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Pierre Dubois

Réorientation. De la Licence au BTS

Suite des chroniques sur la réforme de la licence. Environ un bachelier sur deux, entré en 1ère année de licence universitaire immédiatement après le bac, est, l’année suivante, inscrit en 2ème année de licence dans la même université. Les autres redoublent, se sont réorientés dans une autre formation dans la même université ou se sont réorientés ailleurs (chronique : “Décrochages en 1ère année“). Les services d’information et d’orientation des universités relèvent le défi du décrochage et se mobilisent pour permettre les réorientations (exemple du module “Tremplin pour une autre orientation” mis en oeuvre par les universités de Grenolbe : chronique “SUIO et réorientations“). Dans la plupart des cas, la réorientation fait perdre une année d’études et fait progresser la dépense d’éducation supérieure par étudiant. Armande Le Pellec Muller, recteur de l’académie de Strasbourg (chronique : “Offre et carte des formations“) précisait l’objectif ministériel : “les passerelles entre filières et entre formations doivent éviter aux élèves de reculer, de recommencer une nouvelle première année”.

La chronique de ce jour porte sur les réorientations de la 1ère année de licence vers un BTS. Rappelons que les Brevets de techniciens supérieurs attirent une proportion non négligeable de bacheliers : 94.400 à la rentrée 2010 (chronique : “223.700 étudiants inscrits en BTS“). Rappelons également le mode de recrutement des BTS sous Admission post-bac. Les futurs bacheliers 2011 ont jusqu’au 20 mars pour formuler des voeux d’entrer dans tel ou tel BTS et ont jusqu’au 20 juin pour changer éventuellement la hiérarchie de leurs voeux. Puis, chaque lycée qui possède des sections de STS organise les jurys d’admission.

J’ai pu discuter à Strasbourg avec une proviseur de lycée et des responsables de BTS de différents lycées : ils doivent classer les élèves selon un rang d’admission, en ayant seulement en leur possession les dossiers scolaires et les lettres de motivation. Il leur manque une information clé : celle de la hiérarchie des voeux faite dans Admission post-bac. Pourquoi n’est-elle pas à leur disposition ? Les responsables de BTS dressent donc une liste d’admis dont le volume est double de celui de la capacité d’accueil, pour être relativement sûrs de pourvoir celle-ci. Mais le travail à l’aveugle n’est pas satisfaisant : un bachelier peut être classé en 10ème position dans la liste d’admis mais, s’il n’a mis ce BTS qu’en 30ème position de ses voeux, il a peu de chances d’accepter la proposition ; il va s’inscrire ailleurs. Ce n’est donc qu’au moment de la rentrée que la section de BTS connaît ses inscrits réels. Il se peut, dans certains cas, que des places demeurent “libres” ; elles peuvent être proposées à la réorientation d’étudiants de 1ère année de licence, en particulier d’étudiants qui n’ont été acceptés dans aucun BTS ! On ne peut pas dire que la procédure de recrutement soit optimale !

Valérie Pécresse se préoccupe de cette situation : elle veut décloisonner les 4 filières post-bac. Elle vient de donner, le 1er mars, les résultats de l’appel à projets pour rénover les STS (communiqué du MESR) : 65 lauréats sur 175 projets (rappelons qu’Admission post-bac recense 5.444 formations de BTS et de BTSA !). 65 projets expérimentaux sur 5.444 BTS, à peine 1% de l’ensemble. Une goutte d’eau et ce d’autant plus que l’appel à projets n’est doté que d’un million d’euros, soit environ 15.400 euros par projet, une misère !  

Quelles expérimentations mises en oeuvre à la rentrée 2011 ? “La grande majorité des projets privilégient deux types d’actions : l’accompagnement personnalisé, notamment des bacheliers professionnels”… ; “l’accueil en réorientation d’étudiants de licences ou d’IUT à l’issue du premier semestre. Ces étudiants font l’objet d’un suivi particulier afin de leur permettre d’intégrer directement la 2ème année [je suppose : après l’obtention de la 1ère année !]. Des cours de rattrapage ou des stages sont parfois prévus durant les congés scolaires”. 35 des 62 projets portent effectivement sur les réorientations d’étudiants de licence (liste et contenus des projets). N’oublions pas que la plupart des STS pourvoient dès le départ leur capacité d’accueil. Les STS qui ont placé la réorientation au coeur de leur projet ont-elles des difficultés de recrutement ?

35 expérimentations de réorientation : supposons qu’elles aboutissent à 5 réorientations effectives et réussies, cela fait 175 réorientations sans perte d’une année. Une goutte d’eau ! De qui se moque-t-on ? Ne serait-il pas plus efficace d’accorder des crédits additionnels aux STS qui accepteraient, dès le mois de juin, de fonctionner en surcapacité d’accueil, de prendre 5 élèves de plus ? Si un quart des BTS l’acceptaient, ce serait 5.000 places de plus en BTS 1ère année. Mais 5.000 places à 13.000 euros, cela représente 65 Millions d’euros, soit bien plus que le million accordé pour l’ensemble de l’appel à projets pour la rénovation des BTS !  

Enfin et bien sûr. La création d’Instituts d’enseignement supérieur, établissements publics dédiés la préparation de la licence en trois ans (licence, voie longue, préparant aux études universitaires, et licence, voie professionnelle, préparant au marché du travail), supprimerait les problèmes actuels de la réorientation d’une filière de formation à l’autre, d’une université vers un lycée. La réorientation (de la voie longue à la voie professionnelle et inversement, d’une voie longue à l’autre, d’une voie professionnelle à l’autre) se ferait au sein du même établissement et pourrait être mise en oeuvre beaucoup plus rapidement (dès fin septembre ou avant les vacances de la Toussaint).