La numérisation c’est formidable, mais parfois… Quand l’algorithme se trompe de cible

Lundi matin, dans ma boîte LinkedIn : une proposition de certification « Great Place to Work » pour l’Éducation nationale, adressée à un retraité. L’algorithme manifestement ignore que je ne dirige plus rien depuis belle lurette ! Cette anecdote savoureuse mérite qu’on s’y attarde pour comprendre les logiques qui président aux sollicitations numériques que nous recevons, vous comme moi.

Le florilège des ratés : quand l’intelligence artificielle fait du surplace

Premier constat amusant : notre robot commercial semble ignorer les subtilités du statut de retraité. Comment peut-on imaginer qu’un ancien directeur de CIO va « développer la culture d’entreprise » de son ex-employeur ? C’est un peu comme supposer qu’un ancien maire est en capacité de faire repeindre la façade de la mairie !

Le deuxième raté tient à la méconnaissance totale de l’institution visée. Présenter l’Éducation nationale comme « mon entreprise » révèle une incompréhension sidérante du service public. L’EN n’est pas une start-up que je dirigerais depuis mon garage ! Et comment un seul individu pourrait-il certifier une administration de 1,2 million d’agents ?

Le troisième élément cocasse réside dans le timing : proposer un label « Great Place to Work » à l’EN en pleine crise de recrutement enseignant, c’est comme vendre un guide « Comment être populaire » à un homme politique en campagne… L’ironie atteint des sommets !

Mais s’agit-il vraiment d’erreurs ? L’hypothèse de l’arrosoir automatique

Face à tant de « ratés », une question se pose : ces algorithmes sont-ils vraiment mal conçus ? Première hypothèse : et si cette stratégie était parfaitement calibrée pour sa mission ?

L’objectif ne serait pas la pertinence du ciblage mais le volume d’envoi. « Tirons dans le tas, il y en aura bien quelques-uns qui se reconnaîtront ! » Cette logique d’arrosage commercial considère que 0,1% de réponse positive sur 100 000 messages reste économiquement rentable. Peu importe si 99,9% des destinataires sourient devant l’inadéquation du message.

Cette stratégie transforme LinkedIn en terrain de spam légalisé, où la masse compense la finesse. Nos boîtes de réception deviennent les dommages collatéraux acceptables d’une guerre commerciale automatisée [1].

Le miroir déformant : quand le message révèle l’émetteur

Deuxième piste d’analyse : que nous dit cette sollicitation sur la société qui l’émet ? L’ironie est savoureuse : une entreprise qui vend des certifications « Great Place to Work » mais ne maîtrise pas les basiques du ciblage commercial !

Si cette société était effectivement experte en « expérience collaborateur », ne devrait-elle pas comprendre a minima l’expérience utilisateur de ses propres prospects ? Comment certifier la qualité d’environnements de travail quand on démontre quotidiennement son incompréhension des contextes professionnels de ses interlocuteurs ?

Cette dissonance interroge : que vend cette entreprise, du sérieux ou du marketing ? De l’expertise ou de l’apparence d’expertise ? Le message publicitaire devient révélateur involontaire de la qualité réelle du service proposé et devient une très mauvaise publicité.

Algorithme ou stratégie : les deux font système

Troisième hypothèse : incompétence technique ou choix stratégique assumé ? Dans les deux cas, le résultat interroge. Soit nous assistons à un amateurisme technologique crasse de la part d’entreprises qui se targuent pourtant d’expertise digitale. Soit il s’agit d’une stratégie délibérée du « volume avant tout », qui assume de polluer massivement pour toucher marginalement.

Ces pratiques normalisent une forme de harcèlement commercial déguisé en « networking professionnel ». Elles transforment nos réseaux sociaux professionnels en gigantesques bases de données exploitées sans discernement, où l’individu disparaît derrière la statistique [2].

Plus troublant encore : ces méthodes questionnent la crédibilité même du marché de la certification et du conseil en entreprise. Comment faire confiance à des organismes qui démontrent quotidiennement leur méconnaissance des réalités professionnelles qu’ils prétendent expertiser ?

Conclusion : de l’anecdote au symptôme

Cette petite anecdote LinkedIn révèle finalement les dérives d’une numérisation mal maîtrisée, où la technologie amplifie les défauts plutôt que les qualités. Entre algorithmes défaillants et stratégies commerciales douteuses, nos boîtes de réception témoignent d’un monde professionnel en perte de repères.

Devant tant de « ratés » systémiques, que faire ? Rire, certes, mais aussi s’interroger sur les logiques qui transforment nos outils de communication en machines à pollution commerciale. Et vous, quelles perles algorithmiques avez-vous reçues récemment ? N’hésitez pas à commenter !

Pour aller plus loin…

Sur la transformation des réseaux sociaux en outils commerciaux :

Cardon, D. (2010). La démocratie internet. Promesses et limites. Seuil.

Une analyse accessible des mutations du web social et de ses usages détournés. L’auteur examine comment les promesses démocratiques d’internet se heurtent aux logiques commerciales.

Recensions critiques :

Sur le « capitalisme de surveillance » :

Zuboff, S. (2020). L’âge du capitalisme de surveillance. Le combat pour un avenir humain face aux nouvelles frontières du pouvoir. Zulma.

Comment nos données personnelles alimentent de nouveaux modèles économiques. L’auteure explique comment nos comportements numériques deviennent des marchandises exploitées par les géants du numérique.

Recension critique :

Sur les biais algorithmiques :

O’Neil, C. (2018). Algorithmes : la bombe à retardement. Les Arènes.

Une mathématicienne décortique les dangers des algorithmes mal conçus dans notre quotidien. Analyse claire et concrète des dérives de l’automatisation et de leurs impacts sur les inégalités sociales.

Recensions et analyses :

Ces recommandations ont été faites par l’IA Claude (Anthropic) avec qui j’ai préparé ce post. J’ai ajouté les récensions et entretiens.

Bernard Desclaux

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This entry was posted on samedi, août 16th, 2025 at 8:14 and is filed under Non classé. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

One Response to “La numérisation c’est formidable, mais parfois… Quand l’algorithme se trompe de cible”

  1. Jacques Vauloup Says:

    Parabole de l’arroseur arrosé.
    L’algorithme a bien ciblé sa cible, tout au contraire.
    Antidote : supprimer notre présence sur les réseaux dits sociaux. Et arrêter de sur-commenter tout et n’importe quoi. Le monde autour de nous.
    Sans IA, sans réseaux dits sociaux, sans pollution numérique.

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