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Pierre Dubois

Le président Batsch et les PRES

Laurent Batsch est président de Dauphine Paris Université depuis mai 2007. Il succède à Bernard de Montmorillon (président de 1999 à 2007), après l’avoir emporté sur deux autres candidats, dont Michel Kalika, aujourd’hui directeur de l’Ecole de Management de Strasbourg et blogueur sur EducPros. J’interviewe Laurent Batsch, samedi 12 juin 2010 au siège de la présidence. Il avait apprécié les chroniques que j’avais écrites sur la progression des droits d’inscription dans certains des masters de l’université, devenue Grand établissement : “Dauphine et les droits d’inscription” (3 février 2010), “La CPU contre Dauphine” (5 février 2010), “Dauphine contre-attaque” (19 février 2010). L’entretien de juin a porté sur Dauphine et les PRES franciliens, l’autonomie de l’université, sa gouvernance, les indicateurs de performance. La chronique d’aujourd’hui porte seulement sur Dauphine et les PRES franciliens : la situation est fort compliquée en ile-de-France , même si elle s’est décantée dans les 6 derniers mois (chronique : “Universités de Paris“).

La trajectoire professionnelle du président de Dauphine n’est pas classique (CV sur son ex-blog). Après avoir été élève de l’ENS Cachan, il est devenu professeur de lycée dans le Val-de-Marne. La carrière universitaire ne commence donc que tardivement. “Docteur en sciences de gestion en 1992 [à l’âge de 38 ans], pour une thèse sur le recentrage stratégique des groupes industriels, je suis devenu maître de conférences à Dauphine en 1993. Après l’agrégation de sciences de gestion en 1997 [à 43 ans], j’ai été professeur à l’Université de Cergy-Pontoise avant de rejoindre Paris-Dauphine. J’y enseigne la finance d’entreprise et ai créé le Master 246 de management de l’immobilier”. Laurent Batsch est élu membre du conseil d’administration de Dauphine en 2001 et il a accédé à la présidence à 53 ans, en 2007. 

Un militantisme d’extrême gauche dans les jeunes années, une carrière professionnelle peu classique (professeur de lycée puis des universités), un âge déjà avancé pour le passage de l’agrégation de gestion, une appartenance à une université semblable à aucune autre ne serait-ce que par son histoire, tous ces traits expliquent peut-être que Laurent Batsch est un président à part parmi ses collègues de la CPU. Son franc-parler (l’interview en témoigne) ne doit pas lui attirer que des amitiés. N’empêche, le principal n’est-il pas d’avoir des idées, des projets et d’être capable de les mettre en oeuvre ? 

Dauphine Paris Université et les Pôles de recherche et d’enseignement supérieur (PRES). Début 2009, Laurent Batsch affirme vouloir transformer l’alliance Paris Universitas en PRES et s’orienter vers une fusion de ses membres (Paris 2, 3, 4, 6, 9 Dauphine, ENS Ulm, EHESS), en une université de type confédéral, respectant les particularités de chacun. Le président Batsch : “je voulais que Paris Universitas puisse être porteur du Plan Campus”. Les choses ne sont pas allées ainsi : ”Paris 4 a chassé Paris 3, Paris 2 a chassé Paris 9″. Paris 2, 4, 6 ont créé le PRES FCS “Sorbonne Universités” et Paris Universitas a été dissout en juin 2010.

Même impasse avec les fondateurs du PRES HESAM (chronique du 14 février 2010). Le Président Batsch : “J’ai discuté avec le président Colliard de Paris 1 ; il a préféré s’allier avec l’ESCP plutôt qu’avec Dauphine ; il a peut-être eu peur qu’on polarise l’Ecole d’économie de Paris” (PRES FCS créé en décembre 2006 et non adossé à une université). “Mon diagnostic : “on a une “marque” ; mais paradoxalement, on est rejeté plutôt que dragué ; les autres n’aiment pas notre différence ; ils envient notre statut de grand établissement, la sélection à l’entrée des formations, les relations que nous avons avec les entreprises ; on n’est pas une école de commerce mais une université métissée et qui réussit”. En novembre 2009, Dauphine est accréditée EQUIS ; c’est la première université à obtenir ce label international de qualité en management.

Et la coopération avec l’IAE de Paris 1 ? “Cet IAE n’a pas réussi à obtenir l’accréditation EQUIS. Pour nous, son intégration est de l’ordre de la fusion-acquisition. C’est un dégât collatéral des PRES” (impossible de faire cohabiter l’IAE et l’ESCP au sein du PRES HESAM).

Isolement de Dauphine ? “Non ! Nous n’avons aucun sentiment d’isolement ; nous ne tenons pas à nous marier absolument” ! Se rapprocher de Paris 10 Nanterre ? “Nous avons dit “non” au PRES Grand Ouest. Nanterre ne passera aux responsabilités et compétences élargies qu’en 2012. Pas envie non plus d’un PRES avec Léonard de Vinci” [dite Fac Pasqua]. “L’implantation de Dauphine à La Défense (plus de 1000 étudiants seront concernés à la rentrée 2010) rapprochera nos étudiants des grands groupes mondiaux installés dans cette place d’affaires internationale”.

Pas d’isolement donc. Laurent Batsch mentionne trois autres atouts de Dauphine. L’implantation à Tunis (Institut Tunis Dauphine). La Fondation (cliquer ici) : celle-ci dévoilera ses ambitions demain mercredi 6 octobre ; lire le dossier fort complet qu’EducPros consacre à cette Fondation qui vise à ”lever” 30 millions d’euros de fonds en 5 ans. Le bon rang de Dauphine dans les classements internationaux, en management certes, mais aussi en mathématiques (chronique : “Shanghaï 2010 et les PRES“).

Et coopérer avec les cinq Grandes Ecoles du Quartier Latin qui forment, depuis juillet 2010, le PRES PSL, Paris Sciences et Lettres ? Le président Batsch : “Ils n’ont pas d’économie et de gestion. Pour les diverses opérations de l’emprunt national, ils ont besoin d’une université. Qui est disponible ? Nous”. Le président confirme dans le dossier d’EducPros : “nous allons ensemble au grand emprunt sur plusieurs briques : Equipex et l’Institut de recherche technologique. En vue également : les Labex. Enfin le couronnement : “Il est clair que la logique de ces projets est de déposer ensemble une initiative d’excellence“… “Remettre au cœur des regroupements les projets académiques”… “Nous apportons à PSL nos disciplines, notamment en économie et gestion, mais aussi un cycle intégré de la L1 au doctorat. Il se trouve en plus que nous sommes une université sélective, à l’image des écoles. Rappelons d’ailleurs que ces “écoles” sont en fait de véritables universités de recherche“.

Retour à l’entretien du 12 juin. Laurent Batsch. “Si Dauphine est associée à PSL pour le Grand emprunt, c’est fort bon. On – “le petit Sud ou le grand Ouest” – la laissera tranquille pour 20 ans. Un des LABEX pourrait porter sur le RISQUE, projet de laboratoire d’excellence en gestion et modélisation porté par Dauphine dans un contexte de post-crise. Ce serait un des labex du PRES, une des briques de la maison commune PSL“.

Laurent Batsch ne serait pas mécontent du succès de PSL et de Dauphine aux appels d’offres du grand emprunt. Ce serait une juste revanche l’histoire récente : “on a traité grossièrement Dauphine, sur le fond et sur la forme ; les compteurs ne seront pas remis à zéro ; si on réussit, on pourra dire merci de nous avoir renvoyé à nos différences“. Chronique à suivre sur l’autonomie de l’université, sa gouvernance, ses indicateurs de performance.

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