Jacques Vauloup vient de publier un commentaire critique[1] de mon récent article sur l’histoire des CIO[2], dans lequel il développe « cinq scolies » stimulantes. Cette réaction d’un expert chevronné révèle un malentendu fondamental entre l’analyse des utilités institutionnelles et celle des usages réels, distinction essentielle pour comprendre l’avenir des CIO.
Le débat soulevé par Jacques Vauloup : cinq critiques majeures
Jacques Vauloup, fort de ses quarante années d’expérience dans les services d’orientation dont trente ans comme inspecteur chargé d’information et d’orientation (IEN-IO), formule cinq critiques principales de mon analyse. Sa première « scolie » interroge la notion même d’utilité, soulignant que « près d’une trentaine de rapports en trente ans » ont ausculté les CIO sans aboutir à leur suppression. Sa deuxième critique porte sur ma typologie des utilités, qu’il juge incomplète car ignorant les « utilités privées » – celles que reconnaissent spontanément les usagers.
Ses trois autres critiques touchent des points plus sensibles. Il regrette l’absence du « peuple des CIO » dans mon analyse, déplorant que « nulle part les histoires de vie des personnes reçues au CIO ne sont présentées et analysées ». Il conteste ensuite ma présentation des relations entre directeurs de CIO (DCIO) et psychologues de l’Éducation nationale (PsyEn), y voyant « une justification du rôle des directeurs corrélativement à une mise en cause des psychologues ». Enfin, il m’accuse de résignation face au « quasi-marché de l’orientation », estimant que je sous-estime les potentialités de renouveau des CIO.
Ces critiques appellent clarification, car elles révèlent une confusion conceptuelle fondamentale entre deux niveaux d’analyse distincts.
Utilité versus usage : la distinction conceptuelle fondamentale
Le malentendu central porte sur la distinction entre utilité et usage, que Jacques semble confondre. L’utilité, telle que je l’entends dans mon article, désigne les missions officiellement assignées à un organisme par les textes réglementaires et les politiques publiques. L’usage renvoie aux pratiques effectives, aux appropriations réelles par les acteurs de terrain.
Cette distinction n’est pas qu’académique. Analyser la disparition progressive des utilités publiques attribuées aux CIO depuis 1922 ne revient nullement à nier les usages que continuent d’en faire les personnels et les publics. Quand je montre que l’avis d’orientation professionnelle (1922-1987) ou l’organisation des « foires aux dossiers » (années 1960-1980) ont disparu, je décris l’évolution des commandes institutionnelles, pas l’inutilité des CIO.
Jacques a raison de souligner l’importance de la fréquentation effective des CIO par les élèves et leurs familles. Mais cette réalité d’usage ne contredit pas mon analyse des utilités officielles. Elle la complète. Les parents qui viennent chercher conseil pour Parcoursup utilisent le CIO, mais cette activité ne correspond plus à une utilité publique clairement définie par l’État depuis que la plateforme « incorpore de plus en plus l’information et le conseil » (Desclaux, 2025).
La confusion entre ces deux niveaux explique pourquoi Jacques peut à la fois reconnaître la justesse de mes constats historiques et contester mes conclusions. Il observe les usages là où j’analyse les utilités.
L’absence du « peuple des CIO » : une critique justifiée
Jacques a entièrement raison de déplorer l’absence d’une ethnographie des CIO dans mon article. Cette lacune est assumée mais regrettable. Mon choix méthodologique de centrer l’analyse sur l’organisme CIO plutôt que sur ses publics répond à un objectif précis : comprendre pourquoi l’État peine à définir de nouvelles utilités publiques pour cette structure. Mais Jacques pointe une limite réelle : comment légitimer un service public sans documenter les besoins qu’il satisfait réellement ?
Son appel à une « ethnographie du CIO, de ses publics, de ses subjectivités » est d’autant plus pertinent que cette absence fragilise la défense de l’institution. Comment argumenter face aux rapports qui préconisent régulièrement sa disparition sans disposer d’une sociologie fine de ses usages ? L’anecdote qu’il rapporte – « un apprenti lad-jockey harassé de fatigue, un lundi matin, dans le cadre de la délivrance par le CIO de l’avis circonstancié d’orientation » – illustre parfaitement ce qui manque à mon analyse institutionnelle.
Cette critique révèle aussi une tension plus profonde. Si les usages des CIO demeurent mal documentés, c’est peut-être parce que leurs utilités officielles sont devenues floues. L’État qui ne sait plus très bien à quoi servent les CIO ne finance guère les études sur leurs publics.
DCIO et PsyEn : des tensions structurelles, pas individuelles
Jacques conteste vigoureusement ma présentation des relations entre directeurs de CIO et psychologues de l’Éducation nationale. Il y voit une « justification du rôle des directeurs corrélativement à une mise en cause des psychologues » et témoigne avoir « rencontré autant de PsyEn que de DCIO impliqués, engagés ».
Ce malentendu appelle clarification. Mon propos n’était ni normatif ni évaluatif sur les qualités professionnelles respectives de ces acteurs. Il décrivait une tension structurelle résultant de l’organisation même du système d’orientation, caractérisé par « l’absence de lien hiérarchique entre les niveaux »[3].
Quand j’indique que « les PsyEn étant sollicités de plus en plus en dehors du CIO », je constate un fait organisationnel, pas un défaut professionnel. Cette évolution résulte des transformations du système (développement de Pronote, autonomie des établissements, plateformes numériques) qui modifient la répartition des activités entre le CIO et les établissements.
Jacques souligne justement que « là où les DSDEN et les IEN-IO ont fait le job, là les services d’orientation ont été assurés ». Précisément ! Cela confirme que les tensions que je décris ne relèvent pas des qualités individuelles mais de la qualité du pilotage institutionnel. L’absence d’organisation hiérarchique claire entre les différents niveaux (que j’emprunte à l’analyse de Berthet) explique ces difficultés.
La suppression du grade de DCIO lors de la création du statut unique des PsyEn illustre parfaitement cette logique : l’État transforme les statuts sans réorganiser les structures, créant de facto les tensions que je décris.
L’avenir des CIO : optimisme versus réalisme institutionnel
Jacques me reproche de « passer bien vite » sur les enjeux de bien-être et de santé mentale et d’être « résigné à laisser le champ libre au quasi-marché de l’orientation ». Il prône une « véritable palingénésie des services adossée à une clinique psychologique ».
Cette divergence révèle deux conceptions différentes de l’analyse des politiques publiques. Jacques mise sur les potentialités professionnelles des PsyEn pour redonner sens aux CIO. Je m’interroge sur la volonté politique de l’État de maintenir cette structure.
L’enjeu du bien-être et de la santé mentale des jeunes est effectivement crucial. Mais suffit-il à justifier le maintien des CIO dans leur forme actuelle ? Le récent rapport de l’IGÉSR sur les PsyEn évoque la création d’un « nouveau service » rassemblant différents acteurs[4]. Cette perspective suggère plutôt une recomposition qu’un renforcement du modèle CIO traditionnel.
Mon interrogation sur l’« écologie de l’orientation » ne traduit pas une résignation mais un constat : l’État développe simultanément un quasi-marché de l’orientation (plateformes privées financées par les PIA, cabinets de conseil) et maintient des structures publiques aux utilités floues. Cette contradiction mérite analyse plutôt qu’optimisme volontariste.
Jacques a néanmoins raison sur un point essentiel : mon article se contente de décrire la disparition des utilités sans explorer suffisamment les possibilités de renouveau. C’est une limite assumée d’une approche délibérément historique, mais qui mériterait prolongement prospectif.
Vers un débat nécessaire sur l’avenir de l’orientation publique
Cet échange avec Jacques Vauloup illustre la richesse et la complexité des débats sur l’avenir des services publics d’orientation. Nos désaccords ne portent finalement pas sur les constats – nous partageons largement le diagnostic sur les transformations du système – mais sur les conclusions à en tirer.
Ma lecture institutionnelle des utilités officielles et son approche centrée sur les usages réels sont complémentaires plutôt qu’antagonistes. L’avenir des CIO nécessite probablement de réconcilier ces deux niveaux : redéfinir des utilités publiques claires qui correspondent aux usages légitimes que continuent d’en faire les publics.
Le défi n’est peut-être pas de choisir entre optimisme et réalisme, mais de construire les conditions d’un renouveau institutionnel qui s’appuie sur les forces professionnelles existantes tout en répondant aux transformations contemporaines de l’orientation.
Ce débat dépasse largement nos personnes. Il engage l’avenir du service public d’orientation dans un contexte de recomposition profonde des politiques éducatives. Les CIO survivront-ils sous leur forme actuelle ? Seront-ils transformés ? Remplacés ? La question reste ouverte, et c’est précisément pourquoi elle mérite d’être débattue sans complaisance.
N’hésitez pas à commenter et à poursuivre cette réflexion collective !
Bernard Desclaux
[1] Vauloup, J. (2025, 9 août). Utilité ou superfluité du CIO ? (CIO 98). http://propos.orientes.free.fr/dotclear/index.php?post/2025/07/03/Sur-l-article-Desclaux
[2] Desclaux, B. (2025). Les Centres d’information et d’orientation (CIO) : histoire et disparition progressive de leurs utilités. Éducation et socialisation, 76. https://doi.org/10.4000/148n3
[3] Berthet, T. (2021). Administré, mais pas régulé : Le système d’orientation scolaire français au prisme d’une analyse politique. Dans V. Cohen-Scali (dir.), Psychologie de l’orientation tout au long de la vie : Défis contemporains et nouvelles perspectives (pp. 155-169). Dunod. https://doi.org/10.3917/dunod.cohen.2021.01.0155
[4] Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche. (2024, mars). Les psychologues de l’éducation nationale de la spécialité « éducation, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle ». Ministère de l’Éducation nationale. https://www.education.gouv.fr/media/194106/download
Billet personnel :
Bien loin de la légitimité et des compétences de mes deux illustres collègues à produire des analyses étayées, je me permets quand même d’intervenir dans cette controverse, ayant pour ma part, cultivé au fil des années un regard un peu décalé et personnel sur l’ensemble des questions soulevée ici.
Ma première réflexion visera à souligner un aspect bien plus « grave » me semble-t-il, que la simple utilité des CIO et j’entends bien la précision apportée par Bernard concernant les missions officiellement attribuée à un organisme.
De ce point de vue, plus encore qu’une interrogation sur l’existence de tel ou tel organisme, c’est bien l’éducation dans son ensemble dont l’utilité est aujourd’hui interrogée. Le marasme politique dans lequel nous sommes plongés ne fournit d’ailleurs aucune piste sérieuse pour répondre à cette question. Hormis le traitement occasionnel de questions sur la laïcité, la prévention de la violence ou du harcèlement, c’est l’institution dans son ensemble qui semble avoir perdu le fil d’un projet quelconque pour la nation. L’époque est à « l’utilitarisme » plutôt qu’au questionnement des « utilités ». Parfois, il ne s’agit même plus « d’usage » des questions éducatives mais d’instrumentalisation par les uns et les autres d’un bout à l’autre de l’échiquier politique. A peine sait-on encore définir ce que serait la « réussite éducative » devenue objet de slogans, reléguant tous les débats d’ordre pédagogique, sociologique ou politique, au sens d’un « projet pour la nation », au rang de séquelles superflues du 20ème siècle.
Les constats PISA n’entraînent plus qu’un alignement de recettes diversement réchauffées qui attendent la fantaisie plus ou moins persistante d’un ministre pour être appliquées.
La massification du système éducatif suivie de l’ambition des 80% d’élèves au niveau du baccalauréat fussent-elles des conceptions contestables, entrainaient une recherche riche à tous les niveaux à laquelle s’attelaient les Bourdieu, Establet, Meirieu, Antibi, van Zanten Dubet et pourquoi pas les Dehaene, Montessori, Freinet…J’en oublie bien entendu.
Les projets pour la nation bousculés depuis les années 70 par la question du chômage avait également obligé à étendre la réflexion au champ de l’insertion des jeunes.
J’analyse pour ma part l’introduction des missions locales comme le pendant « insertion » des politiques de l’éducation nationale. Bertrand Schwartz venait boucler la perspective assignée par la nation en matière de prise en charge de « ses jeunesses ».
Le projet global peut être analysé après coup comme la volonté de « ne laisser personne au bord du chemin » et d’utiliser un ensemble de leviers éducatifs pour préparer la société du 21ème siècle dont on pressent les complexités à venir. Je ne suis pas naïf pour autant sur les motivations libérales qui sous-tendaient ces politiques.
Néanmoins, Ce projet maniait une conception holistique, associant les différentes dimensions sociales du point de vue sociologique, économique, politique, pédagogique et enfin psychologique. Combattre l’ignorance et la marginalisation par tous les moyens s’accompagnait d’une lecture qui n’évitait pas les polémiques sur les gagnants du système et la remise en cause des privilèges des « héritiers », des détenteurs du « capital culturel ».
L’Utilité fonctionnelle du système éducatif s’est organisée pendant longtemps autour de ces questions, à la satisfaction plus ou moins importante de ses acteurs et de ses bénéficiaires, qui n’évitait aucun combat idéologique des représentants de la « réaction » ou de ceux d’un progressisme en avance sur son temps.
De notre angle de considération, les CIO se sont frayé un chemin dans cette histoire mouvementée et s’il est toujours plus facile de discerner l’usage que faisait le grand public des services proposés, il reste très difficile de percevoir comment l’organisme trouvait son sens dans le projet Holistique de la nation. D’autant qu’en interne des services, une contestation de l’instrumentalisation à des fins politiques des compétences des agents devait faire florès.
A mon avis, cette contestation s’est vite cristallisée autour des tenants d’une approche assez strictement individuelle des fondements de l’accompagnement en orientation. Je me rappelle d’un collègue DCIO dans les années 80 qui portait l’idéal d’un organisme type CMPP comme un modèle d’organisation pour les CIO. Je trouvais « frappant » et pour tout dire « orthogonal au « projet de la nation » cette volonté d’abandonner toute conception sociétale de l’orientation au profit d’une réduction aux simples décisions, recentrées sur la structuration psychologique individuelle.
Quarante ans plus tard, tout se passe comme si les évolutions très bien décrites par Bernard Desclaux étaient venues vider l’organisme CIO de toute possibilité vitale puisqu’il ne se rattache plus à aucune politique nationale. Je partage assez ce constat et je considère que les dernières tentatives de le raccrocher à un sens global ne se sont exprimés que dans des initiatives Européenne (« stratégie de Lisbonne » https://strategie.archives-spm.fr/cas/system/files/lisbonne_3_mise_de_jeu_finale_2.pdf).
Il ne semble pas, c’est peu de le dire, que cette stratégie Européenne ait connu un mariage harmonieux avec les volontés de souverainisme à la Française. Des deux côtés de l’échiquier politique, nul ne souhaite porter de telles visions et l’approche centrale du « En même temps » qui se voulait en phase avec ces perspectives Européennes socio-démocrates, s’est largement fracassée sur ses tendances « droitières » pendant qu’en Europe ou dans le monde un vent mauvais populiste empêche, à ce stade, toute vision progressiste.
Je ne perçois absolument pas aujourd’hui de projet global pour le système éducatif qui puisse définir une utilité de la formation du citoyen. On n’en est même plus à adosser la formation aux besoins économiques puisque l’insistance sur les pénuries de main d’œuvre a peu à peu remplacé le discours sur un chômage endémique menaçant les équilibres du pays.
Dans le contexte politique, personne par ailleurs ne semble assumer les questions posées par l’intelligence artificielle ou n’est capable de théoriser les implications de la transition écologique au niveau éducatif.
Comme par ailleurs, dans les services d’orientation Français, les conceptions de Jean Guichard sur le « life designing » sont bien loin d’avoir convaincu l’ensemble de la profession, on ne voit pas bien comment l’accompagnement à l’orientation pourrait se redéfinir dans cette époque aux questions abyssales.
Reste l’individu ! C’est un paradoxe tout de même, que l’abondance des questions collectives finisse par se résoudre par ce qui m’apparait comme un comble d’une approche des « pensées de droite ».
L’individu comme sa propre réponse, ultime !
Pour moi c’est à ce niveau que l’on retrouve la notion d’usage et d’usagers. Si l’on définit un organisme par le simple service qu’il rend à ses usagers, toute structure disposant de professionnels compétents n’a aucune raison de déplaire ou de poser problème. Le service individuel rendu par des psychologues à son public ne nécessite guère plus qu’une gestion des ressources humaines et ne s’inscrit que dans un projet d’efficacité sans besoin superflu d’un projet institutionnel.
Il faut bien constater avec Jacques Vauloup que « les objectifs de bien-être et de santé mentale de la jeunesse justifient qu’on en fasse aujourd’hui l’axe majeur des services d’orientation. »
Mais s’agit-il alors bien de services d’orientation ?
Cela ressemble plutôt furieusement à la conception de mon collègue des années 80 (voir ci-dessus) et le projet institutionnel de l’éducation pourrait alors se résumer à la volonté que tous nos enfants se « portent bien », (même…) les porteurs de différences diverses. Je comprends alors parfaitement que la notion d’orientation soit amenée à disparaître du vocabulaire au profit d’un « ici et maintenant » qui n’a pas besoin de projection temporelle ni spatiale. Être bien là où l’on est, c’est peut-être cela le projet écologique ? Ou pas ?
Lors de mes dernières années de pratique de DCIO, j’ai bien dû constater et encourager la mise en place des usages possibles du CIO ; Les nécessités de travailler à l’inclusion, de satisfaire aux cellules psychologiques de prise en charge des évènements traumatiques, à l’organisation du travail des Psyen centré sur le bien être des élèves en établissement.
Quant à l’utilité institutionnelle et au pilotage des services, je n’en ai vu aucune trace disons, sur mes dix dernières années avant la retraite (2022).
Bernard et Jacques se centrent bien naturellement sur l’avenir des CIO mais comme à mon habitude, je souhaiterai plutôt poser la question de l’avenir de « l’orientation ». Cette entité qui reste indéfinie semble-t-il et dont certains font une sous-question de la psychologie tellement mineure. A l’inverse j’en fais la question majeure et je replace la psychologie, la sociologie, l’économie au rang d’outils d’analyse.
Cette entité qui reste à mon sens à définir, n’a sans doute aucun sens en dehors d’une approche institutionnelle. Le « milieu écologique » dans lequel baigne tout individu nécessite une gestion collective et donc un projet politique à la hauteur de ces gestions collectives. On peut tout à fait définir sur un plan local [bassin de vie – les anglo-saxons appellent ça « communities» qu’on ne pourrait traduire dans ses équivalents français que par « communalité » pour étendre la conception communale à la Française.] les opérations diverses et variées qui permettent aux individus d’élaborer un sens à leur vie, et organiser les initiatives nationales et internationales nécessaires à ne pas se contenter du local.
L’utilité publique d’un CIO, clairement positionné sur les questions d’orientation, peut tout à fait se jouer à ce niveau et j’ai toujours considéré qu’un pilotage clair, nécessitait la reconnaissance hiérarchique d’un responsable local de ces opérations : DCIO bien sûr ! Représentant de l’état sur son territoire, Il s’agirait bien de concevoir l’organisme qu’il dirigerait, comme ayant la capacité de conduire des politiques publiques en matière d’orientation. J’ai développé par ailleurs avec des collègues la question des ressources humaines qui devraient inclure de multiples compétences en dehors des psychologues. Je sais bien que le centralisme à la Française supporte mal que l’autorité se dilue mais la transition écologique nécessite que la question du « sens » soit centrale et donc locale. Par ailleurs, le rôle des DSDEN, des rectorats mais également des établissements scolaires sur ce champ de l’orientation, devrait se recomposer en fonction de ces nouvelles compétences développées sur le bassin de vie. J’entends déjà les cris d’orfraies des tenants du Jacobinisme à la Française. Les auditions dans le cadre de l’affaire Betharam notamment des IG, montrent à quel point à mon avis, l’organisation de l’Education Nationale a un mal terrible à reconsidérer son centralisme.
Nous avons besoin de retrouver une politique de l’éducation, soucieuse d’économie, de sociologie, d’organisation, de pédagogie et de psychologie. Le défi « écologique » est de produire dans ces domaines, une analyse locale redonnant aux acteurs une capacité d’intervention.
Notre million de fonctionnaire dépendant du ministère est totalement orthogonal aux évolutions de l’époque. Une décentralisation réelle du système éducatif finira-t-il par s’imposer ? C’est à ce seul prix que l’orientation peut encore avoir du sens.
L’avenir des CIO n’existe pas à mon sens en dehors de ces considérations.
Tout d’abord, merci Bob pour ce commentaire très détaillé et argumenté. Ma réponse sera plus courte. Tout d’abord, je te suis sur cette interrogation concernant le sens de l’ « Education » pour l’Education nationale. Il y a comme un épuisement à son projet politique. Ce qui a d’ailleurs sans doute un effet sur les problèmes de recrutement. Une des motivations à y rentrer était souvent de rendre ce qu’elle avait apportée. Et si elle n’apporte plus grand-chose…
Si le sens de l’orientation pourrait être retrouvé au niveau local, alors je m’interroge sur ton idée d’un DCIO représentant de l’Etat. Si l’Etat ne sait plus… alors son représentant le saurait mieux ? Je vais me faire l’avocat du diable, je le sais, la question de l’orientation se trouve de plus en plus portée par les Régions, et à ce titre, il s’agit de l’orientation tout au long de la vie, qui pourrait enfin rassembler les deux orientations (scolaire et professionnelle) dans des optiques rassemblant les deux temporalités (que faire l’année prochaine, que faire de sa vie, si cette question peut encore se poser). Ce serait alors l’opportunité de (re)construire UNE profession, celle de l’orientation qui repose sur de multiples compétences (pas seulement psychologiques).
Merci encore Bob pour cette intervention dans le débat.
Une précision dur le DCIO représentant de l’état : Il s’agirait d’en faire statutairement l’équivalent d’un chef d’établissement, revendication non nouvelle de L’ANDCIO. Sauf à penser que l’état parviendrait dans une décentralisation débridée à « lacher » son pouvoir régalien au profit d’unités locales, on peut tout de même concevoir qu’elle définisse une 3autonomie » pour ses représentants sur le terrain.
En ce qui concerne les régions, les zones de frottement avec l’éducation nationale sont loin d’être réglées et par ailleurs les régions ont un mal de chien à acquérir une culture de l’orientation scolaire. Amon sens le DCIO(revitalisé en terme de métier) doit rester un personnel de l’éducation nationale, chargé justement des ponts culturels en matière d’orientation avec son bassin de vie.(entreprises, collectivités locales, association, citoyens…) Ni les DSDEN, ni les DRAIO n’ont une approche de terrain suffisante pour remplir ce rôle. J’ai bien compris que l’éducation se contente de redéfinir le rôle des établissements et des enseignants en matière d’orientation mais je prétends que cette solution n’est pas opérante. J’ai toujours cru et expérimenté l’action du CIO et du DCIO dans ce domaine. J’aurais rêvé de faire sauter les limites qui m’empêchaient d’aller assez loin dans le domaine et je continue de rêver aujourd’hui…
Décentraliser plus nettement encore l’action publique en matière d’école, d’éducation et d’orientation, « partir du plus près du terrain »… Je partage largement cette vision des « communs » ou des « communities ». Mon blog s’en fait l’écho régulièrement depuis 2010.
Le CIO version 1971 (il y a 54 ans), au statut juridique faible et au budget étique, est-il pour autant l’instance idoine pour revitaliser cette approche dans les questions d’éducation, d’enseignement, de conseil, de bien-être de la jeunesse et d’orientation scolaire et professionnelle ? Quel est son poids devant le réseau des établissements publics locaux d’enseignement (EPLE) ?
Si l’on s’en tient aux 25 dernières années, où voir le descriptif de ses actions spécifiques, singulières, qui en feraient sa légitimité inaliénable ? Sur quel site ? Si les pouvoirs publics décident de le conserver et/ou de lui donner d’autres orientations, il faudrait pour le moins sortir du « I » Information et y introduire le « P » de Psychologie, conformément au statut issu du décret du 1er février 2017 (Psychologues de l’EN) et aux énormes besoins d’une jeunesse qui va mal.
Allons un peu plus loin encore. Combien de recteurs, de directeurs académiques, et même de CSAIO-DRAIO voire d’IEN-IO n’ont jamais mis les pieds dans un CIO ou se sont contentés du strict minimum sans jamais même animer leurs services et leurs personnels… S’il est vrai que les CIO ont été régulièrement, durablement et gravement oubliés par l’Etat et par ses représentants locaux, cela n’empêchait pas les CIO d’imaginer des espaces d’inventivité, des projets locaux, des initiatives locales, du moins tant qu’ils ne coûtaient rien ou si peu. Encore fallait-il se saisir de cette opportunité ! Ne pas le faire, ce qui fut le plus fréquent, était se borner à n’être qu’une courroie de transmission de l’Etat central et camper dans le statut de service déconcentré aux ordres.
Encore une fois : quoi de visible et de singulier les CIO montrent-ils aujourd’hui ? Où ? Sur quels sites ? Dans quels articles ? Dans quelle littérature scientifique (thèses, ouvrages, enquêtes, colloques) ?
Enfin, depuis un siècle, l’orientation s’est toujours mue entre le particulier et le général, le singulier et le pluriel, l’individu et le collectif. C’est sa noblesse, et sa difficulté. C’est à l’Etat et aux pouvoirs publics à le réaffirmer aujourd’hui.
Ton constat est exact malheureusement.
Une autre époque est-elle possible ?
C’est douteux…
Les « trous de fourmis » comme disait l’autre, n’ont pas l’air très passants dans l’époque…
Une « autre époque » est toujours non seulement possible mais souhaitable. Et quelle que soit la configuration ad-mini-strative et structurelle retenue à l’avenir (création d’un service commun aux personnels psycho-médico-sociaux vs intégration régionale dans un service d’orientation décentralisé vs rattachement des psychologues de l’éducation nationale aux collèges et lycées), l’initiative locale, la créativité des acteurs et des systèmes devront être privilégiées. Entre le particulier et le général. Entre l’individu et le collectif.