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Pierre Dubois

Refonder le 1er cycle

Valérie Pécresse est revenue, dans le débat d’hier avec Stéphane Beaud (chronique : “CPGE : 30% de boursiers“), sur la refondation nécessaire de l’ensemble du 1er cycle d’enseignement supérieur (licence, DUT et BTS, CPGE). Elle a déclaré être ouverte à toute réflexion et proposition améliorant l’orientation, la réussite dans les études, l’organisation de passerelles, les possibilités de rebondir, d’intégrer éventuellement un jour une grande école. Ces jours derniers, elle a d’ailleurs fait feu de tout bois, manifestant une capacité de travail étonnante et un enthousiasme inaltérable après plus de 3 ans à la tête du MESR. Je critique suffisamment sa politique sur ce blog pour, aussi, lui reconnaître des qualités ! 

La ministre a annoncé en effet des mesures pour les classes préparatoires littéraires (”4 fois plus de débouchés pour les Khâgneux“, communiqué du 17 septembre et chronique de ce blog “Sois BEL et fuis l’université“), émis des propositions pour la rénovation des BTS (Lille, Lycée Gaston Berger, 27 septembre) et a fait le point sur le plan Réussir en licence (Universités, Bordeaux, 20 septembre). 

Valérie Pécresse s’est déjà exprimée sur cette refondation du 1er cycle à l’occasion de la publication de la seconde partie du rapport “Aghion” en juillet 2010 (chronique : “Le triangle du matching“). Elle a mis alors en avant trois principes d’action : organiser le premier cycle universitaire en intégrant une spécialisation progressive des étudiants, favoriser la fluidité et la flexibilité des parcours avec la possibilité de passer d’un système à l’autre et d’affiner son projet sur la base d’un socle de formation, et informer toujours plus et mieux les étudiants“. Ces 3 principes d’action sont d’une banalité affligeante : ils figurent dans les discours de tous les ministres de l’enseignement supérieur depuis la loi Faure de 1968″.

“Comment concrétiser ces 3 principes d’action ? La recommandation 3 du rapport Aghion (page 48) propose de “favoriser l’émergence progressive de collèges universitaires qui regrouperaient les formations universitaires générales (avec spécialisation et orientation progressives), les formations professionnelles courtes (avec passerelles les reliant aux formations générales), des formations préparatoires aux grandes écoles”. Point faible et criticable de cette proposition : maintien de trois parcours de formation, distinction opérée entre les formations universitaires générales et les formations préparatoires aux grandes écoles.

Ce qui n’est pas clair : les collèges universitaires conduiraient-ils à la disparition effective des CPGE, des STS et des IUT ? Si oui, cette proposition mérite d’être discutée : le projet politique de ce blog est en effet la création d’Instituts d’Enseignement Supérieur (IES), établissements nouveaux à créer, distincts des lycées (qui perdraient donc leurs classes supérieures) et des universités (dédiées aux seules formations longues : masters, écoles d’ingénieurs, écoles de management, doctorats). Les IES organiseraient une voie longue préparatoire aux études universitaires et une vie professionnelle préparant au marché du travail après l’obtention de la licence. Ces IES seraient dotés de moyens financiers par étudiant analogues à ceux des CPGE, des STS et des DUT et pourraient ainsi pratiquer une pédagogie efficace en terme de conditions d’études et de réussite. Chaque IES (environ 600 IES de 2.000 étudiants répartis sur l’ensemble du territoire) possèderait au moins 2 voies préparant aux études universitaires et deux voies professionnelles. Le côtoiement dans un même établissement d’étudiants des deux voies d’études devrait faciliter, au moins théoriquement, l’orientation post-bac, les réorientations en cours d’études, la création de passerelles entre les deux voies. Deux chroniques sur les IES : “Les formations“, “La carte des formations“.

Bref retour sur le débat Pécresse – Beaud. J’ai été stupéfié quand j’ai entendu Stéphane Beaud déclarer : “L’IUT est une filière sélective. Vous avez beaucoup de demandes, peu d’offres, peu de personnes acceptées [ceci est faux, archi-faux]. Quand on regarde les débouchés de ces élèves passés par les IUT, on s’aperçoit que, trois ans après la fin de l’IUT, vous avez uniquement 20% des étudiants qui sont arrivés au bac+4, bac+5. L’IUT stoppe les étudiants au niveau bac+3. Or, si on veut réfléchir sociologiquement à la promotion des enfants des mileux populaires – qui sont nombreux en IUT, encore plus en STS -, il ne faut pas pour eux en rester au niveau bac+2. Alors qu’on sait aujourd’hui que l’acquisition d’un niveau master, bac+4, bac+5 est un atout très important pour obtenir des postes dans l’encadrement, par exemple”. Tous les diplômés de DUT à bac+5 ou seulement les diplômés de DUT issus des classes populaires ? Une discrimination positive ? Ridicule !

Tout les diplômés de DUT à bac+5 : bravo, Stéphane Beaud, pour cette analyse démagogique ! Vous rendez-vous compte que ce que vous souhaitez est en contradiction avec la démocratisation de l’enseignement supérieur que vous revendiquez ? Toutes les analyses montrent en effet, qu’à égalité de diplômes, les diplômés des classes populaires ont un niveau d’emploi moindre que celui des diplômés des classes supérieures. Tout le monde à bac+5 et vive le déclassement social et économique de la plupart des enfants pour lesquels vous semblez vous battre ! Un peu plus de sérieux, cher collègue sociologue ! Face à face : Pécresse : 2, Beaud : 0.

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