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Pierre Dubois

Insertion. Non et non, l’Obs !

Le titre de cette chronique fait référence à “Insertion. Non et non, Valérie !“. La désinvolture à l’égard des données statistiques est en effet de même acabit chez Valérie Pécresse et chez Véronique Radier, journaliste au Nouvel Observateur et pilote du guide de 27 pages, publié hier : “Les diplômes qui donnent du travail“, Le nouvel Observateur (n°2424 du 10 au 16 février 2011).

Pourquoi ce guide m’indigne-t-il ? Parce que le titre est racoleur ? Non! Il est logique dans la période d’admission post-bac : conseiller les élèves et leurs parents. Est-ce parce que la publicité pour telle ou telle école, glissée au sein du dossier, est un ”mélange des genres” inopportun ? Non ! je crois, bien sûr, à l’indépendance de l’hebdomadaire par rapport à l’INSA de Lyon et aux 29 IUT “Réseaux et Télécommunications”, même si ceux-ci se sont payés une pleine page de pub.

Est-ce parce que les articles sur le marché du travail des différents secteurs d’activité sont sans intérêt ? Pas du tout ! Chaque secteur est caractérisé par un titre bien choisi et illustré par le portrait d’un jeune : ”le cercle des profs disparus” (recherche, enseignement) ; ”la loi de la concurrence” (droit) ; ”génération numérique” (culture, création)…

Alors ? Pourquoi mon indignation ? Elle porte sur un point clé du dossier : l’absence de notes méthodologiques. Certes, les lecteurs n’en raffolent pas et elles prennent de la place dans les articles au détriment du “fond”, disent les journalistes ! Elles sont pourtant indispensables pour que chacun puisse vérifier la solidité de tel ou tel affirmation contenue dans le dossier. Ainsi, nulle part n’est expliqué comment, pour chaque secteur d’activité, a été établie la liste des “meilleurs diplômes” à bac+2 ou bac+3 et à bac+5, liste mentionnant le nom d’universités ou d’écoles. Le guide de l’Obs ressemble ainsi implicitement à un palmarès alors qu’il n’en a aucune des qualités méthodologiques. Une telle légèreté de l’hebdomadaire est hautement coupable.

Pire. Le nouvel OBS trompe les lecteurs. La preuve en est le tableau de la page 19, intitulé “Les débouchés par filières de bac+2 à bac+8” : il indique, pour une quarantaine de filières, le taux de chômage, la part de cadres et de professions intermédiaires, le salaire mensuel net en 2009 (salaire médian : 50% gagnent plus et 50% gagnent moins). Je suis étonné par certaines données, par des taux de chômage relativement bas. Je cherche donc la source : en bas de tableau, est mentionné seulement “Insee”. Pas d’autre indication dans l’article de Véronique Radier, d’ailleurs pondéré à souhait. Cette absence de citation des sources par les journalistes me hérisse toujours le poil.

Je recherche donc la source et la trouve. Le tableau est un copié-collé de la page 3 du numéro 1313 (octobre 2010) d’Insee première, “Le domaine d’études est déterminant pour les débuts de carrière” : cliquer ici. Cet Insee Première est signé de Daniel Martinelli et de Corinne Prost. Le premier est d’ailleurs interviewé par le Nouvel Obs, sans qu’il soit pour autant cité comme auteur du tableau.

Et voici pourquoi il y a tromperie de la part de l’hebdomadaire. En lisant le tableau, coutumier des enquêtes d’insertion nationales et locales, j’ai pensé que les données concernaient des diplômés récents, sans doute sortis de formation initiale depuis 2 ans et demi. Ce n’est pas le cas : l’INSEE précise en effet que le champ des Enquêtes Emploi mobilisées (enquêtes de 2003 à 2009) concerne “les actifs ayant terminé leur formation initiale depuis dix ans ou moins“. Ce que le nouvel Obs présente comme étant les débouchés de diplômés récents sont, de fait, les débouchés connus par des diplômés entrés sur le marché du travail entre 1999 et 2009. Or, le taux de chômage, le taux de cadres et le salaire évoluent avec l’ancienneté sur le marché du travail. Parce qu’il cache la source statistique, parce qu’il n’inclut aucune note méthodologique, le guide du nouvel Obs est une tromperie pour les futurs diplômés du supérieur (ceux-ci arriveront sur le marché du travail entre 2014 et 2022 ! ). Il embellit artificiellement le marché du travail

L’INSEE devrait protester publiquement pour cet usage trompeur ou manipulateur de ses données statistiques. Pour ma part, lecteur du nouvel Obs, j’attends de la rédaction de l’hebdomadaire qu’elle s’excuse auprès de ses lecteurs et abonnés.

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