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Bernard Deforge

Une vie avec Eschyle

Une déclaration d’amitié

Bernard Deforge vient de publier aux Belles Lettres « Une vie avec Eschyle », dans la collection « vérité des mythes ».

Dans cet ouvrage, l’auteur évoque le rôle joué par Eschyle dans sa trajectoire et son influence sur sa vie quotidienne. Véritable déclaration d’amitié et de compagnonnage, l’ouvrage nous plonge aussi dans les méandres de la pensée de l’auteur tragique.

Le coordinateur de l’opération Phénix, nous dévoile enfin son parcours personnel, exemple de réussite républicaine.  Avec toujours en toile de fond, l’ombre d’Eschyle et l’amour du grec, le « trésor » de sa vie.

Laurent Acharian

Extraits

« Héritier des sagesses venues du fond et de l’expérience des âges, Eschyle en est aussi le passeur, le diffuseur, puisqu’il est l’inventeur du théâtre. Or le théâtre est ce laboratoire expérimental, le seul qui permette de représenter les lois primordiales du destin et de la condition humaine. Eschyle a ainsi porté sur scène la quasi-totalité des mythes grecs et l’héritage des anciennes sagesses, anciennes mais toujours vivantes, tout en nous confiant la forme de ce genre nouveau propre à recevoir et véhiculer les successives pensées et sagesses des mondes futurs, leurs conceptions de la vie humaine et du rapport entre les hommes, leurs mythes. Mais toujours le destin, le destin à l’œuvre, la machine du destin.

Et ce genre nouveau, il l’a lui-même sublimement utilisé, en particulier dans les ensembles trilogiques liés qui sont sa marque propre : leur ampleur leur donne d’accueillir les primordialités, les destinées, les enchevêtrements à travers les temps et les espaces dans lesquels est placé l’homme. L’homme dans le mandala des mondes. Des immenses pertes et ruines du corpus eschyléen émergent miraculeusement trois ensembles fondateurs :

– La Prométhéide, dans laquelle Prométhée, précurseur de Jésus, fonde l’amour divin pour l’homme ; Zeus ne sera plus un dieu suprême violent et vindicatif à l’image des grands dieux des panthéons primordiaux dont il est issu, mais Eschyle réalise dans cette œuvre son achèvement comme dieu d’amour, l’égal de ce que sera le Dieu des Chrétiens ;

– La trilogie des Danaïdes, dans laquelle est fondée par Aphrodite la légitimité de l’amour humain, la fécondité sacrée de l’homme et de la femme ;

– L’Orestie enfin, son œuvre testament, dans laquelle notre poète-théologien-citoyen pose et résout la question de la destinée et de la liberté de l’homme, de sa responsabilité et de la justice (divine, humaine et politique), à travers les actes des successifs Atrides et des nouveaux dieux.

(…) La puissance, la cohérence et l’acuité de sa pensée, servies par la magie d’une langue et d’un art sans pareil, m’on personnellement guidé et charmé continument dans le labyrinthe d’une existence (ordinaire) qui s’écoule vingt-cinq siècles plus tard, don d’un homme debout, un phare vraiment.

Puissent d’autres, dans les générations à venir, vivre de ce don et, munis de ce viatique, ne pas cesser de lui rendre l’hommage qui lui est dû à Géla ! »

P 12 et 13

« Est-ce donc la fin de l’enseignement des langues, littératures et civilisations grecque et latine en France ?

Je n’en crois rien.

Par réalisme, faisons une croix sur cet enseignement dans les collèges et les lycées, même s’il est imaginable que quelques îlots, dans des établissements résolument  élitistes (privés essentiellement, mai s un élitisme discret existe encore dans quelques grands lycées publics !), subsisteront et maintiendront la flamme.

L’avenir de ces études passe par les Universités. Non pas les Universités telles qu’elles sont aujourd’hui (j’ai employé aussi plus haut à leur sujet le mot de « déliquescence »), mais les Universités repensées et revivifiées. A l’heure où j’écris ces lignes, la courageuse Valérie Pécresse, Ministre de l’Enseignement Supérieur, qui a mis en route une réforme- encore modeste, mais qui va dans le bon sens, celui de l’autonomie, de la liberté- se heurte à la résistance de tous les conservatismes  qui sont la mort assurée des Universités françaises. »

P 291

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