Daniel Bloch, visionnaire aveugle

Daniel Bloch, depuis la fin mai 2024 a publié six billets sur le Café pédagogique à propos de l’enseignement professionnel court. Le père du bac professionnel est bien placé pour mener cette réflexion. Il est nécessaire à ses yeux de revaloriser la formation professionnelle. Mais comment ?

L’analyse des programmes des partis

Ce dernier billet[1] propose une analyse des programmes proposés par les partis en présence aux législatives concernant l’enseignement et en particulier de l’enseignement professionnel. Une analyse précieuse en ces temps que je vous recommande de lire. Sans surprise, le programme du RN est le plus régressif et renforce la ségrégation et l’autorité du jugement scolaire :

« Pour redonner au collège une place centrale dans la réussite des élèves, le diplôme national du brevet deviendra donc un examen d’orientation post-3e : en fonction des résultats de l’élève et de ses bulletins scolaires, celui-ci sera orienté vers l’enseignement général et technologique, vers l’enseignement professionnel ou vers l’enseignement des métiers par l’apprentissage. Et, comme c’est le cas dans les pays ayant les meilleurs résultats éducatifs, à l’image de la Suisse, des voies spécifiques permettant de réintégrer les élèves en ayant montré les capacités au cours de leur formation professionnelle ».

On voit bien  le choix le choix qui est fait entre le jugement sur les personnes et le développement des personnes. Autorité quand tu nous tient !

Mais comment briser cette hiérarchie ?

Pour revaloriser la formation professionnelle, Daniel Bloch explore ce qui a été fait ou raté dans l’organisation de la poursuite d’étude après les formations professionnelles et technologiques dans les différents billets publiés. Une exploration passionnante qui se termine par un sixième billet qui invite à « briser la hiérarchie entre les voies générale, technologique et professionnelle ».  C’est « Un appel salutaire » comme le présente le Café pédagogique.

Mais comment briser cette hiérarchie ? En s’intéressant seulement à l’organisation du parcours aval à ces formations ? En développant les parcours possibles de poursuites de formation on revaloriserait les formations d’entrée dans ces parcours. Mais cela suppose que ces formations sont choisies rationnellement par les entrants. En partie, peut-être, et le rapport à l’enseignement professionnel est sans doute très différents selon les lieux et les milieux où l’on se trouve. Mais fondamentalement, il faut rappeler que l’entrée en formations professionnelles scolarisées est organisée par nos procédures d’orientation et d’affectation dans lesquelles le jugement sur les aptitudes scolaires (la réussite dans les matières générales) est fondamentale par rapport au projet de l’élève. L’orientation vers la voie professionnelle gérée par nos procédures suppose un jugement négatif, un jugement d’incapacité à poursuivre vers des études générales. La hiérarchie de ces formations est construites par le jugement en amont qui y mène et pas seulement par les parcours possibles à leur issue.

Autrement dit on ne peut briser cette hiérarchie des formations sans oser toucher à nos procédures d’orientation. Pourquoi ne pas le dire clairement ? Ces procédures ferait-elles parties d’un système évident, normal, constitutif d’un système scolaire ? Une sorte d’impensé, le point aveugle ! Le jugement scolaire basé sur la réussite et le soi-disant mérite scolaires n’est pas la seule manière de gérer la circulation dans celui-ci.

Pour explorer la question des procédures d’orientation

De très nombreux articles sur ce blog que je ne peux lister. Explorer !

Trois publications :

Bernard Desclaux, Orientation scolaire : les procédures d’orientation. Mises en examen. Quel débat dans une société démocratique ? Préface de Claude Lelièvre, Collection : Orientation à tout âge, L’Harmattan. 2020.

 

Bernard Desclaux, Jean-Marie Quairel. (24 janvier 2023) « Supprimer les procédures d’orientation au collège pour faire respirer le système éducatif » https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/01/24/supprimer-les-procedures-d-orientation-au-college-pour-faire-respirer-le-systeme-educatif_6159034_3224.html

 

Bernard Desclaux, Nos procédures d’orientation. L’alimentation des lycées professionnels. (28 avril 2024), intervention Séminaire CICUR du 28 février 2024, consacré au lycée professionnel (LP). https://www.youtube.com/watch?v=m3_Bi5EwxlA&list=PLRyzYElIdYQhtEuULR20GrWbFbQ2hjk5z&index=3

 

Bernard Desclaux

[1] Daniel Bloch. Revisiter l’enseignement professionnel supérieur court https://www.cafepedagogique.net/2024/07/02/revisiter-lenseignement-professionnel-superieur-court-6

This entry was posted on mardi, juillet 2nd, 2024 at 13:15 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

2 Responses to “Daniel Bloch, visionnaire aveugle”

  1. Bernard Desclaux Says:

    La situation politique dans laquelle nous sommes n’est pas étrangère à ce que j’indique. Avec la longue scolarisation dans notre système éducatif, et tel qu’il est organisé, notre jeunesse est exposée de plus en plus longtemps au jugement scolaire. Ce jugement est structurant pour la personnalité en construction. Il laisse des traces qui organisent la manière de chacun de penser le social, le rapport à l’autre, et les catégories. Le ressentiment et la revanche sont des moteurs puissants et terribles.

  2. Desclaux Says:

    L’aveuglement des autres par l’évidence de sa valeur et de sa réussite, est tout aussi terrible.

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