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Pierre Dubois

CPU : 2 “tickets” pour le bureau

Les candidatures au bureau de la CPU (composé d’un président et de deux vice-présidents) sont closes aujourd’hui, 1er décembre 2010. L’élection par l’assemblée plénière aura lieu le 16 décembre. J’ai posé plusieurs questions politiques et techniques sur cette élection (chronique du 27 novembre). J’en ajoute une, ce soir : “pourquoi la CPU ne met-elle pas en ligne les comptes-rendus de ses assemblées plénières et de ses conseils d’administration (CP2U) ? Qu’est-ce qui empêche la CPU de publier la liste des présidents présents, les résultats des votes s’il en existe, les décisions prises” ? Chronique sur les instances de la CPU : cliquer ici. Toutes les chroniques sur la CPU : tag CPU.

Deux “tickets” ou “trios” se présentent aux suffrages de tous les présidents. Il y a deux ans, ce n’était pas le cas. Lionel Collet, candidat à la présidence, Simone Bonnafous et Jacques Fontanille, candidats aux vice-présidences, l’avaient emporté dès le 1er tour (68 voix sur 90 votants). Cette année, ce sont d’abord Alain Beretz (université de Strasbourg ; chronique du blog, tag Strasbourg et 1ère photo), Françoise Moulin-Civil (université de Cergy-Pontoise, chronique du blog et 2ème photo), et Jean-Paul Caverni (université de Provence) qui ont déposé leurs candidatures et leur profession de foi. Surprise, un second “ticket” est monté au créneau, avec à sa tête Louis Vogel (université de Paris 2 Panthéon Assas, chronique du blogtag Sorbonne Universités et 3ème photo), épaulé par Anne Fraïsse (université Paul Valéry) et Yvon Berland (université de la Méditerranée, chronique du blog et 4ème photo).

Les professions de foi ne figurent pas encore sur le site de la CPU : voici celle de la première équipe. Je mettrai en ligne la seconde quand un des lecteurs de ce blog aura la gentillesse de me la faire parvenir. Je pourrai alors tenter de comparer les deux politiques annoncées sur papier.  

Mais pourquoi vouloir faire le président ou le vice-président de la CPU dans un contexte qui s’annonce fort difficile pour les universités dans les deux années qui viennent ? L’équipe élue devra forcément entrer en résistance contre le gouvernement, le gouvernement actuel et celui qui découlera des élections de 2012. J’avoue que je ne comprends pas, a priori, cette sorte de masochisme. Quels clivages entre ces deux équipes ? Ce n’est que partiellement un clivage droite / gauche. Ce n’est pas un clivage LRU / anti LRU (tous les présidents sont pragmatiques et mettent en oeuvre la loi). Ce n’est pas un clivage entre les disciplines qui se veulent “dominantes” dans les rapprochements entre universités et les disciplines que les “dominantes” veulent “dominer”. Ce n’est pas…

Je ne comprends pas non plus pourquoi ce sont ces présidentes et présidents-là qui sont candidats. J’ai rencontré, interviewé et photographié quatre d’entre eux depuis début 2009 (Jean-Paul Caverni n’a pas daigné répondre à ma demande d’entretien). Ils ont chacune et chacun des projets cruciaux à piloter politiquement pour leur université.

Strasbourg est devenue “université unique” mais il lui reste à réduire le nombre de ses composantes, à restructurer son offre de formation, à réussir les premières opérations Campus, à résoudre la question des “précaires”… L’université de Provence et l’université de la Méditerranée sont sensées fusionner le 1er janvier 2012 : pourquoi deux des trois présidents d’Aix-Marseille Université se présentent l’un contre l’autre à la CPU ? Cela fait désordre. Et le Président Berland, très impliqué dans la réforme des études de santé, ne se doit-il pas d’en suivre l’application ? L’université Paul Valéry (Montpellier) vient d’annoncer qu’elle se retirait de l’initiative d’excellence ; cette décision ne va-t-elle pas mettre à mal la fusion prévue à Montpellier également au 1er janvier 2012 ? Le PRES Sorbonne Universités (présidé par Louis Vogel) commence à peine à se structurer. Quant à Cergy-Pontoise, université non PRESsée avec une autre université, elle n’en a pas pour autant encore réussi son PRES avec des Ecoles.

Un pronostic pour l’élection ? Je ne m’y hasarderai pas. Un souhait personnel de trio gagnant ? Non plus. J’ai, en dépit de mes critiques, beaucoup de respect et d’empathie pour les 4 présidents que j’ai rencontrés et interviewés. Alors et en particulier si les scores sont serrés au 1er tour ? Que les 6 candidats soient membres du bureau et/ou présidents de commissions ? 

Naît également une hypothèse un peu folle. Et si ces président(e)s, dont on a claironné partout qu’ils avaient désormais un pouvoir renforcé depuis la loi LRU, avaient fini par conclure, après deux années de présidence, qu’ils n’avaient pas, en fait, tant de pouvoir qu’on ne le dit. Ils ne comptent pas leurs heures, c’est évident, mais combien d’heures passent-ils en représentations de tous ordres ?

La gestion des universités est devenue, avec les reponsabilités et compétences élargies, tellement complexe que les président(e)s ont été obligés de déléguer, de déléguer encore. A qui ? Partiellement aux responsables des 3 conseils, élus en même temps qu’eux ? Sans doute. Mais aussi aux vice-présidents, aux vices-présidents délégués, aux chargés de mission, à la direction générale des services, aux responsables des services de comptabilité et de gestion financière, aux responsables des RH et du patrimoine immobilier ? Et si l’explication de l’existence de deux tickets au bureau de la CPU résidait dans la montée et la prise du pouvoir des experts au sein de l’université ? Se faire élire au bureau de la CPU pour s’éloigner du management au quotidien, pour pouvoir faire de la politique, de la politique au sens noble du terme, à savoir penser, décider et mettre en oeuvre de grandes orientations. Certainement, une affaire à suivre.

Le siège de la CPU, dans la Maison des universités, proche du Luxembourg (Paris)

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