Catégories
Pierre Dubois

La licence de la CPU : en mai !

Suite des chroniques sur la réforme de la licence. La Conférence des présidents d’université (CPU) doit être associée, en priorité, à la réforme de la licence : les présidents sont les mieux placés pour connaître la situation sur le terrain, faire le bilan du Plan Réussite en licence, et penser des innovations. Si la CPU n’était pas sérieusement mobilisée, il serait logique qu’elle s’indigne de nouveau et sans langue de bois : “Les indignations de la CPU !“.

Or il y a d’abord un problème de calendrier de la réforme. Valérie Pécresse souhaite que l’arrêté d’avril 2002 sur la licence soit réécrit avant l’été. C’est impossible : la CPU a reporté au 11, 12 et 13 mai 2011 son colloque annuel. Thème : “Une ambition : la Licence“. On peut certes regretter ce report (le colloque devait se tenir la semaine prochaine). La raison avancée est “le calendrier prévu pour les auditions des porteurs d’IDEX”. La réforme de la licence me paraît plus importante que la reconnaissance de 5 à 7 IDEX (chronique : “L’IDEX, pire qu’une usine à gaz“). La réforme de la licence concerne toutes les universités ; ce n’est pas le cas des IDEX. Toujours est-il que Valérie Pécresse doit faire un geste : renoncer à un calendrier trop serré !

Les questions que la CPU se pose sur la licence. Communiqué du 28 janvier 2011 : “Quelles doivent être les finalités du cursus licence ? Quelle organisation préconise-t-on pour répondre aux besoins de lisibilité, de diversification, de passerelles et d’employabilité tout en conciliant accueil de tous et réussite ? Comment gère-t-on les parcours amont et les différents types d’entrées, ce qui pose la question de l’orientation et de la transition secondaire/supérieur ? Quelle évolution pédagogique ?”. Accueil de tous : la CPU confirme qu’elle ne se bat pas pour une sélection à l’entrée de l’université.

Le colloque annuel étant reporté, la CPU plénière, réunie le 17 février 2011, a été obligée de formuler quelques “conclusions d’étape” (Brèves de séance). “Faire évoluer la licence est une nécessité et une ambition partagée par les présidents d’université. Mais la refonte de l’arrêté Licence n’est pas une priorité à l’heure actuelle. La priorité doit être avant tout, de conforter la place de la licence et d’améliorer la réussite des étudiants”. Valérie Pécresse et l’UNEF veulent la réécriture de l’arrêté ; ce n’est pas la volonté de la CPU. Intéressant : une alliance Pécresse / UNEF contre la la CPU ? Chronique : “La licence de l’UNEF : non !“. 

Quelques lignes plus loin, la CPU confirme : “elle attend que les établissements aient la possibilité de poursuivre et de développer les actions engagées, dans le cadre de leur autonomie et d’une démarche concertée d’évaluation”. Valérie Pécresse et l’UNEF veulent une “renationalisation de la licence”, synonyme d’une moindre autonomie des établissements ; à l’inverse, la CPU met en avant l’autonomie des universités passées aux libertés et responsabilités élargies. La ministre et le principal syndicat étudiant veulent des diplômes nationaux, dont les titres et les contenus soient fixés nationalement. La CPU veut des diplômes innovants, attractifs et éventuellement concurrents, bref des diplômes qui marchent. Les 3 défis : “cohérence, diversité et réussite”.

Dans leur profession de foi, les deux présidents, candidats à la présidence de la CPU en décembre 2010, en ont dit plus sur la réforme de la licence qu’ils souhaitent. Chronique “Béretz et Vogel : le cycle L” : “Alain Beretz : “Un mouvement puissant vise à séparer les cycles M et D du cycle L, ce qui risque de déconnecter le premier cycle de la recherche et est en contradiction avec l’idée selon laquelle l’enseignement est supérieur parce qu’adossé à la recherche”. Louis Vogel : “L’université de demain doit être une université au sein de laquelle sera maintenu le lien indissociable entre formation et recherche tout au long du LMD” … “Le lien recherche-formation est essentiel, non seulement dans les dernières années d’études, mais dès les premières années si l’Université veut rester l’Université et donner le meilleur d’elle-même”. Dans ma chronique, je questionne une absence d’argumentation : un lien entre formation et recherche peut signifier trois choses.  

C’est Louis Vogel qui a été élu. Certaines des propositions de Valérie Pécresse pour réformer la licence ne peuvent que lui plaire, car il les a mises en oeuvre dans son université Paris 2 Panthéon Assas et dans le PRES Sorbonne Universités : “développement des licences bi-disciplinaires” (chronique : “Licences double cursus“), “instauration d’une diversité de parcours (chronique : “Paris 2 : 3 parcours“) : parcours normal, association d’un cycle préparatoire à un parcours classique, parcours renforcé, parcours de soutien, avec la mise en oeuvre de dispositifs permettant de passer de l’un à l’autre tout au long du cursus, mise en oeuvre de passerelles facilitant les réorientations, organisations de semestres d’été permettant aussi bien des parcours accélérés que l’accueil d’étudiants étrangers, salariés ou en rattrapage”.

Dommage que la CPU n’ouvre pas son champ de réflexion à l’ensemble des filières post-bac. La création d’Instituts d’enseignement supérieur (chroniques sur les IES) permettrait non seulement cette diversification des parcours, mais elle faciliterait les passerelles et les réorientations entre les 2 parcours de licence, entre le parcours “voie longue” préparant aux études universitaires de master et de doctorat et le parcours “voie professionnelle”, conduisant au marché du travail.

Pour finir. 1. Il faut lire les importantes et stimulantes chroniques de Michel Lussault, président du PRES Université de Lyon, ses interrogations sur la professionnalisation de la licence, les stages (blog d’Educpros). 2. J’ai demandé à la CPU de pouvoir intervenir au Colloque de Toulouse pour pouvoir présenter et argumenter la réforme créant les IES : réponse en attente !