Parmi les nouveautés de cette rentrée, il y a la prépa seconde. Destinée aux élèves volontaires qui ont été admis en seconde, mais n’ayant pas obtenu leur diplôme national du brevet (DNB), elle doit permettre de consolider leur passage en seconde à la rentrée 2025 au dire du ministère[1]. Malgré le peu d’informations, on peut s’interroger sur cet OVNI.
Aux origines
Les résultats de l’enquête PISA (organisée par l’OCDE) sont transmis aux états avant leur publication. « L’enquête 2022, dont les résultats ont été publiés mardi 5 décembre, confirme la baisse des performances de l’éducation nationale en mathématiques. Pour Le Monde, cette dégradation « sans précédent » du fait du Covid-19 est plus accentuée que dans la moyenne des autres pays. »[2] Pour le ministre, il s’agit de réagir très vite, le jour même de la publication des résultats de PISA avec des « mesures fortes » pour contrer par avance les critiques du ministère.
Et donc ce même jour, le 5 décembre 2023, Gabriel Attal, alors ministre de l’Éducation nationale, présente son « choc des savoirs » qui doit redresser la situation. Pour la mesure qui nous intéresse ici, la classe prépa seconde, il avait déclaré : « le brevet des collèges sera réformé pour renforcer son « exigence » et son obtention « conditionnera l’accès direct au lycée ». « Concrètement, l’élève qui échoue à ce brevet » ne redoublera pas pour refaire une année à l’identique, mais une année en « prépa lycée », et il avait précisé : « quand on échoue au brevet, cela signifie que l’on n’a pas le niveau pour rentrer au lycée. » Cette dernière formule est une pure invention, car jusqu’à présent aucun texte ne faisait un lien entre le brevet et la nature des études poursuivies[3].
La parole institutionnelle
Après la parole ministérielle, il y a la mise en musique par décret et arrêté.
L’article 1 du Décret[4] n° 2024-229 du 16 mars 2024 précise que pour l’année scolaire 2024-25 « Cette classe préparatoire à la classe de seconde est accessible aux élèves admis dans une classe du cycle de détermination des voies générale et technologique ou de seconde professionnelle n’ayant pas obtenu le diplôme national du brevet l’année scolaire précédente et qui sont intéressés par ce dispositif.
À l’issue de la classe préparatoire à la classe de seconde, les élèves poursuivent en 2025-2026 leur scolarité dans la formation et l’établissement dans lesquels ils avaient initialement été admis, sous réserve d’une éventuelle modification de l’offre de formation. »
L’article 1 de l’Arrêté[5] du 16 mars 2024 relatif à l’organisation et aux volumes horaires de la classe préparatoire à la classe de seconde précise : « La classe préparatoire à la classe de seconde prévue par le décret n° 2024-229du 16 mars 2024 susvisé, d’une durée d’une année scolaire non renouvelable, a pour objectif de consolider les acquis du cycle des approfondissements (cycle 4). Elle vise en particulier les attendus du socle commun de connaissances, de compétences et de culture. Cette classe a également pour objectif de confirmer l’orientation des élèves et de les préparer à la poursuite de leur scolarité dans une classe de seconde sous statut scolaire, en prenant appui sur les contenus de formation délivrés en classe de seconde générale et technologique ou professionnelle, afin de favoriser leur réussite à l’examen du baccalauréat. »
Sur le plan des procédures d’orientation, il y a en fait suspension durant un an de la décision d’orientation de passage dans une des classes de seconde (professionnelle ou GT), car cette mesure ne concerne pas les élèves ayant un passage vers la classe de CAP. Et il n’y a donc pas de procédures d’orientation à la fin de cette classe de prépa seconde. Et pour rentrer dans cette classe, il y a trois conditions nécessaires : décision d’orientation dans une des secondes, ne pas avoir obtenu le DNB, et être volontaire.
Dès lors une question se pose, en tout cas se posait en juillet 2024 : que faire avec les élèves qui réunissaient les deux premières conditions seulement ? Les obliger au maintien ? Ou les affecter en seconde selon leur demande et leur droit ?
Aucune information sur cette situation.
À la rentrée, le réel
Cette mesure à la forte portée idéologique, et pleine de bon sens[6] est mise en œuvre à la rentrée de septembre 2024 par les recteurs. Le ministère annonce la création de ces classes dans 110 établissements[7], au minimum un par département.
La presse nationale semble silencieuse. Le Monde, par exemple, avait publié plusieurs articles après l’annonce, mais aucun depuis la rentrée. Par contre, la presse de province propose quelques articles à l’occasion de la rentrée, et l’on y fait quelques découvertes.
La première « surprise » concerne le nombre d’élèves concernés. Aucune des classes présentées dans ces articles n’est totalement remplie. À Vierzon[8], on déclare huit élèves ! À Metz[9], on parle de « Onze jeunes, peut-être bientôt quinze » et à Tour[10], c’est vingt élèves qui sont déclarés. Compte tenu des conditions on pouvait supposer que le nombre des élèves possibles serait très faible, alors que la formule de Gabriel Attal pouvait apparaître comme s’affrontant à une grave difficulté de notre système. Une formule bénéfique au plan politique, et finalement exigeant très peu de moyens.
La deuxième surprise concerne les caractéristiques des élèves. On peut y trouver des élèves qui ont le DNB, mais qui n’ont pu être affectés dans leurs vœux. Ainsi le proviseur de Vierzon affirme : « Ce sont des élèves qui n’ont pas eu le brevet. » Mais il rajoute : « Certains ont refusé l’orientation qu’on leur proposait, d’autres sont restés en liste supplémentaire et se retrouvaient donc sans accueil en cette rentrée. Ce dispositif devrait donc permettre de limiter le nombre de décrocheurs. Ils n’étaient pas très loin d’avoir le niveau. Plutôt que de redoubler la troisième, on veut donc les emmener vers le niveau seconde. » Pas clair, c’est le moins qu’on puisse dire.
Et troisième surprise, il semble que l’objectif ne soit pas très précis.
Pour certains, il s’agit de « préparer leur passage au lycée », mais à Metz, le proviseur du lycée Schuman indique : « Ces jeunes étaient admis pour intégrer une seconde générale, technologique ou professionnelle. Mais avant, ils ont choisi de bénéficier d’une année de sas pour « consolider les bases de 3e et réinterroger leur projet d’orientation ». Cela supposerait donc une modification possible, en juin 2025, de la décision d’orientation prise en juin 2024 ? Et bien oui, sur la page du ministère,[11] on trouve ceci : « Après une année non-renouvelable de classe prépa-seconde, les élèves poursuivent leur scolarité en classe de seconde dans la formation et l’établissement dans lequel ils avaient été admis en fin de troisième. Un changement d’orientation ou une nouvelle affectation peuvent être demandés sous réserve de l’avis du conseil de classe et des possibilités d’admission dans la nouvelle formation. » En passant, on a là une confusion entre procédures d’orientation et procédures d’affectation.
Ce qui nous amène à l’état de l’orientation et de son organisation aujourd’hui.
Aujourd’hui, comment se présente l’orientation fin de troisième ?
Deux décrets se sont télescopés, celui de Najat Vallaud-Belkacem en 2014 et celui de Jean-Michel Blanquer quatre ans après, en 2018. Le premier cherchait à réduire les redoublements et l’autre au contraire à le favoriser[12].
Le redoublement n’est plus une voie d’orientation depuis dix ans. Du coup, en fin de troisième, les demandes et les réponses des conseils de classe ne peuvent être qu’un passage en classe supérieure (1re année de CAP, seconde professionnelle, ou seconde GT). Le redoublement résulte d’une décision du chef d’établissement en fin d’année, suite à l’échec d’un PPRE. Un dispositif d’accompagnement du redoublement doit être mis en place. Si la famille n’obtient pas l’orientation désirée ou s’il n’y a pas d’affectation obtenue, le maintien de l’élève en classe de troisième est décidé, mais sans dispositif particulier.
On constate une baisse du redoublement. « Plusieurs milliers de recherches ont montré que le redoublement ralentit le développement des capacités cognitives (facilité à apprendre) et non cognitives (notamment l’estime de soi scolaire) des élèves. Tous les pays ont progressivement réduit, voire supprimé, le recours au redoublement. »[13] Et le tableau de la DEPP[14] récapitule ce mouvement de réduction observé en fin de troisième.
Un intérêt pédagogique néanmoins
Toujours sur la page du ministère, la présentation des enseignements attire l’attention. La caractéristique principale est l’absence de programme détaillé au sens habituel. Des objectifs sont assignés ainsi que des moyens, mais surtout, l’organisation est remise à la responsabilité de l’équipe éducative, un temps est dédié à la méthodologie de travail et à l’orientation. On a là, ce qui pourrait préfigurer une réforme de l’enseignement par la définition d’un curriculum et non pas d’un programme, tel que le réclame le CICUR[15].
Reste qu’il y a comme un flou. D’après la ministre démissionnaire Nicole Belloubet, de nouvelles modalités concernant l’obtention du brevet devraient être publiées, mais tout dépend de la constitution du gouvernement d’ici là. L’Étudiant[16] rapportant la conférence de rentrée indique : « En revanche, le brevet ne devrait pas conditionner le passage en classe de 2de, comme prévu dernièrement. « Cette nouvelle modalité d’évaluation n’est pas corrélée avec l’obtention du brevet pour aller au lycée. Le décret est aujourd’hui gelé », a-t-elle poursuivi. »
Les élèves de cette classe prépa seconde de cette année scolaire ne seront peut-être pas des cobayes. Au moins ils auront donc bénéficié d’une forme pédagogique qui leur sera sans doute profitable. Pas sûr que l’Éducation nationale, elle, en tire profit.
Bernard Desclaux
[1] https://www.education.gouv.fr/reussir-au-lycee/la-classe-prepa-seconde-pour-l-annee-scolaire-2024-2025-413922
[2] Le Monde, éditorial : Enquête PISA : stopper la dégradation du niveau des élèves. https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/12/05/enquete-pisa-stopper-la-degradation-du-niveau-des-eleves_6203997_3232.html
[3] Claude Lelièvre. Un choc des savoirs plus que choquant. https://cafepedagogique.net/2024/03/20/un-choc-des-savoirs-plus-que-choquant/
[4] https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000049286397/
[5] https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049286523
[6] La formule « quand on… » permet d‘installer une évidence. Gabriel Attal, devenu Premier ministre, la réutilise à une autre occasion : « quand on casse on répare, quand on salit on nettoie, etc. »
[7] Lycées préfigurateurs des classes préparatoires à la classe de seconde. https://data.education.gouv.fr/explore/dataset/lycees_prefigurateurs_prepa2nde/map/?basemap=jawg.streets&location=11,48.8602,2.33665
[8] Vierzon : huit élèves pour l’instant en » Prépa Seconde » – France Bleu. https://www.francebleu.fr/infos/education/vierzon-huit-eleves-pour-l-instant-en-prepa-seconde-2484147
[9] Metz : une classe prépa-seconde unique en Moselle vient d’ouvrir au lycée Schuman. https://lequotidien.lu/grande-region/metz-une-classe-prepa-seconde-unique-en-moselle-vient-douvrir-au-lycee-schuman/
[10] À Tours, la classe prépa-seconde comme tremplin. https://www.lanouvellerepublique.fr/tours/a-tours-la-classe-prepa-seconde-comme-tremplin
[11] https://www.education.gouv.fr/reussir-au-lycee/la-classe-prepa-seconde-pour-l-annee-scolaire-2024-2025-413922
[12] Bernard Desclaux. (29 août 2023). Les Nouvelles procédures d’orientation ont cinquante ans (X) L’effacement du redoublement. https://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2023/08/28/les-nouvelles-procedures-dorientation-ont-cinquante-ans-x-leffacement-du-redoublement/
[13] Pierre Merle https://shs.cairn.info/parlons-ecole-en-30-questions–9782111455894-page-34?lang=fr extrait de Pierre Merle, (2021). Parlons école en 30 questions. La Documentation française.
[14] Claudine Pirus, Le déroulement de la procédure d’orientation en fin de troisième reste marqué par de fortes disparités scolaires et sociales. Note d’information, 13 novembre 2024. https://www.google.com/url?sa=t&source=web&rct=j&opi=89978449&url=https://www.education.gouv.fr/media/12386/download&ved=2ahUKEwjm7byNvMeIAxVocKQEHUw8DEsQFnoECCsQAQ&usg=AOvVaw3rS2_1h9ZajrIXxKGoHcX4
[15] Le Collectif d’interpellation du curriculum. https://curriculum.hypotheses.org/
[16] Clément Rocher, (29 août 2024). Groupes de besoin, nouveau brevet, stage de 2de : quelles sont les nouveautés de la rentrée 2024 ? https://www.letudiant.fr/college/groupes-de-besoin-nouveau-brevet-stage-de-2de-quelles-sont-les-nouveautes-de-la-rentree-2024.html