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Michel Lussault

La professionnalisation, pour suite à donner. (Le “mythe” etc.2)

Le billet intitulé le mythe de la professionnalisation suscite beaucoup de réactions. J’en suis heureux, cela prouve l’importance du thème. Séjournant pendant quelques jours à New York, pour mon travail de recherche de géographe, avec un programme chargé,  je ne peux trouver le temps d’écrire comme je le voudrais la suite de mon argumentaire. J’assure tous les lecteurs du blog que je remédierai à cela la semaine prochaine. Mais, je me dois de préciser rapidement deux ou trois points, en commentaire des commentaires qui m’ont été adressés. Je répète d’abord, pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, que je suis favorable à ce que les universités préparent (aussi) les étudiants à l’insertion professionnelle. Le : (aussi), pour signaler qu’en revanche, je ne suis pas enclin à considérer qu’il s’agit de leur seule mission de formation et de transmission des savoirs.

Je préfère d’ailleurs en ce qui me concerne parler d’insertion dans un parcours professionnel et d’activités. Ceci pour insister sur 4 choses.

1. Toutes les activités ne sont pas des professions au sens en général restreint où on l’entend en France. Il existe en particulier de nouveaux champs d’exercice de métiers, de plus en plus nombreux (ceux de la culture, des métiers de l’infographie, des services aux particuliers et aux entreprises, de la création, du conseil, du développent durable et équitable etc) où les individus devront créer leur propre champ d’intervention . Bien loin de s’insérer dans une carrière professionnelle stabilisée, ils devront (c’est une contrainte mais aussi un attrait de la chose) inventer leur avenir et sa viabilité économique. Cela se prépare, et pas forcement par des stages, loin de là, d’autant que cette viabilité économique peut être envisagée de plusieurs manières. Qui, par exemple, sensibilise les étudiants aux systèmes d’entreprises alternatives (coopératives, groupements divers etc) qui expriment de nouvelles manières d’aborder la “réussite” d’une activité?

2. Le temps des carrières homogènes est derrière nous (sans doute même pour une large part de la fonction publique). Bien des  individus devront changer d’activité(s), sans que cela soit forcement un problème, au demeurant. De même, bien des professions jusqu’il y a peu sanctuarisées sont désormais soumises à des contraintes de flexibilité importantes. Je connais ainsi de nombreux jeunes ingénieurs issus de grandes écoles, qui sont totalement déconcertés lorsque, à la sortie de leur cursus, ils ne trouvent dans les premiers temps, qui peuvent durer (!), que des missions d’ingénierie courtes, réalisés dans des sociétés de prestations de services qui se voient confier des dossiers par de grandes entreprises qui externalisent ainsi, par exemple, une partie de leurs bureaux d’études.Très souvent ces choses sont sinon occultées du moins euphémisées dans les cursus. Il faut donc qu’on sensibilise nos étudiants à cela — là encore les formes classiques de professionnalisation s’avèrent souvent illusoires.

3. le point 2, ci-dessus, rend encore plus importante l’idée que nous devons miser non seulement sur la préparation initiale à l’insertion, mais aussi et peut être même surtout sur la formation tout au long de la vie. Et là c’est peu dire que nous avons du pain sur la planche. J’y reviendrai dans mon prochain billet. Je me permets simplement de souligner que je suis frappé, à la New York University où je travaille ces jours-ci, de l’insistance mise sur la “formation continue”. L’offre de la NYU est colossale en la matière et pour le coup très “professionnelle” (”Vocational Courses”, payants), alors que la formation de bachelor et de master (fort réputée) est très “académique”. On retrouve là un des fondements des systèmes universitaires anglo-américains, qui misent plutôt sur les compétences génériques et générales en matière de formation initiale et qui travaillent les compétences professionnelles dans d’autres cadres. Il s’agit d’un modèle qui me parait au moins devoir être analysé, afin de nourrir notre propre discussion. Ne serait-ce que pour réfléchir aux raisons de la discrétion des universités françaises, qui confine à l’absence, sur le terrain de la formation continue, dont on sait par ailleurs l’importance du financement (puisque je crois savoir que le budget consolidé de la formation continue en France est très substantiel).

4. Enfin, ne devons-nous pas aussi donner à nos étudiants une vision moins étroite de l’insertion en insistant sur les possibilités offertes de par l’Europe et le vaste monde?

Dernière petite remarque. Je donne acte à des lecteurs-commentateurs que le titre “Le mythe de la professionnalisation” peut être mal interprété. J’ai voulu en fait attirer l’attention sur une question que je crois centrale, ce qui m’a conduit à forcer un peu le trait, j’en conviens. Si mythe il y a, à mes yeux, c’est celui du stage et de sa portée. Je continue de penser que la manière dont nous concevons le “stage en entreprise” (qui est désormais intégré au cursus du collège, en attendant l’école primaire???), nous empêche collectivement d’innover en matière de préparation à l’insertion. Le stage est une réponse biaisée (ne serait-ce que parce que la plupart des stages ne se déroulent pas en entreprise, comme le fait justement remarquer un lecteur) et “paresseuse” (encore un trait un peu fort, sans doute!), que nous avons tous, un jour ou l’autre, moi le premier, privilégiée. Mais aujourd’hui je persiste et signe : il importe de sortir de ce stéréotype formatif.

A suivre…

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