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Michel Lussault

Nous sommes perfectibles !

L’origine de ce blog, que je débute ce jour, part d’un constat simple : le système français d’enseignement supérieur et de recherche a certes beaucoup évolué depuis quelques années, mais il reste très perfectible ! S’il est vrai que la loi sur la recherche de 2006 et la LRU de 2007 ont profondement changé les choses, au plan de l’organisation, il reste beaucoup à faire afin que notre université devienne ce qu’elle peut être : une référence.

A cette fin, nous devons pouvoir collectivement et de manière sereine aborder des sujets très délicats — j’en donnerai quelques exemples, parmi bien d’autres.

– Comment envisager l’évolution des établissements d’un même territoire, à partir du moment où l’on renonce à faire de la concurrence entre voisins le modèle absolu de relations au sein d’un site géographique ? De ce point de vue, l’expérience des Pôles de recherche et d’enseignement supérieur, pour récente et imparfaite qu’elle soit, doit être analysée — d’autant plus qu’elle permet de mettre bien en valeur le rôle majeur des collectivités territoriales. Il me semble que l’action de coopération et de mutualisation que les PRES ont lancée devra être amplifiée si l’on souhaite surpasser l’atomisation actuelle du dispositif français d’enseignement supérieur et de recherche et ainsi faire de la diversité de nos établissements un atout et non une entrave.

– Comment repenser le gouvernement universitaire dans une perspective qui évite tant la dérive bureaucratique, que le repli sur le conservatisme académique ou la vente à la découpe des activités universitaires « nobles et rentables » aux intérêts privés ? Bref est-il possible de mettre au point un pilotage des universités tout à la fois efficace, ouvert aux partenariats, attentifs aux aspirations des personnels, des étudiants et des citoyens?

– Comment envisager une articulation dynamique entre actions volontaristes de promotion de l’excellence (promotion qui est indispensable à la vigueur des activités de formation et de recherche), qui s’appuient sur une démarche de projet strictement évalué, et accompagnement au jour le jour des fonctionnements « ordinaires » dont la qualité n’est pas moins indispensable que l’excellence à forger une réputation universitaire ? Il est facile de comprendre que ce qui fait d’une université comme Harvard une référence, c’est à la fois son excellence la plus spectaculaire et la haute qualité de sa « routine ». En France, tout à notre souci d’opposer artificiellement les deux registres, nous traitons en général mal et l’une et l’autre.

– Comment résoudre la question du premier cycle post-bac et enfin prendre à bras le corps le problème de la trop faible ouverture sociale de notre enseignement supérieur ? A n’en pas douter le modèle classique fondé sur la partition filères sélectives (dont le modèle est la CPGE) et filière non sélective est obsolette. J’aborderai souvent ce point dans ce blog, car il me semble majeur. Mes positions en la matière sont connues : je pense que l’anomalie française des CPGE doit être corrigée. Tous les grands pays du monde savent former les élites sans les soustraire à l’université, serions-nous incapables d’en faire autant? Au passage pourrions-nous en profiter pour améliorer sensiblement la formation offerte au plus grand nombre ?

– Comment engager la révolution des pratiques de formation et d’évaluation qui est indispensable si l’on ne veut pas ringardiser la formation supérieure aux yeux des étudiants ? C’est aussi par cela qu’on pourrait espérer à mon sens de rompre avec l’utilitarisme forcenné actuel qui vise à ne qualifier une formation qu’au regard de sa supposée efficacité à trouver un emploi. Or l’université doit plus que jamais rappeler la part « inutile » de la formation et de l’apprentissage, mais sans discours nostalgique ou rétrograde sur les humanités ou les savoirs fondamentaux. A rebours, il s’agit d’innover au service de la promotion de la connaissance, considérée aussi comme un bien public — ce qui n’empèche pas qu’on la place au service, lorsque la chose est nécessaire, des besoins de la société et de ses acteurs.

Ces questions, il y en a bien d’autres que je n’hésiterai pas à aborder, nécessitent des analyses précises et une réelle capacité à s’inspirer des pratiques françaises mais aussi des expériences étrangères. Et ceci non pour dire que nous devrions nous conforter bêtement à un supposé modèle standard (qui n’existe pas, hors le fait non négligeable que partout l’enseignement supérieur et la recherche sont polarisés par l’université, ce qu’il faudra bien arriver à mettre en œuvre en France), mais simplement pour tirer tout les enseignements de pratiques significatives. Je me propose donc dans ce blog de tenter de contribuer à nourrir l’indispensable réflexion sur l’université et son avenir. Je le ferai à partir de mon expérience d’universitaire et de responsable d’établissement(s ) et en fonction d’un objectif qui n’a jamais cessé d’être le mien : promouvoir l’université, car elle est la meilleure réponse aux défis de notre temps.

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