une politique évidemment éducative de l’orientation (Je discuterais de cette évidence plus bas). Il y a des projets de diffusion de ce processus, et ce référentiel doit permettre de structurer les actions, toutes les actions, et de coordonner les acteurs, provenant de différents horizons,  et donner un contenu aux 54 heures en coordonnant les actions des régions.
  • Référence est faite à un contexte d’urgence, celui de la transition écologique et du développement durable.

Je signale ici, simplement, que le Référentiel comporte 3 blocs de compétences (5 par bloc). Le document publié en donne un descriptif détaillé. Ces 3 blocs sont :

  • Bloc1 Se repérer et s’informer dans la société de l’information 
  • Bloc2 Se découvrir et cultiver ses ambitions
  • Bloc3 Se construire et se projeter dans un monde incertain

Et le résultat attendu est un choix éclairé !

Il ne s’agit pas ici de développer une discussion critique de ces compétences, mais, à mon sens, il y a toujours une ambiguïté-confusion entre l’orientation comme choix-décision (discontinu), et l’orientation comme processus-parcours (continu). Cette double compréhension est d’ailleurs relevée par Frédérique Weixler Inspectrice générale de l’éducation, du sport et de la recherche, dans sa préface au document de l’ONISEP : « L’orientation scolaire, terme polysémique, peut être considérée aussi bien sous l’angle intime de la construction de soi que comme un acte majeur du contrat social. À l’intersection de choix individuels, familiaux et de facteurs sociaux et territoriaux, elle constitue un objet d’étude dans de nombreux champs disciplinaires : psychologique, pédagogique, social, économique et anthropologique, neurocognitif, ethnologique… L’orientation renvoie également à des enjeux différents, voire antagonistes, entre les membres de la communauté éducative, à des visions différentes de la réussite et à des objets emblématiques surinvestis comme Parcoursup et les grandes écoles. »

Remarques personnelles

Je relève une forte insistance sur le caractère scientifique de la démarche. Les deux pilotes sont des chercheurs qui utilisent des démarches d’interventions sociologiques, Mais cela ne permet pas de considérer que le produit est scientifique, et pourtant, les présentateurs (DEGESC0 et ONISEP) répètent et insistent sur cette qualification de « scientifique ». Pourquoi faut-il utiliser cette qualification ? Pour la faire accepter, et par qui ? Avec le ministère Blanquer, les sciences cognitives se sont installées. Le discours « scientifique » appartiendrait à la doxa du ministère ?

La démarche me semble très marquée par la conception individuelle de l’orientation. On entend : outiller l’élève, ses rêves, son parcours, ses choix éclairés (bien sûr), etc…. Or, les changements urgents évoqués (écologie, développement durable), sont nécessairement collectifs. Il faudrait en fait changer de paradigme et travailler sur l’orientation collective. Les compétences présentées dans le référentiel n’ont pas qu’une utilité individuelle, elles sont nécessaires à toute la collectivité.

Sur le plan stratégique, je pense qu’ils ont commencé par le plus « facile » : le lycée. Depuis le ministère Blanquer, toutes traces d’orientation « autoritaire » ont disparues, au contraire du collège. Au lycée, durant le lycée et à l’issue, les lycéens sont confrontés à la construction réelle de leur parcours que ce soit dans le choix des options, spécialités ou lors de l’inscription dans Parcoursup. Les enseignants, d’une certaine manière, dépendent des choix des élèves, et ils ont donc tout intérêts à ce qu’ils soient capables de faire des choix éclairés. Ils sont donc demandeur d’une aide dans ce domaine. Au collège il en est tout autrement. Le collège est toujours un espace de tri organisé par les adultes, et l’orientation autoritaire y fonctionne toujours avec toutes les ambiguïtés que j’ai essayé d’analyser dans mon livre[3]. Et je pense que les enseignants (comme je l’ai entendu tant de fois lorsque je m’occupais de l’éducation à l’orientation dans l’académie de Versailles) n’ont pas intérêt à développer les rêves des élèves.

 

Plusieurs avancés me semblent importantes. La résolution du 21 novembre 2008, relative à l’orientation tout au long de la vie, invitait les Etats membres de l’union Européenne à favoriser le développement des compétences à s’orienter. Le référentiel proposé par l’ONISEP est une première étape dans la stratégie que Fabien Beltrame avait formulée[4] en 2019. « Pour résumer, il faut donc réaliser les 4 étapes suivantes :

  • construire un référentiel des compétences à s’orienter
  • concevoir un outil de positionnement sur les différents niveaux de maîtrise des compétences
  • créer des séquences formatives à l’acquisition des compétences à s’orienter
  • accompagner les professionnels de l’orientation dans l’acquisition de la posture de formateur. »

La démarche utilisée par consensus est sans doute également très importante pour l’acceptabilité du référentiel dans les établissements, mais il faudra également passer par une étape de « standardisation ». Il s’agira de décrire les règles d’élaboration de situation pédagogiques permettant de mettre en œuvre ces capacités et de les développer.

Bernard Desclaux

 

PS ; En faisant une recherche, désespérée (je n’ai rien trouvé), sur le net pour trouver des articles de presse à propos de la présentation de ce référentiel, j’ai tout de même repéré quelques ressources de réflexion à propos de cette problématique.

Un rapport qui porte sur les compétences à s’orienter dans le processus d’accompagnement des adultes. https://elais.org/wp-content/uploads/2020/08/O2.1_RapportCSO_FR_VD.pdf  examine différents modèles dans le monde.

Impala, le 25 mars 2020 a proposé un Manifeste pour une Orientation scolaire et professionnelle de la Réussite   “Vers une méthode par les capabilités” dont Francis Danvers est en grande partie l’auteur.  https://impala.in/wp-content/uploads/2020/03/manifeste-orientation-mars-2020.pdf     

Petit déjeuner scientifique du Lab School Network : Compétences à s’orienter (12 juin 2020). Dernière mise à jour : 24 oct. 2020. Compétences à s’orienter : quels enjeux dans l’accompagnement des élèves ? avec Laurent Sovet (université de Paris). https://www.labschool.fr/post/petit-d%C3%A9jeuner-scientifique-du-lab-school-network-comp%C3%A9tences-%C3%A0-s-orienter

Lancement du Lab’Or par l’Onisep pour aider à l’orientation des jeunes, Le 11 février 2021, https://www.oriane.info/lancement-du-labor-par-lonisep-pour-aider-lorientation-des-jeunes

Marcelline Bangali, Coordinatrice. (2021).  Les compétences à s’orienter. Théories et pratiques en orientation scolaire et professionnelle.:  L’Harmattan.

 

[1] Pour retrouver le livret de présentation qui rassemblent les 15 compétences. https://www.onisep.fr/Equipes-educatives/referentiel-des-competences-a-s-orienter-au-lycee et pour récupérer le document de présentation du référentiel https://www.onisep.fr/content/download/1773212/file/CRI_15_RCO_ENTIER_web.pdf . Et la conférence de présentation se trouve sur  Youtube : Aider les élèves à construire leur projet d’orientation . https://www.youtube.com/watch?v=QrVf8bSt6tw

[2] Né du CRI, fondé en 2006 par François Taddei et Ariel Lindner, le Learning Planet Institute se positionne comme un acteur majeur de la société apprenante. Par l’apprentissage, la recherche, l’intelligence collective et la créativité, il a pour ambition d’accompagner les personnes et les organisations à s’adapter aux défis toujours plus complexes d’un monde en perpétuelle mutation. https://www.learningplanetinstitute.org/fr

[3] Desclaux, B. (2020). Orientation scolaire : les procédures mises en examen. Quel débat dans une société démocratique ? L’Harmattan.

[4] Fabien Beltrame. (1 mars 2019). Développer la capacité à s’orienter. https://epale.ec.europa.eu/fr/blog/developper-la-capacite-sorienter   

Be Sociable, Share!

Tags: ,

This entry was posted on dimanche, juillet 17th, 2022 at 14:45 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

One Response to “Un référentiel pour l’orientation”

  1. Jean Le Duff Says:

    Il semble qu’ici effectivement le processus d’Orientation soit placé sous une éclairage éducatif. Il y a plusieurs décennies déjà la question se posait de décider s’il fallait que les décisions d’Orientation relèvent d’un recours à un expert donnant conseil où s’il n’était pas plus cohérent que la décision relève des échanges d’un groupe tenant conseil dont la personne concernée, jeune ou adulte, serait le sujet central. Dans ce cadre il est évident qu’on ne peut pas généralement décider à l’avance du moment où doit s’imposer une prise de décision. Il serait d’ailleurs préférable de poser le problème en terme de « suite » de décisions impliquant des cheminements divers, des conduites de détour en fonction de l’offre institutionnelle et des opportunités. Que de temps perdu entre l’époque d’émergence de cette conception de l’Orientation et l’époque où l’on se préoccuperait de l’institutionnaliser.

Leave a Reply