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Le CNRS enfin 1er sur un podium mondial de la recherche

Un institut espagnol, SCIMAGO, a décidé de publier à son tour un classement de la recherche mondiale. Outre les doutes sur la méthodologie employée – purement bibliométrique au moment même où ce genre de critères sont sérieusement mis en doute – et sur le réel intérêt qu’il y a à transformer la recherche en pseudo-compétition sportive, le résultat obtenu, à savoir la 1ère place pour le CNRS, est à la fois étonnant et peu rassurant.

Etonnant, car on peut légitimement se demander si, comme on s’en doutait un peu à vrai dire, on ne peut pas faire dire n’importe quoi aux chiffres de la recherche, de publications, etc. Le collectif Sauvons la recherche ! et les défenseurs de la recherche en organisme(s), pourtant réticents vis-à-vis des classements, se félicitent ainsi d’un tel retournement par rapport à la doxa du classement de Shanghai. Mais comment ne pas douter de la valeur supérieure de tel ou tel palmarès dès lors qu’usages et mésusages des critères peuvent être débattus à l’infini. Etonnant encore parce que cela voudrait dire, si l’on suit la même logique des classements contradictoires, que la recherche française est médiocre – ce que le gouvernement n’a cessé de rappeler pour mieux justifier sa “réforme” – dans un cas mais excellente dans l’autre. Il est d’ailleurs étrange que le gouvernement n’ait rien dit sur la 1ère place du CNRS dans ce nouveau classement ! On attend avec impatience que Valérie Pécresse vienne nous expliquer que la géniale politique voulue par le président de la République – rappelons-nous que c’est lui qui “donne l’argent” en la matière comme comme nous l’a encore dit récemment la ministre – pour la recherche française a d’ores et déjà porté ses spectaculaires fruits !

Ce nouveau classement, même si on le prend au pied de la lettre, n’est pas pour autant rassurant. En effet, si le CNRS est bel et bien premier sur le podium, ce sont les académies des sciences chinoise et russe qui occupent les deux places suivantes ! Cerise sur le gâteau : la quatrième place est occupée par l’inévitable Harvard, première institution privée du classement, qui, on le notera en passant, est la seule université à se classer aussi haut, alors que ses chercheurs… enseignent aux étudiants et ne passent donc pas tout leur précieux temps à penser à leurs publications. Le vieil argument anti-CNRS : il a été fondé sur le modèle de l’académie des sciences soviétique revient donc par la fenêtre à l’occasion de ce classement. Celui-ci démontrant aussi, dans le même temps, que la performance (la vraie donc) vient de l’université américaine privée, capable à la fois de concurrencer des mastodontes publics destinés uniquement à la recherche tout en remplissant son rôle éducatif et de formation professionnelle de haut niveau.

Il n’est donc pas totalement certain, pour dire le moins, que les défenseurs acharnés de l’autonomie du CNRS – notamment du statut de ses chercheurs – aient intérêt à utiliser cette “divine surprise”, nouveau fruit de l’obsession classificatrice qui s’est emparée du monde de la recherche. Elle pourrait bien leur revenir dessus comme un boomerang.

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