Présentation d’une série de lectures critiques de la tribune de Jean-Pierre Bellier
Le 3 juin 2026, Jean-Pierre Bellier publiait dans ToutEduc une « brève histoire » des psychologues de l’Éducation nationale[1]. Le texte a ceci de rare que son auteur fut aussi l’artisan de la réforme qu’il raconte. Comment lire une histoire écrite par celui qui l’a faite ? C’est l’objet de cette série de six posts qui s’ouvre par celui-ci.
Un texte de première main, et intéressé
Le 1er février 2017, un décret créait le corps unique des psychologues de l’Éducation nationale, réunissant sous un seul statut les anciens psychologues scolaires et les anciens conseillers d’orientation-psychologues[2]. Jean-Pierre Bellier, qui en fut la « cheville ouvrière », en retrace aujourd’hui l’histoire. Son récit a une autorité qu’aucun observateur extérieur ne pourrait avoir : il sait, parce qu’il y était. Mais c’est aussi, pour la même raison, un récit intéressé, celui d’un architecte qui raconte son propre bâtiment.
Rappelons qui il est, car sa trajectoire est déjà un argument. Bellier a d’abord exercé comme psychologue scolaire dans l’Yonne, près de dix ans, et milité dès 1981 au sein du SPEN, le syndicat des psychologues du premier degré. Devenu inspecteur général, chargé de mission auprès des ministres Vincent Peillon, Benoît Hamon puis Najat Vallaud-Belkacem, il anima les groupes de travail qui façonnèrent la réforme (le GT2 sur les RASED, le GT14 sur les conseillers d’orientation), rédigea les référentiels d’activités et de compétences qui accompagnèrent le décret, puis fut nommé président du jury du premier concours de recrutement des PsyEN. Inspecteur général honoraire, il est aujourd’hui adjoint au maire de Nanterre délégué à l’action éducative[3]. Du premier degré au cabinet ministériel, en passant par le syndicalisme et l’inspection, il a tenu tour à tour la place du praticien, du militant et du haut fonctionnaire : une position rare, qui le mit en mesure de conduire le dialogue avec les syndicats et de porter la réforme. Sa trajectoire éclaire ainsi ce que son récit doit, aussi, à la place d’où il l’écrit. Le lecteur tirera d’ailleurs profit de lire d’abord la tribune elle-même, librement accessible sur ToutEduc ; j’ai toutefois pris soin que chaque billet puisse se lire seul, en rappelant à mesure ce qui est nécessaire.
Lire depuis l’autre rive
Ce quelque part, dans mon cas, n’est pas celui de Bellier. Il écrit depuis la lignée des psychologues scolaires, celle qu’il place en tête de son récit ; j’écris depuis l’autre, celle des conseillers d’orientation, qu’il place en second. Et je l’observe du dehors : directeur de CIO devenu honoraire, ayant quitté la direction en 2008 tout en poursuivant la formation des directeurs de CIO à l’ESEN jusqu’en 2012, je n’étais pas dans les groupes de travail qui ont façonné la réforme. Cette double extériorité, d’une autre lignée et hors du ministère, n’est pas un handicap : c’est peut-être ce qui permet d’apercevoir ce qu’un récit de l’intérieur tend à effacer.
Je m’efforcerai, tout au long de cette série, de distinguer quatre plans : ce qui relève de la tribune, que je signale par renvoi ; les précisions extérieures, que j’indique comme telles ; le diagnostic mesuré de l’inspection générale, qu’il ne faut pas confondre avec les lectures plus militantes de Bellier ; et enfin ma propre lecture critique, dont je porte seul la responsabilité et qui ne se confond avec aucun des trois. L’indépendance critique ne dispense pas de la justice : Bellier, on le verra, ne s’attribue pas tout, et la réforme qu’il a conduite tenait à bien plus qu’à un seul homme.
Quatre questions, et une cinquième
La tribune, à la relire, soulève quatre questions, qui structureront les billets à venir. D’abord, une question d’ordre : pourquoi commencer l’histoire par les psychologues scolaires, les cadets, et non par les conseillers, qui sont les aînés ? Ensuite, une question d’objet : pour quoi, exactement, s’est-on battu, et pourquoi si longtemps ? Puis une question de processus : comment, et pourquoi à ce moment précis, ce corps que bien peu réclamaient a-t-il fini par naître ? Enfin, une question d’effets : qu’a réellement produit cette unification, et vers quoi conduit-elle ?
Reste une cinquième question, que la tribune ne pose pas, et qui me paraît commander toutes les autres : à quoi tend, au fond, la psychologie que ce corps abrite, et l’orientation s’y laisse-t-elle tout entière réduire ? C’est par elle que se refermera la série. Chacune des quatre premières fera l’objet d’un billet ; la cinquième, leur conclusion.
N’hésitez pas à commenter !
Bernard Desclaux
[1]Jean-Pierre Bellier, « Psychologues de l’éducation nationale : brève histoire d’une longue marche », tribune, ToutEduc (rubrique Scolaire), 3 juin 2026. http://www.touteduc.fr/fr/archives/id-25333-psychologues-de-l-education-nationale-breve-histoire-d-une-longue-marche-une-tribune-de-jean-pierre-bellier- . Sauf indication contraire, les faits et les formules attribués à Bellier ou à « la tribune », dans cette série, renvoient à ce texte ; les apports extérieurs sont signalés comme tels. Je remercie Kévin Périn de me l’avoir signalé.
[2]Décret n° 2017-120 du 1er février 2017 portant dispositions statutaires relatives aux psychologues de l’Éducation nationale, JORF n° 0028 du 2 février 2017.
[3]Olivier Ruiz, « Interview : Jean-Pierre Bellier, adjoint au maire délégué à l’action éducative », Nanterre info, n° 485, juin 2023, https://www.nanterre.fr/actualites-agenda/magazine/article/interview-jean-pierre-bellier-adjoint-au-maire-delegue-a-laction-educative (consulté le 15 juin 2026). Bellier y indique avoir grandi au Vieux-Pont, l’une des plus anciennes cités populaires de Nanterre.
Il me semble en effet essentiel de mener cette réflexion en tenant compte des avancées de la psychologie au cours du 20 ème siècle et du regard formaliste que porta au fil du temps l’administration du système éducatif.
La première préoccupation de l’administration après la création de l’école primaire publique découlait du constat de différence entre les enfants d’un âge donné.
En 1905, à la demande du gouvernement français, Alfred Binet publie une échelle métrique de l’intelligence qu’il a élaboré conjointement avec Théodore Simon. Cette échelle a pour but de mesurer le développement de l’intelligence des enfants en fonction de l’âge (âge mental).
Le constat des différence entre sujet d’un même âge est le résultat d’une expérience de 20 ans. Binet est né à Nice quand cette ville dépend encore du royaume de Sardaigne. Ces études supérieures semblent avoir été relativement disparates. Il semble ne se stabiliser que vers la trentaine. Nous somme au tout début de l’avènement d’une approche scientifique de la psychologie.
Dans les 20 ans qui suivront émergeront les questions posées par l’adaptation des travailleurs à leur poste de travail dans le contexte du taylorisme et du fordisme. La question du rendement et des performances émergent avec les notions d’intelligence générale (facteur G) et facteurs spécifiques, verbaux, spatiaux produits des réflexion de Spearman et de Thurstone.
C’est dans ce contexte que Piaget et Henri Wallon font émerger les concepts de stades de développement dans le temps de l’enfant.
Dans la même période est créé l’INOP qui s’efforce de coordonner l’ensemble de ces avancées. Les avancées du Front Populaire avec la prise en compte du respect des travailleurs, notamment de leur santé n’est pas sans effet sur la définition des « Certificats d’Orientation Professionnelle.C’est le décret loi du 24 mai 1938 qui marque la véritable naissances des services d’Orientation en France
Arrive la Guerre, le fascisme ambiant bloque les avancées et l’INOP en 1941 s’en sort en s’incérant au Conservatoire National des Arts et Métiers.
En 1945, des centres d’orientation professionnelle ont été créés et transformés en centres départementaux obligatoiresPar la suite, dans les années 1950, pour anticiper sur le devenir des enfants qui quittent l’enseignement après la classe de Fn d’étude primaire les conseillers d’orientation interviennent en CM2. De cefait, sur la base de cette expérience acquise ce sont les conseillers d’orientation , sur le terrain, qui fondent ce que sera le travail des Conseillers d’orientation en premier cycle. Ils deviennent alors ddes conseiller d’orientation scolaire et professionnelle et leur intervention se poursuivra après en 2d Cycle. Cet intervention à partir du terrain se poursuivra efficacement jusqu’à a fin des années 1980. Par la suite leur capacité d’initiative sera formellement et administrativement limitée. Depuis, l’État considérant que l’orientation se réduit à une question d’information les services d’orientation n’ont cessé de régresser