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Pierre Dubois

Beretz et Pécresse : agacements

Chronique d’un blogueur, libre et responsable, aujourd’hui fort agacéCe blog prouve assez que j’ai du respect et de l’empathie pour l’université de Strasbourg, même s’il m’arrive de critiquer certaines décisions (chroniques sur deux comités de sélection en sociologie). J’ai commencé des reportages photos du patrimoine immobilier de l’université. J’ai proposé au président Beretz et au vice-président Larmet en charge du patrimoine, de photographier progressivement les 140 bâtiments. Ce dernier m’a répondu que “cette éventuelle mission devrait rester sous le contrôle absolu de l’université”. J’ai accepté d’en discuter, mais impossible depuis juillet d’obtenir un rendez-vous. L’université ne m’a pas invité à l’inauguration du nouveau Patio, photographié par mes soins (chronique : “La présidence a déménagé“) ! Peu de respect pour un blogueur indépendant. J’en suis fort agacé !   

Agacements. Pourquoi l’université autonome de Strasbourg et son président, Alain Beretz, se laissent-ils instrumenter par Valérie Pécresse, sa communication et ses effets d’annonce, et plus largement par la majorité au pouvoir ? La région Alsace et le département du Bas-Rhin sont également dirigés par la droite, mais Strasbourg et la Communauté urbaine sont dirigées par la Gauche. Pourquoi se marquer autant à droite ? Depuis février 2009, l’université unique a accueilli 1. Nicolas Sarkozy, Sarkozy en Alsace“, 8 décembre 2009, annonce du grand emprunt, 2. Valérie Pécresse, “Pécresse à Strasbourg“, 6 février 2009, inauguration de l’université unique ; 16 septembre 2010, inauguration du nouveau Patio, 3. Patrick Hetzel, directeur de la DGESIP, “Hetzel et l’insertion“, 6 mai 2010, séminaire sur le schéma directeur du BAIP ; “Journées nationales des OVE“, 2 juin 2010). Quelle autre université a déroulé, autant de fois en un an et demi, le tapis rouge ?

Agacements. Jeudi 16 septembre 2010, “Valérie Pécresse s’est rendue à l’Université de Strasbourg afin d’inaugurer le nouveau patio, véritable symbole du renouveau du campus de Strasbourg, destiné à accueillir le pôle administratif de l’université ainsi que l’Espace avenir, service d’orientation pour les étudiants. A cette occasion, la ministre a présidé exceptionnellement avec le préfet le comité de pilotage d’avancement de l’Opération Campus“… Lire la suite sur le site du MESR : l’université est félicitée, flattée à plusieurs reprises : “projet immobilier ambitieux”, “magnifique projet de campus”, “schéma d’aménagement qui comporte de très beaux projets”, “choix courageux” des 3 universités d’avoir décidé de se rassembler”, “université de premier plan”. Arrétons, trop, c’est trop ! Bien évidemment, Valérie Pécresse, en communicatrice hors-pair, en profite pour se mettre et mettre en valeur la LRU et le passage aux responsabilités et compétences élargies (75 universités autonomes au 1er  janvier 2011), et l’opération Campus (état d’avancement).

Agacements car Valérie Pécresse ne manque pas d’air. Elle ne peut revendiquer ni l’idée de la fusion des 3 universités de Strasbourg, ni le financement du nouveau Patio. L’opération Campus aura bientôt 3 ans : l’UdS a été dotée, en théorie, d’un capital de 372 millions. Combien l’Etat a-t-il, aujourd’hui, réellement déboursé pour commencer des travaux ? Presque rien. Quand les intérêts des deux premières années (en principe 32 millions pour 2009 et 2010) seront-ils vraiment utilisables ? Impossible de le dire. Certes, toute construction ou rénovation demande du temps, mais l’opération Campus (ne parlons pas des opérations de l’emprunt national !), encalaminée dans des structures et des procédures d’une complexité et d’une opacité inconnues jusqu’ici, ne mérite pas que l’université offre des fleurs à la ministre. L’opération Campus est aux antipodes de l’autonomie des universités.

Pour se convaincre de la complexité et de l’opacité de l’opération, j’invite à relire avec attention la chronique du 2 mai dernier, “UdS, Campus et PPP” (séminaire d’Yves Larmet et Edouard Manini). Le Partenariat Public Privé (PPP) ? Il présente plus d’inconvénients que d’avantages pour les 25 projets strasbourgeois (le PPP est en effet mal adapté aux restructurations d’édifices). Un montage innovant avec la Caisse des dépôts (CdC) ? Il semble que l’université explore cette voie. Selon le vice-président dans une déclaration à l’AEF, l’idée est de créer “une société de réalisation immobilière” (université actionnaire à 51% et CdC à 49%), “l’université conservant ainsi la maîtrise de son bâti”. Problème : cette SRI devrait auparavant faire l’objet d’une création législative.

Quelques-uns des 25 projets ?  Campus vert aménagement : la prochaine chronique en photos y sera consacrée. Tour de Chimie (logements) : chronique du 6 septembre. Rénovation énergétique et mise aux normes de la Faculté de Droit : chronique du 3 juillet. Extension et restructuration des locaux du Pôle Economie et Gestion (PEGE) : chronique du 20 juillet.

Le plan de financement Campus qui figure à la page 4 du communiqué de presse de l’université est symptomatique de l’opacité et de la faible crédibilité de l’opération. Pour une raison fort simple : il ne comporte aucune date, aucun échéancier annuel (même pour 2010 et 2011) ! L’Etat apporterait 200 millions sur les 372, les collectivités territoriales, 65 millions (la convention avec les collectivités ne sera signée qu’en Octobre !), et l’université… 107,5 millions. D’où l’université va-t-elle sortir cette manne ? “De loyers, de fonds européens, d’autofinancements”. Ce plan de financement fait rire et pleurer !    

Agacements car l’université communique nettement moins bien que le ministère. Il faut quatre clics, à partir de la page d’accueil, pour enfin trouver le communiqué de presse (cliquer ici) : “Opération Campus : une université en coeur de ville, ouverte et attractive“. Les discours du président Beretz (inauguration et comité de site de l’opération Campus) ne sont pas en ligne. Et, bien sûr, aucune allusion sur le site aux manifestations d’opposition – certes, elles n’étaient pas de masse ! – à la politique de Valérie Pécresse. Il faut se reporter au site de Médiapart pour lire l’analyse critique de Pascal Maillard, enseignant, membre du conseil d’administration de l’UdS : “Madame Pécresse, nous sommes en colère“.

L’université unique de Strasbourg, par la fusion, a pris, grâce à des bons choix décidés au bon moment et sans rien devoir à Valérie Pécresse, une avance décisive sur toutes les autres universités françaises. Elle mérite mieux que d’être un faire-valoir de la politique de la ministre et du chef de l’Etat !

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