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Henri Audier

L’EPAURIF : la dernière trouvaille du gouvernement pour tenter d’administrer en direct l’Ile-de-France

Telles les troupes coloniales entrant jadis dans Yaoundé, le gouvernement a fait main basse sur l’Ile-de-France. Madame 43 % feint d’ignorer, tout comme Nicolas Sarkozy, que les électeurs de la région Ile-de-France ont voté et qu’ils ont rejeté le « Grand Paris », avec son mode de décision technocratique, sa conception absurde et son coût faramineux.

Au moment où le gouvernement annonce la rigueur (pour le service public), le coût de l’opération se chiffre à 36 milliards au bas mot, rien que pour les transports. Autant, sinon plus pour le reste, via l’emprunt et les PPP (partenariats-publics-privés) bien sûr. Au moment où le gouvernement supprime 2000 emplois dans les EPST, les Campus fleurissent partout dans le projet, sans qu’on sache qui enseignera et qui cherchera : l’investissement, c’est pour Bouygues et Vinci, pas pour nos jeunes docteurs, qui seront bien sûr libres de s’expatrier.

L’Epaurif : un outils bureaucratique et centralisateur, pour mettre en œuvre un projet non discuté

Pièce importante de ce dispositif de prise en main de l’Ile-de-France : la création d’un Etablissement public d’aménagement universitaire en Ile-de-France (EPAURIF), suite au rapport de B. Larrouturou sur l’immobilier universitaire parisien. Ce rapport, qui a eu au moins le mérite de mettre sur la place publique des données qu’on cherchait en vain sur ce problème complexe et controversé, n’a, en vérité, ni été validé (hormis sans doute par la seule ministre), ni fait l’objet d’une quelconque discussion. De plus, comme le dit l’auteur lui-même, ce rapport ne concerne que Paris et non pas toute l’Ile-de-France, alors que la liste qui vient d’être élue au Conseil régional propose un développement plus équilibré et surtout qui permet de fortes interactions entre Paris et sa périphérie.

Mais la discussion n’aura pas lieu, car l’EPAURIF chapeautera toute la stratégie immobilière, tous les investissements immobiliers et même l’entretien du patrimoine immobilier des universités d’Ile-de-France, ce qui est de plus en contradiction totale avec la grande autonomie prétendument accordée aux universités par la LRU

Un conseil en « bonnes » mains

Cette manœuvre place des établissements pourvus, en général, de structures de décision au moins partiellement démocratiques, sous la tutelle d’une espèce de monstre qui n’a, lui, aucun organe de représentation démocratique interne. Car au conseil de l’EPAURIF, l’Etat s’assure la majorité absolue : onze représentants sur 21 membres, sans parler de la personnalité « désignée en fonction de ses compétences ». La représentation des nombreux établissements universitaires franciliens y est réduite à quatre personnes, tout comme les collectivités locales qui seront pourtant appelées à financer. Il n’est prévu qu’un seul représentant du personnel, encore ne s’agit-il… que du personnel de l’EPAURIF lui-même.

L’administration de cet établissement ne donne aucun pouvoir aux scientifiques, aux universitaires, aux étudiants et aux élus locaux. Cette structure, appelée à gérer des milliards, va être le centre de pressions affairistes dont le célèbre EPAD est l’exemple patenté.

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Au CTPM, tous les syndicats ont voté contre

Au Comité technique ministériel, le gouvernement n’a pas bougé d’un iota par rapport au rapport initial : tous les syndicats ont voté contre.

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