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Jean-François Fiorina

Grandes écoles en manœuvre ?

Dans la cacophonie médiatique ambiante, l’enseignement supérieur a fait sa rentrée sans note trop discordante. Je parle du supérieur bien sûr…

Beaucoup d’ouvrages et d’études ont été récemment publiés pour rappeler l’importance d’un enseignement supérieur de haut niveau. L’OCDE dans sa revue Regards*, sortie début septembre, expliquait qu’« avec une concurrence sur le marché mondial de l’éducation qui s’intensifie, les États doivent viser une qualité de niveau international pour leurs systèmes éducatifs afin d’assurer une croissance économique à long terme ».

En France, la presse décerne plutôt un satisfécit à nos universités alors que le classement de Shanghaï les éloigne de bancs des premiers de la classe… Les bacheliers ont majoritairement misé sur l’université dans leur choix d’orientation ce qui confirme que ce sont de vrais concurrents pour les grandes écoles.

Mais que se passe-t-il, justement, du côté des grandes écoles (dont le Financial Times vient encore de saluer la performance hierà ? Comment faire face à cette concurrence de plus en plus forte au plan international ? Les solutions apportées orientent de plus en plus les écoles vers la création de nouvelles alliances, de rapprochements et même de fusions, sur fond de mercato des directeurs.

Fusions ou…

Pour ma part, je ne suis pas convaincu que les fusions apportent un plus. Notre mode de fonctionnement basé sur les classements n’est pas facile à vivre. Il y en a toujours un qui se sentira colonisé par l’autre ! Pour les écoles de management, la gouvernance joue également son rôle. Certaines écoles dépendent de Chambres de commerce, d’autres d’associations, etc. Ce qui ne facilite pas les rapprochements y compris en termes de statuts des professeurs.

Les coûts de fonctionnement ne sont pas forcément revus à la baisse du fait du nomadisme des équipes même si le phénomène n’est pas de la même ampleur qu’un Parlement européen siégeant à Bruxelles et à Strasbourg !

… alliances ?

Je pense que la bataille se joue plus sur la vitesse que sur la consolidation. Pour cette raison, je privilégie les alliances et les partenariats d’intensités différentes :

L’alliance stratégique. Elle marque un tournant dans l’évolution de l’école à long terme. Dès que ce type d’alliance est souhaitable et possible nous la tentons.

Les partenariats pédagogiques. Ils prennent la forme de parcours spécifiques ou de projets particuliers pour nos étudiants.

L’international. Au-delà de la simple mobilité, l’école développe des liens avec des structures locales existantes pour gagner du temps et bien s’intégrer dans l’environnement. C’est aussi une question de rayonnement pour nous.

La qualification. Elle s’organise autour de projets comme la diversité en lien avec des associations, des lycées, des IUT.

Comment réussir ?

Il est nécessaire de partager une vision, d’être complémentaires. Les principaux risques ? L’éparpillement et son corollaire, la difficulté d’animer les équipes dans la durée. Il faut donc limiter le nombre d’alliances et bâtir au-delà des relations humaines qui souvent les fondent au démarrage.

Nous avons tissé de nombreuses relations avec des universités quelquefois éloignées de nos thématiques traditionnelles (Lettres, Philosophie…) et cela fonctionne. Parce que l’ADN de l’école nous le permet et que nous avons réussi à nous parler. L’essentiel est de placer le parcours des étudiants au centre des dispositifs.

Il n’y a pas de recette miracle. L’alliance et la fusion ont leurs avantages et leurs inconvénients respectifs. La première est souvent plus rapide à mettre en place mais nécessite une vraie animation, la seconde plus lourde peut fonctionner mais le démarrage est souvent une phase critique qu’on ne peut pas manquer !

*Regards sur l’éducation (http://www.oecd.org)

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