Après le socle commun de 2005, le Conseil Supérieur des Programmes (CSP) a procédé à sa refonte[1]. Nous proposons ici quelques remarques sous le prisme de l’orientation à l’issue d’une lecture du préambule de ce projet de ce socle de 2015.
Attention
Un nouveau projet vient d’être proposé par le CSP en avril 2024, et je m’étais lancé dans une lecture critique, mais en me trompant de document, il s’agissait du socle de 2015. Je remets donc à jour le texte qui suit, ainsi que le deuxième volet, comme une lecture-critique explicite de ce projet de socle de 2015
La finalité du socle
Le Préambule au projet de socle commun de connaissances, de compétences et de culture[2] , il faut le noter, est très court, une seule page. Avec, en ouverture, le rappel de l’article 3 de la loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République du 8 juillet 2013 qui définit la finalité du socle : « La scolarité obligatoire doit garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l’acquisition d’un socle commun de connaissances, de compétences et de culture, auquel contribue l’ensemble des enseignements dispensés au cours de la scolarité. Le socle doit permettre la poursuite d’études, la construction d’un avenir personnel et professionnel et préparer à l’exercice de la citoyenneté ».
Le socle est ainsi présenté par le Conseil Supérieur des Programmes comme le fondement de la scolarité, et c’est par cette thématique que le Projet de socle commun de connaissances, de compétences et de culture[3] s’ouvre. La scolarité « donne aux élèves la culture commune, fondée sur les connaissances et compétences indispensables, qui leur permettra de s’épanouir personnellement, de développer leur sociabilité, de réussir la suite de leur parcours scolaire quelle que soit la voie choisie (générale, technologique, professionnelle), de s’insérer dans la société où ils vivront et de participer, comme citoyens, à son évolution. » (p 2) Et un peu plus loin, la Présentation générale se termine par cette forte affirmation : « Par la loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République du 8 juillet 2013, la République s’engage afin de permettre à tous les élèves de maîtriser la culture commune portée par le socle. Il s’agit de contribuer au succès d’une école de la réussite pour tous, qui refuse exclusions et discriminations et qui permet à chacun de développer tout son potentiel par la meilleure éducation possible. » (p 3)
La réussite de tous et l’acquisition d’une culture commune sont donc parfaitement affichées.
L’acquisition commune et la réussite de tous
Mine de rien, cette présentation du socle, comme fondement de la scolarité obligatoire, est une révolution. Le discours de la méritocratie qui suppose un objectif de distinction, de séparation de la population scolaire, semble donc bien oublié.
Mais s’il y a une volonté de faire acquérir une culture commune, l’idée d’uniformisation est rejetée. En effet cette culture commune doit permettre la réussite individuelle, particulière de chacun. On est donc dans une « réussitocratie » et non plus dans une méritocratie.
Si la réussite de tous est visée, il faut également assurer la différenciation sociale. On le voit avec le rappel des différents parcours post-collège (les formations générale, technologique, professionnelle).
Comment le CSP envisage-t-il le passage de la réussite de tous à la répartition dans les différents parcours de formation, ce que l’on peut appeler l’orientation scolaire ? Un simple verbe résout le problème : choisir ! Les élèves ayant acquis cette culture commune vont « réussir la suite de leur parcours scolaire quelle que soit la voie choisie (générale, technologique, professionnelle) ».
L’orientation, ignorée ou supprimée ?
Dans notre système scolaire actuel, la circulation des élèves est soumise à des procédures dites d’orientation et d’affectation, et en particulier à l’issue du collège, moment particulier puisqu’il est considéré comme la fin de la scolarité obligatoire. Dans nos procédures, il y a bien en effet l’expression d’un choix, non pas de l’élève, il est mineur, mais de ses parents. Mais ce choix ne suffit pas pour se réaliser. Il doit recevoir une acceptation, la proposition du conseil de classe que les parents sont en droit d’accepter ou de refuser. Ne rentrons pas dans les détails de notre belle procédure, mais retenons que choisir ne suffit pas il faut être accepté.
Pourtant, cette hégémonie du choix est largement évoquée à tort, comme nous le rappelons régulièrement sur ce blog,[4] alors que la circulation dans notre système scolaire n’est pas libre, mais autorisée.
Il faut donc s’interroger sur la position du CSP. Affirmer le choix du parcours de l’élève est-il un simple accord avec le discours ambiant, y compris au sein même du ministère ? Ou est-ce l’annonce, enfin, de la suppression des procédures d’orientation fin de troisième ? Un pas avait été fait à la suite de la loi de 2013, avec l’expérimentation de l’orientation dite « à la main des parents » qui s’était dissoute avec le ministère Blanquer[5] qui avait de fait renforcé le pouvoir institutionnel, notamment du chef d’établissement en la matière[6].
La poursuite de la lecture du Projet de socle pourra peut-être résoudre cette interrogation : l’orientation sera-t-elle choisie ou toujours soumise à l’autorisation dans cette conception du socle par le CSP ?
Bernard Desclaux
[1] https://www.lfbogota.com/wp-content/uploads/2021/05/Nouveau_socle_commun_de_connaissances_de_competences_et_de_culture1.pdf
[2] https://www.education.gouv.fr/media/22235/download
[3] https://www.education.gouv.fr/media/22238/download
[4] Desclaux, B. La sémantique inversée de l’orientation. https://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2025/03/26/la-semantique-inversee-de-lorientation/ et Desclaux, B. Une présentation édulcorée de l’orientation. https://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2025/04/11/une-presentation-edulcoree-de-lorientation/
[5] Voir par exemple : Desclaux, B. L’orientation à la main des parents, une si bonne idée ? https://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2013/11/22/lorientation-a-la-main-des-parents-une-si-bonne-idee/
[6] Voir en particulier : Bernard Desclaux, Orientation scolaire : les procédures d’orientation. Mises en examen. Quel débat dans une société démocratique ? Préface de Claude Lelièvre, Collection : Orientation à tout âge, L’Harmattan. 2020.