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Pierre Dubois

Un comité de sélection retardé

S’indigner ne sert-il à rien ? Chronique : “Je cesse de m’indigner ?” Message électronique envoyé par un président de “commission permanente” aux enseignants de son université, susceptibles de faire partie du Comité de sélection pour le recrutement d’un professeur.

“Je vous remercie d’avoir répondu au doodle préparatoire à notre réunion. Mais finalement cette réunion n’a plus de raison d’être. En effet, la direction de l’université vient de m’indiquer que la demande du laboratoire et de la composante du poste de professeur, demande qui a pour but de stabiliser un enseignant-chercheur contractuel effectuant actuellement ses recherches au Laboratoire”, [est reportée]. “Pour des raisons techniques, [la direction] est conduite à prolonger d’un an son contrat de travail financé par ce support. En conséquence, il n’est malheureusement pas possible d’ouvrir le concours de Professeur à la campagne 2011″.

Il n’est donc pas nécessaire que la commission permanente se réunisse pour proposer un comité de sélection. En accord avec la direction du Laboratoire, la republication de ce poste devra faire l’objet d’une nouvelle demande pour la campagne 2012. Elle sera considérée comme prioritaire par la direction de l’université. Avec toutes mes excuses pour avoir mobilisé inutilement”…

Qu’est-ce qui est indignant dans ce message ? 1. Certaines de mes indignations sont liées à la LRU ; 2. d’autres à la déontologie des concours de recrutement. 1.1. Le message confirme le pouvoir fort, trop fort des directions des universités dans le cadre de la loi LRU. La direction de cette université accepte la publication d’un poste de professeur et change d’avis au mépris des souhaits formulés par un laboratoire et une composante d’enseignement ; ceux-ci ne protestent pas, acceptent le report du concours à la prochaine campagne. 1.2. Cette direction ne prend même pas soin d’expliquer l’annulation de sa première décision. Elle invoque des “raisons techniques” ; j’imagine que ces raisons sont en fait des “raisons budgétaires”, mais lesquelles ? 

1.3. La tendance, accentuée par la LRU et par les appels à projets de l’ANR et de l’Europe, est celle de la contractualisation des enseignants-chercheurs : on en a là un bel exemple. La direction de cette université ne s’embarrasse pas de garder, un an de plus, un de ses enseignants-chercheurs sur un contrat. La stabilisation sur un poste de fonctionnaire attendra ! 1.4. Autre tendance accentuée par la LRU et par les investissements d’avenir : celle de recrutements pour la recherche d’abord, les besoins en enseignements devenant, de plus en plus souvent, la “5ème roue du carrosse”. Je suppose que le contractuel concerné fait surtout de la recherche et ne s’investit que peu dans l’enseignement ; ce sera encore ainsi pendant une année de plus. 

2. La déontologie des concours de recrutement est mise à mal. Le concours, prévu puis reporté d’un an, est un concours ad hominem. “La demande a pour but de stabiliser un enseignant-chercheur contractuel effectuant actuellement ses recherches au Laboratoire”. Le président de la commission permanente ne s’en offusque pas, au contraire. Il est clair que le profil défini pour le poste signifie un recrutement dans l’équipe de recherche qu’il dirige ! Bien sûr, je ne suis pas naïf : beaucoup de recrutements sont “ad hominem”, les comités de sélection ne faisant que confirmer ce qui est déjà décidé.

Mais oser écrire le message ci-dessus démontre que la déontologie des concours qui impose “égalité de traitement des candidats” et “exigence de recruter la ou le meilleur(e)” est de plus en plus malmenée. D’autres exemples dans la même discipline : “Promotion profilée au fil de l’eau“, “Soupçon de népotisme“.

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