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Pierre Dubois

Un vice-président “Finances” inquiet

2ème chronique sur le séminaire “Prospective et développement”, tenu le 24 mars 2011 à l’université de Strasbourg (chronique précédente : “Assurer la mission d’insertion : FISE“). Michel Deneken, professeur de théologie, est 1er vice-président de l’université de Strasbourg depuis janvier 2009 ; il a en charge le conseil d’administration et les finances. Il fait un excellent exposé sur le concept d’autonomie des universités.

En résumé. Il ne peut pas, il ne doit pas y avoir d’universités autonomes sans tutelle. La pensée ultralibérale concernant l’autonomie n’a pas de sens ; elle n’a jamais été mise en oeuvre au cours de l’histoire des univesités. Ce que nous voulons à Strasbourg : une université de service public dans un Etat de droit, un Etat qui attribue et pérennise les moyens. La loi LRU fonde l’université libre et responsable : d’accord, mais une autonomie jusqu’où ?

Michel Deneken traite la question des responsabilités et compétences élargies (toutes les chroniques de ce blog sur les RCE). “La LRU nous incite à un beau voyage vers de beaux rivages. Ce que j’observe : l’ancre RCE nous laisse sur place dans le port de départ“. Les RCE donnent-elles plus de marges de manoeuvre aux universités ? Plus de libertés, plus de “L” ? Le VP argumente. L’Etat, et c’est tout à fait normal, prend des décisions budgétaires qui ont un impact sur la masse salariale des personnels de l’université (elle représente environ 75% du budget) : décisions de repyramidage des emplois, décisions concernant l’emploi contractuel, le régime indemnitaire, les promotions à l’ancienneté… L’Etat doit s’engager à financer sur le long terme ses propres décisions. Michel Deneken est inquiet d’un possible désengagement de l’Etat.

Et les responsabilités ? Le “R” de la LRU ? “On nous y oblige et c’est fort bien, car il s’agit de l’argent des impôts payés par les citoyens”. On ne peut exercer des responsabilités que si l’université a une stratégie, décidée par le CA (et en partie explorée par le service Prospective et développement). Il faut que cette stratégie soit claire ; c’est la condition pour qu’elle entraîne l’adhésion de toutes et de tous, base d’une culture d’établissement. 

Mais exercer les responsabilités induit des coûts financiers : le service Pilotage de l’université emploie 11 personnes (ETP, Equivalent Temps Plein) ; il y a également des personnels affectés aux audits internes, au contrôle de gestion ; et il faut dépenser pour la certification externe des comptes, devenue obligatoire. Heureusement, l’université de Strasbourg a fusionné et a ainsi gagné en marges de manoeuvre : des personnels en place ont pu être redéployés, après formation, vers les fonctions nouvelles.

Je suis étonné du fait que Michel Deneken n’aborde pas la question de la ”collecte” de ressources propres. Mais c’est sans doute à dessein qu’il n’en a pas parlé. Pour lui, la priorité est que l’Etat, tutelle des universités publiques, leur assure la pérennité de ses dotations. Je lui demande ce qu’il pense de trois moyens pour faire progresser les ressources propres, moyens observés ici ou là.

1. Solliciter les retraités pour l’enseignement. Cette solution est désormais appliquée dans les universités italiennes. Tout recrutement de nouvel enseignant-chercheur est actuellement bloqué par l’Etat. Les universités font face à de nombreux départs en retraite ; il s’ensuit une diminution de leur masse salariale et donc une possibilité objective d’embaucher des jeunes. Ne le pouvant point, elles demandent aux nouveaux retraités de maintenir leurs cours, avec une paie annuelle de “contractuel” (4.000 euros seulement !). Michel Deneken ne répond pas sur ce point ; on n’en est pas encore en France au blocage du recrutement d’enseignants-chercheurs fonctionnaires.

2. Dévélopper des Diplômes d’université à droits d’inscription librement fixés par l’université, à leur coût réel. Michel Deneken répond : ce n’est pas la politique de l’université de Strasbourg de développer des DU ; les seuls qui existent sont adossés à des masters. Et pourtant, des universités, moins à l’aise financièrement que l’UdS, ont compris que des DU pouvaient apportaient un argent significatif… pourvu qu’ils soient attractifs et aient des inscrits (un DU en gestion de la paie à Cergy) !

3. Rationnaliser l’offre de formation, fermer des diplômes ”doublons” qui résultent du passé et de la concurrence entre les 3 universités d’avant la fusion. Michel Deneken : l’UdS avec l’université de Haute-Alsace travaille à son offre de formation pour le contrat quinquennal 2013-2017 : “Une offre innovante, un avenir professionnel“. L’important est qu’il y ait “soutenabilité” de l’offre de formation dans la durée. Globalement, il y a peu de “gras” dans l’offre actuelle. Je demeure sceptique : 51 1ères années de Licence, n’est-ce pas trop ? (chronique : “Carte et offre de formation en Alsace“).

Et l’argent du Grand emprunt va-t-il donner une bouffée d’air aux finances de l’université de Strasbourg. C’est une autre histoire sur laquelle je reviendrai ! Toutes les chroniques de ce blog sur le Grand emprunt.

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