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Pierre Dubois

La licence de l’UNEF : non !

Réforme de la licence : chroniques précédentes. La réforme que veut l’UNEF : “le diplôme de licence : un défi pour la réussite de tous” (UNEF, 15 février 2011,16 pages). Je partage pleinement les objectifs poursuivis par le syndicat étudiant majoritaire : “démocratiser l’accès aux connaissances et aux qualifications, offrir à chacun des perspectives d’ascension sociale, garantir à tous une insertion professionnelle réussie, former et faire réussir les jeunes pour faire progresser l’ensemble de la société : voilà ce qu’on attend de l’université. Malheureusement la réalité est tout autre”… “Si l’ambition affichée par le plan “Réussite en licence” constituait un pas en avant, l’insuffisance des moyens mis en oeuvre (tant juridiques que financiers et humains) l’ont très rapidement condamné à n’être qu’un recueil de bonnes intentions“…

L’UNEF veut pour la licence : 1. plus de moyens, 2. un cadre national plus contraignant. Normal pour ce syndicat (comme pour tout syndicat d’ailleurs) : il veut être l’interlocuteur privilégié d’une négociation en vue d’une réglementation nationale s’imposant à tous les établissements ; au niveau local, où sa représentation n’est pas toujours assurée, il ne peut pas toujours empêcher que des règles soient votées par les instances universitaires, “libres et responsables”, règles qu’il voit comme des dérives. Le problème pour l’UNEF est là : l’arrêté de 2002 relatif à la licence comporte trop de zones floues. Des universités ont fixé leurs propres règles ; ce qui entraîne des différences d’une université à l’autre, différences qui mettent en cause l’égalité de traitement entre les étudiants et qui questionnent l’idée même de “diplôme national“.

Ce n’est donc pas un hasard si le premier chantier de la réforme souhaitée par l’UNEF est : “une nouvelle réglementation des modalités d’examens” (page 6). Le syndicat revendique l’interdiction des notes éliminatoires, l’application stricte de la compensation annuelle des notes, le respect de la tenue de la seconde session d’examen. Eviter que “les universités utilisent les règles d’examen comme un outil de sélection par l’échec“. J’ajouterai : faute de pouvoir pratiquer une orientation sélective à l’entrée !

C’est sur la question, fort technique au demeurant, des modalités de contrôle des connaissances (MCC) que je suis le plus en désaccord avec l’UNEF. Depuis 1968, toutes les réformes des MCC ont rendu plus facile l’obtention de la licence, à force d’introduire de multiples compensations entre les notes, entre les unités d’enseignement, entre les unités d’un semestre, entre les années. J’invite le lecteur à lire les chroniques que j’avais publiées au printemps 2009, au moment du mouvement enseignant et étudiant : “Examens, notes, MCC” “Impact des modalités d’inscription et de contrôle des connaissances sur la réussite en 1er cycle” (lire en particulier le tableau synthétique), “J’ai réussi ma 2ème année de licence“. 

Par contre, les autres propositions de l’UNEF doivent être débattues sérieusement, dont celles qui ont trait aux moyens. La faiblesse de la Licence, par rapport aux CPGE, aux BTS et aux DUT, est largement due au trop petit nombre d’heures d’enseignement pour les étudiants. L’UNEF constate que seulement 32% des universités ont augmenté le volume horaire des cours dans le cadre du Plan Licence. Elle demande donc “un minimum universel de 25 heures de cours par semaine“. Demandant également la multiplication des petits groupes au dépens des cours en amphi, il est cohérent de demander plus de moyens : “plan plurianuel de recrutement de personnel enseignant et administratif (2.000 enseignants-chercheurs et 2.000 personnels IATOSS par an pendant 5 ans)”. 

L’UNEF propose également “la mise en place de licences pluridisciplinaires organisées autour de grands domaine de formation”, “un cadrage national des intitulés et des contenus de diplômes pour garantir une plus grande lisibilité de l’offre de formation, permettre la pluridisciplinarité et favoriser une orientation progressive”. Dès 2008, Bernard Dizambourg, président du comité de suivi de la licence, “proposait d’établir une liste de référence des mentions de licence existantes, et de diviser par deux le nombre des intitulés afin d’améliorer la lisibilité de l’offre universitaire” (rapport du comité).

Les préconisations de Valérie Pécresse et les propositions de l’UNEF présentent plusieurs points communs. Ils pourraient servir de “socle” à un nouveau “compromis historique” entre le gouvernement et le principal syndicat étudiant. 1. Ils sont d’accord pour que l’arrêté de 2002 soit réécrit (ce n’est pas le cas de la CPU : chronique à venir). Deux autres points communs ont trait à 2 non-dits pourtant essentiels : 2. la réforme ne touchera pas à la liberté d’inscription en 1ère année de licence (pas de sélection à l’entrée) ; 3. elle ne touchera pas davantage aux droits d’inscription. Ces trois premiers points sont au “coeur de l’alliance”. 

4. Pour simplifier l’offre et la rendre enfin plus lisible (chronique : plus de 10.000 formations post-bac), l’UNEF et Valérie Pécresse, en bons jacobins, veulent “renationaliser” la licence (listes d’intitulés et référentiels de contenus), au dépens de l’autonomie des universités : c’est un quatrième point de convergence possible. 5ème point d’un accord prévisible : celui de la licence rendue “qualifiante” , par le développement des stages en particulier ; les deux protagonistes peuvent parvenir à un accord dans la rédaction du nouvel arrêté : “un stage est obligatoire en licence”, mais sans que la durée de celui-ci soit précisée ; j’ai dit mon opposition aux stages courts dans la chronique d’hier.

Sur deux points cependant, les protagonistes ne peuvent aboutir à un accord et devront procéder à des concessions réciproques : “si tu me concèdes ceci, je te donne cela”. 1ère pierre d’achoppement : les moyens nécessaires pour faire une vraie réforme de la licence. L’UNEF joue parfaitement son rôle en en demandant bien davantage. Valérie Pécresse n’a pas les moyens financiers pour une réforme significative de la licence ; elle n’aura pas les crédits pour imposer 25 heures de cours et de travaux dirigés par semaine dans chacune des 3 années de licence et/ou pour allonger l’année universitaire (chronique : “10 mois de cours : impossible!“).

L’UNEF fermerait les yeux sur un déficit de moyens si Valérie Pécresse lui concédait la réforme demandée sur les modalités de contrôle des connaissances : les rendre encore plus favorables aux étudiants (interdiction des notes éliminatoires, compensation de deux semestres annuels, maintien de la session de rattrapage…).

Enfin, et c’est fort dommage, Valérie Pécresse et l’UNEF ratent l’occasion historique de penser et de porter une réforme d’ensemble des 3 années post-bac, une réforme du type de celle des Instituts d’enseignement supérieur (IES), projet porté par ce blog (chronique : l’organisation de la licence dans les IES) . Les obstacles à cette réforme d’envergure sont “énormes”. Ce qui me gêne bien sûr, c’est de penser que, peut-être, l’UNEF ne veut pas imaginer une telle réforme parce qu’elle est peu implantée dans les classes supérieures des lycées ; son terrain d’implantation et de lutte n’est-il pas d’abord la licence ? Bien sûr et il faut que je l’écrive : cette alliance sur la réforme de la licence, alliance objective et prévisible entre la Ministre et l’UNEF, ne me plaît pas du tout !

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