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Pierre Dubois

Université, universités

Parution des Actes du colloque de Besançon d’octobre 2009. “Universités, Université” sous la direction de Charles Fortier, Dalloz, Thèmes & Commentaires, mai 2010, 374 pages, 45 euros. Cliquer ici pour le sommaire complet de l’ouvrage. C’est la première fois que j’étais invité à communiquer dans un colloque organisé par des juristes, professeurs de droit public et présidents ou anciens présidents d’université pour une partie d’entre eux. J’ai donc commis avec grand plaisir un papier sur le “financement selon la performance“, repris et enrichi dans six chroniques de ce blog.

Les juristes sont gens rigoureux, mais ils ne parlent pas la langue de bois. Charles Fortier est fort clair à la fin du chapitre introductif : “Autonomie, hétéronomie de l’Université“. “S’agissant cette fois de l’indépendance des universitaires, celle-ci ne peut pas être pleinement mise à profit dans les conditions actuelles de notre fonctionnement, car elle se trouve, en quelque sorte, privée d’objet : les universitaires ne disposent plus d’un temps suffisant pour produire, ni même pour communiquer correctement leurs savoirs et leurs méthodes ; ils n’en disposent plus parce qu’ils sont devenus, petit à petit, des administrateurs”…

Ils doivent monter des dossiers de plus en plus lourds et de plus en plus nombreux, remplir sans cesse des formulaires toujours plus fastifieux pour lesquels ils sont de moins en moins assistés ; et naturellement, les exemples se multiplient avec la Loi LRU et le passage aux “responsabilités et compétences élargies”, puisque telle est la logique de l’autonomie”.

Charles Fortier a raison. Le temps manque à chaque enseignant-chercheur pour se concentrer sur son coeur de métier, produire de nouveaux savoirs et les diffuser, rechercher et enseigner. La multiplication des réformes, les transformations de l’offre de formation, la diminution des crédits récurrents pour la recherche et leur remplacement par des appels à projets, les rapprochements voire fusions entre universités obligent à de fort nombreuses réunions, font exploser les coûts de coordination sans valeur ajoutée pour la production scientifique, qui est, pourtant et par ailleurs, soumise à évaluations. Pression de l’évaluation, de la bibliomètrie, des citations

Faut-il conseiller aux jeunes de devenir enseignant-chercheur dans les conditions actuelles ? Le colloque n’a pas posé la question. Je suis de moins en moins sûr, pour ma part, de pouvoir répondre “oui” à cette “question centrale pour l’avenir du pays”. J’ai été longuement interviewé cet après-midi par un jeune étudiant en 1ère année de master de sciences politiques ; il mène un mémoire sur la construction et la réalisation des recherches en sociologie du travail à partir des années 60 (j’ai été recruté par l’un des centres de recherche de la discipline en octobre 1968).

Je lui ai évidemment posé la question : poursuivrez-vous en thèse ? Comme tout étudiant normalement rationnel, il a répondu “ni oui”, “ni non”. J’avoue que je lui ai conseillé de ne pas faire un doctorat qui le mènerait au mieux à avoir un poste d’enseignant-chercheur à 33 ans avec un salaire indigne d’une qualification à bac+13. Charles Fortier, après le constat que vous faites, conseillez-vous encore à des étudiants de tenter de devenir un jour professeur des universités ?

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