Catégories
Pierre Dubois

Décrochages en 1ère année

Les élèves de terminale ont jusqu’au 20 mars 2011 pour saisir jusqu’à 36 voeux de formation post-bac (toutes les chroniques sur Admission Post-Bac). Après les Salons de l’éducation (photo ci-contre), les Journées universitaires et des formations post-bac, on entre dans la période des Journées Portes ouvertes, organisées dans les établissements (lycées ou universités). En fin de semaine, je me rendrai dans quelques lycées de Strasbourg pour investiguer leurs formations de BTS et de CPGE.

Les supports pour l’orientation, pour la connaissance des métiers et des formations qui y mènent sont très nombreux et fort bien faits. Mais l’offre de formations post-bac est pléthorique et largement illisible. Il y a donc des futurs bacheliers qui vont faire des “mauvais” choix : ceux-ci vont les conduire au décrochage en 1ère année, à l’abandon ou à un changement d’orientation voire à un changement d’établissement.

Pourquoi des bacheliers des années précédentes se sont-ils trompés de voie et ont demandé à se réorienter ? Parce qu’ils ont formulé des voeux sur Admission post-bac sans trop y réfléchir ou sans suivre les conseils “techniques”, parce qu’ils n’avaient pas encore de projet professionnel ou ne voulaient pas en entendre parler, parce qu’ils avaient changé de projet entre le mois de mars (saisie des voeux) et le mois de septembre ou d’octobre (début des cours). Le “mammouth” de l’orientation épargne les erreurs et n’écrase pas tous les gâchis !

Une propotion significative d’étudiants de 1ère année connaissent des difficultés. 38% peinent à s’organiser dans leur travail, 32% manifestent peu d’intérêts pour les matières étudiées, 28% n’ont pas le niveau requis, 24% connaissent des difficultés financières, 22% ont des difficultés de transport ou de logement (MESR 2010, tableau 08, panel de bacheliers 2008). Les difficultés sont plus ou moins importantes selon les filières.

Les “mauvais” choix d’une formation constituent un des facteurs d’explication de ces difficultés. Qu’en résulte-t-il ? Au pire des abandons, au mieux une reprise en main qui va permettre un redoublement et, entre les deux, une volonté de se réorienter vers une autre filière, une autre formation, un autre établissement. Des données ? Au niveau national, elles sont anciennes puisqu’elles concernent les bacheliers 2002-2005 : quand aurons-nous enfin des statistiques dignes de ce nom ?

L’année suivant l’entrée en première année de licence L1, 53% des étudiants sont inscrits L2, 24% redoublent leur L1, 17% se sont réorientés (9% en IUT ou en STS, 8% dans d’autres formations), 6% sont sortis du système éducatif (MESR 2010, tableau 15). Les réorientations n’épargnent pas les élèves des classes préparatoires. L’année suivant l’entrée en première année de CPGE scientifique ou économique et commerciale, 81% des élèves sont toujours en CPGE, 10% ont bifurqué vers l’université, 9% vers d’autres formations (MESR 2010, tableau 14). Les bacheliers qui entrent en 1ère année de DUT ou de BTS sont moins nombreux à se réorienter.

Les observatoires universitaires pallient la possible obsolescence des données des cohortes nationales pilotées et publiées par la DEPP. L’OFIPE de Marne-la-Vallée a publié en septembre 2010 ”Parcours et réussite des entrants 2008” (Ofipe résultats, n°108). Que sont devenus à la rentrée 2009, les 1.743 néo-entrants à l’université en 2008 ? Situation en 2009 des 452 entrés en 2008 dans un des DUT de l’université : 330 (73%) sont inscrits en 2ème année DUT, 41 (9%) redoublent, 10 (2%) se sont inscrits dans une autre formation de l’université, et 71 (15,7%) ne se sont pas réinscrits à Marne-la-Vallée. Total : 18% de réorientations, d’abandons des études supérieures ou de changement d’établissements (l’OFIPE n’enquête pas les non-réinscrits).

La situation est pire encore pour les inscrits en 1ère année de licence : ils étaient 1.384 à la rentrée 2008. Un an plus tard, 45,1% étaient inscrits en 2ème année de licence (L2), 11% redoublaient leur L1, 4% s’étaient réorientés vers une autre formation de l’université et 40% avaient quitté l’université. Total : 44% de réorientations, d’abandons ou de changements d’établissement. Gâchis et il faut bien oser le dire : déroute du système d’orientation, d’admission post-bac, de l’offre de formations post-bac. Gâchis et coûts importants pour la dépense publique. 

Que faire ? Les services d’information et d’orientation des universités font du mieux qu’ils peuvent. Leurs chargés d’orientation sont bien impliqués. Chronique à suivre : “Organiser les réorientations“.

Be Sociable, Share!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *