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Pierre Dubois

Insertion. Provocation de la CPU

La CPU et le MEDEF ont signé, le 23 novembre 2010, une “convention-cadre de coopération élargie” (cliquer ici ou ici). “L’objectif de cette convention est d’intensifier les relations [entre le monde économique et le monde universitaire], afin de favoriser en priorité, dans le contexte de l’économie de la connaissance, l’insertion professionnelle des jeunes au terme de leurs études“.

Ce texte est une provocation pour le “monde universitaire”. Il l’est d’abord parce qu’il arrive juste après un long mouvement social hostile à la loi sur la réforme des retraites, désormais votée et promulguée. Le MEDEF a soutenu le projet gouvernemental, s’opposant de toutes ses forces à une augmentation des cotisations dites patronales. Le recul de l’âge de la retraite et de celui de la retraite à taux plein sont largement dus à cette position de principe du MEDEF : faire payer les salariés et ne pas alourdir les charges des employeurs. Pour les fonctionnaires de l’enseignement supérieur, l’augmentation des cotisations ”retraites” va faire baisser leur pouvoir d’achat et mettre en difficulté l’équilibre financier des universités passées aux ”responsabilités et compétences élargies” (RCE) (chronique : “GVT : le pied de nez de Valérie“). Dans le contexte économique, politique et social de cette période, la CPU n’avait pas à s’afficher au côté du MEDEF.  

La convention signée par la CPU est une provocation à un deuxième titre. Pour “l’insertion professionnelle des étudiants en fin d’études”, elle ne brasse que des bonnes intentions. Elle est sans imagination, ne prévoyant aucune ”action nouvelle en faveur de l’emploi des jeunes” et se contentant de lister des réalisations déjà existantes. Deux actions auraient mérité de figurer dans la convention-cadre car elles auraient un impact direct sur l’insertion : le développement du Service civique” (comment les entreprises peuvent et doivent se mobiliser) et l’incitation faite aux branches professionnelles à négocier l’inscription des diplômes universitaires (licences professionnelles, masters et doctorats) dans les grilles de classifications. La convention-cadre n’aura aucun impact car le MEDEF ne peut contraindre ses organisations territoriales et professionnelles à négocier. La provocation de la CPU est de laisser croire que les partenariats peuvent se construire par le haut. C’est l’inverse qu’il faut faire : construire par le bas, au niveau de chacune des universités, au niveau de chacune des formations professionnelles, car, bien évidemment, les partenariats universités-entreprises sont indispensables (chronique à suivre).

Et surtout, la convention CPU-MEDEF est une provocation à un troisième titre. Elle n’est qu’un effet d’annonce (Valérie Pécresse “fait des petits”). Elle ne mentionne en effet aucun objectif quantitatif à atteindre ni pour les stages gratifiés, ni pour les contrats en alternance, ni pour la formation professionnelle continue. De même, elle fait l’impasse sur les moyens financiers supplémentaires que les employeurs devront mettre sur la table pour aider les universités à préparer mieux les étudiants à l’insertion professionnelle. Le mot “taxe d’apprentissage” est même absent de la convention ! 

Avant de signer la convention avec le MEDEF, la CPU aurait dû lire l’Etat de l’Ecole 2010 ou s’approprier les Comptes de l’Education 2008. Elle n’aurait pas dû oublier que le financement de la dépense d’éducation supérieure par les entreprises est faible (moins de 10% de la dépense totale), qu’elle n’est pas plus forte que celle supportée par les ménages, et surtout qu’elle n’a quasiment pas progressé depuis 2000 (il y a d’ailleurs une contradiction dans les données publiées : la dépense d’éducation supérieure financée par les entreprises est-elle en 2008 de 6,7% – Etat de l’Ecole 2009 – ou de 8,5% – Etat de l’Ecole 2010 ?). Quant à la formation professionnelle continue – ce sont les cadres et les professions intermédiaires qui en sont les premiers bénéficiaires-, les entreprises n’en financent directement qu’un quart du chiffre d’affaires auquel il faut ajouter le financement par les OPCA (14%) ; le FPC est financée majoritairement par des fonds publics et par les stagiaires eux-mêmes (Note d’information N°10.05, mars 2010). 

En définitive, à qui sert cette convention-cadre sans imagination, sans objectifs quantifiés, sans financement assuré et pourtant d’une validité de 5 années ? Au MEDEF bien sûr, mieux capable que la CPU de tirer la couverture à lui. Il est prévu que les signataires continuent à se rencontrer dans l’université d’été du MEDEF, qu’ils organisent des manifestations communes, que des efforts de communication soient faits (gaspillage d’argent en perspective)… Il y aura bien sûr aussi un comité de suivi, mais la convention ne dit rien du financement d’un secrétariat et d’une cellule de collecte des données. Quelle utilité pour la CPU ? A mon tour de provoquer. Ce serait fort bien que le MEDEF finance une “chaise musicale”, intitulée “Délégué(e) général(e) aux partenariats avec les universités“, fonction affectée à un ancien président d’université et pourquoi pas à un ancien président ou vice-président de la CPU !

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