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Pierre Dubois

Offre et carte des formations

Suite de la chroniqueLes politiques et l’orientation“. Strasbourg, “Journées des universités et des formations post-bac”, 3 et 4 février 2011.

Armande Le Pellec Muller, recteur de l’académie de Strasbourg, conclut son intervention lors de l’inauguration des Journées. ”Un important travail doit être mené avec la Région : élaborer le schéma régional des formations post-bac, i.e. la carte des formations, leur répartition sur le territoire. L’objectif est fixé : parvenir à ce que 50% de jeunes obtiennent un diplôme de l’enseignement supérieur”. Ce taux n’est pas prêt d’être atteint : celui pour les cohortes de bacheliers 2003-2005 est seulement de 42% ; il est resté stable pour les cohortes 2006-2008 (tableau 17 de l’état de l’enseignement supérieur et de la recherche).

Les deux inaugurations des Journées des formations m’ont laissé sur ma faim. Elles ont certes été pleinement réussies, mais le problème que je crois essentiel n’est pas celui de l’orientation mais celui de l’offre de formation post-bac. Elle demeure illisible parce qu’elle est pléthorique : trop de filières, trop de formations, trop de spécialisations dans trop d’établissements. Il ne faut pas seulement optimiser la carte des formations sur le territoire. Il faut simplifier profondément l’offre de formation, en réduire la diversité. Parce que le LMD a introduit un premier niveau de certification (la licence), les formations en deux ans (CPGE, BTS et DUT) n’ont plus lieu d’être (chronique : “Le DUT, c’est fini“). Ce blog porte un projet de réforme : créer des Instituts d’enseignement supérieur, dédiés au cycle “Licence” en 3 ans, organisé en deux voies, une voie longue et une voie professionnelle (toutes les chroniques sur les IES). Ce projet mériterait peut-être d’être débattu !

Mais revenons à la question de la localisation des formations post-bac, à la question de la carte des formations, sensée être pilotée par les schémas régionaux. Exemples de schémas régionaux de l’éducation et de la formation : Ile-de-france (cliquer ici), Nord Pas-de-Calais (cliquer ici), Pays de Loire (cliquer ici)… Celui pour l’Alsace (cliquer ici).

Combien de formations post-bac dans la région ? 278 (site Admission Post-bac). 97 dans le Haut-Rhin (chronique : “Formations et carrières“). 181 formations post-bac dans le Bas-Rhin réparties dans onze villes : 73 BTS, 57 Licences (à Strasbourg), 19 CPGE (à Strasbourg), 17 DUT (8 à Illkirch-Graffenstaden, 6 à Schiltigheim, 3 à Haguenau), 6 DEUST (à Strasbourg et à Sélestat), 3 formations d’ingénieur (à Strasbourg), 3 classes de mise à niveau, 1 DCG, 1 DTS. A elle seule, la Communauté urbaine de Strasbourg (CUS incluant Illkirch et Schiltigheim) accueille 141 formations post-bac, soit 78% des formations du département. L’offre est concentrée dans la métropolle alsacienne ; elle dessine une carte des formations déséquilibrée dans l’espace. L’offre bas-rhinoise, comme partout ailleurs en France, est pléthorique et illisible. Il est totalement impossible de connaître la qualité réelle de chacune de ces formations, de s’orienter rationnellement.

Formations post-bac dans les autres villes du Bas-Rhin. Ce sont en principe les BTS qui assurent un enseignement supérieur de proximité. 9 formations post-bac à Haguenau (3 DUT et 6 BTS), 6 à Sélestat (5 BTS et un DEUST de l’université), 4 BTS à Saverne, 3 BTS à Molshein, 2 BTSA à Obernai, 1 BTS à Bischwiller, 1 BTSA à Erstein, 1 BTS à Wissembourg. Mais… 45 des 73 BTS du Bas-Rhin sont localisés dans le périmètre de la CUS. Combien de lycées ont-ils des classes supérieures (BTS et CPGE) ? Une trentaine. A Strasbourg, 3 lycées de centre-ville proposent à la fois des CPGE et des STS : le lycée Cassin-Frey (7 BTS et 4 CPGE), le lycée Jean Rostand (2 CPGE et 9 BTS, photo ci-dessus), le lycée Louis Couffignal (7 BTS et 2 CPGE). Deux lycées (Kléber et Fustel de Coulanges – chronique : “CPGE littéraires : un modèle” -) n’offrent que des CPGE.

Et l’offre de formation de l’université (offre de l’année 2011-2012) ? 57 “1ère année de licence” dont 30 en Lettres, langues et arts, 11 en Sciences humaines et sociales, 11 en Sciences, technologie et santé, 4 en Droit, Economie et Gestion. C’est évidemment beaucoup trop ! Surtout en Langues : est-ce bien efficace d’afficher en 1ère année la possibilité de choisir parmi une vingtaine de licences de langues vivantes, même si elles sont regroupées en 4 ensembles géographiques : anglais, allemand, arabe, bulgare, chinois, danois, espagnol, grec moderne, hébreu, hongrois, italien, japonais, néerlandais, norvégien, vieux norrois, persan, polonais, portugais, roumain, russe, serbo-croate, slovaque, suédois, tchèque, turc. Impossible par exemple de connaître le programme réel de 1ère année de la licence de Persan : cliquer ici. Consulter en ligne toutes les licences de langues : cliquer ici. Nombre de diplômes de licences générales délivrés par l’université : 3.128 en 2008. Combien de licences délivrées dans chacune des langues vivantes ?

La trop grande spécialisation de la 1ère année d’enseignement supérieur ne peut faire que des dégâts. L’un d’entre eux est la probabilité forte de se tromper de voie et, en conséquence, une probabilité tout autant forte de vouloir se “réorienter” après quelques mois seulement. Chronique à suivre : “Se réorienter”.

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